L’UE se prépare à un « sommet idéologique » : austérité ou croissance ?
Un sommet de l’UE s’ouvre aujourd'hui (14 mars) à Bruxelles et devrait être le théâtre de divergences d’opinions sur l’économie. Le président socialiste français, François Hollande, demande un assouplissement des mesures d’austérité pour lutter contre la crise de la dette de la zone euro. Il trouvera un allié inattendu, le premier ministre britannique, David Cameron, également en faveur d’une approche plus « flexible » envers la politique de la dette.
Un sommet de l’UE s’ouvre aujourd'hui (14 mars) à Bruxelles et devrait être le théâtre de divergences d’opinions sur l’économie. Le président socialiste français, François Hollande, demande un assouplissement des mesures d’austérité pour lutter contre la crise de la dette de la zone euro. Il trouvera un allié inattendu, le premier ministre britannique, David Cameron, également en faveur d’une approche plus « flexible » envers la politique de la dette.
Selon des diplomates, deux scénarios sont possibles pour le sommet de deux jours entre les dirigeants de l'UE : une réunion rapide et calme sans trop de disputes ou un affrontement idéologique entre les défenseurs de l'austérité budgétaire et ceux en faveur d'une approche plus flexible qui vise à promouvoir la croissance.
Le président français, François Hollande, sera probablement le « fauteur de troubles ». Il est à l'origine d'une campagne en faveur de la croissance et de l'emploi afin d’équilibrer les politiques de consolidation budgétaire prônées par l'Allemagne.
Le premier ministre italien démissionnaire, Mario Monti, qui a essuyé une défaite terrible lors des élections des 24 et 25 février, pourrait également soulever la question des dommages qu'une overdose d'austérité a causés à l'Italie.
D'autres diplomates s'attendent à ce que la chancelière allemande, Angela Merkel, rappelle aux dirigeants de l'UE que les règles de déficit public ont une raison d’être et que la bonne gouvernance doit être maintenue afin de repousser l'instabilité du marché financier qui a ébranlé la zone euro ces trois dernières années et l'a poussée au bord de la rupture.
La majorité des diplomates semblent toutefois penser que le sommet sera calme et préfèrera éviter des discussions « simplistes » sur l'austérité contre la croissance.
Alors que des élections allemandes sont prévues en septembre et que l'Italie tente toujours de former un gouvernement, les dirigeants européens ont peu intérêt à dévoiler leurs divisions, car cela pourrait créer des regains de tension sur les marchés financiers toujours instables, soutiennent ces diplomates.
Un « affrontement idéologique » ?
« Y aura-t-il un affrontement idéologique ? C'est la question à un milliard de dollars », a déclaré un diplomate.
« Si quelqu’un essaie d’ouvrir la boîte de Pandore en disant que l’UE doit abandonner la voie stratégique suivie, la situation deviendra très délicate et il sera très difficile d’en garder le contrôle », a déclaré ce responsable d’un gouvernement conservateur membre du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit.
Tous les gouvernements dirigés par des socialistes ne sont pas en faveur d'un affrontement idéologique. Un diplomate d'un gouvernement socialiste a affirmé longuement qu'une controverse sur l'austérité contre la croissance était la dernière chose dont l'UE avait besoin.
« Accomplissons d'abord nos missions », a-t-il indiqué. « Nous verrons ensuite quelle marge de manoeuvre reste pour des mesures qui soutiennent la croissance. »
On ne sait pas avec certitude quels chefs d'État participeront à la réunion traditionnelle qui précède le sommet, organisée par le Parti socialiste européen (PSE) et qui vise à harmoniser le langage adopté lors du sommet. François Hollande devrait y participer et sa contribution a donné lieu à une ligne de parti unie lors de sommets précédents.
Des sources françaises ont déclaré à des journalistes en amont du sommet que l'opinion publique en Europe s'attendait à une réponse de l'UE à la situation désastreuse de l'économie et de l'emploi, « particulièrement dans le Sud », où « l'Europe est associée à l'austérité ».
M. Hollande a reconnu mardi (12 mars) que Paris manquerait son objectif de réduction du déficit budgétaire à moins de 3 % de la production économique cette année. Il a déclaré que le chiffre de 3,7 % était plus probable, conformément aux prévisions de la Commission européenne.
Le président français a toutefois indiqué que le respect de l'objectif de déficit n'était pas une fin en soi. « La bonne stratégie économique, c'est de rester dans cette trajectoire sans rien faire qui puisse affaiblir la croissance », a-t-il déclaré lors d'un déplacement à Dijon.
« C'est le sens du dialogue que j'ai engagé avec la Commission européenne », a-t-il ajouté.
Au lieu de provoquer des heurts lors du sommet, François Hollande pourrait choisir d'influencer la formulation des conclusions du sommet sur les limites à moyen terme des déficits structurels en vertu du pacte de stabilité et de croissance.
Une source française a expliqué que la dette publique et la situation de déficit étaient différentes dans chaque État membre. La réponse de l'UE « devrait [donc] être différenciée » et « trouver un équilibre adéquat entre les dépenses et les recettes ».
Une approche « flexible » de la dette pour le Royaume-Uni
Le premier ministre britannique, David Cameron, pourrait tendre une main inattendue à François Hollande dans ce débat. Londres soutient la nécessité d’une « flexibilité » renforcée accompagnée de règles strictes sur la dette publique et le déficit de l'UE.
La plupart des pays, dont le Royaume-Uni, empruntent, mais Londres craint que la dette ne puisse être remboursée sans croissance.
La France pense la même chose. Des dépenses qui soutiennent la croissance ne devraient pas être entravées, estime Paris, autrement certains pays entreront dans « un cercle vicieux » où la récession provoque des dépenses supplémentaires et aggrave cette situation.
Du point de vue du Royaume-Uni, les déficits publics devraient être envisagés dans un contexte plus large, avec des objectifs adaptés à des cycles économiques.
L'objectif est de maintenir la crédibilité auprès des créanciers et des marchés financiers, qui ont sanctionné des pays pour leur manque de promotion de la croissance et leur poursuite de politiques budgétaires strictes.
Le Royaume-Uni espère que la France obtiendra une marge de manœuvre afin de respecter ses objectifs de déficits, mais non pour financer une politique fiscale semblable à celle de François Mitterrand, a cru comprendre EURACTIV.