L’Ukraine invite l’UE et la Russie à co-gérer ses gazoducs

Le premier ministre ukrainien, Mykola Azarov, souhaite mettre sur pied un consortium international entre l’Ukraine, la Russie et l’Union européenne dans le but de moderniser et de gérer le système de transport de gaz naturel de son pays.

EURACTIV.com
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Le premier ministre ukrainien, Mykola Azarov, souhaite mettre sur pied un consortium international entre l’Ukraine, la Russie et l’Union européenne dans le but de moderniser et de gérer le système de transport de gaz naturel de son pays.

 

M. Azarov a fait savoir dans un commentaire publié dans un quotidien allemand le week-end dernier que le gouvernement ukrainien avait proposé de transférer la gestion du système de transport de gaz aux mains d'un consortium trilatéral. Il a expliqué qu'un tel accord permettrait d'aboutir à un système plus transparent, mieux géré et plus moderne, pour la somme de 4,5 milliards d'euros.

 

Ce montant peut sembler énorme pour l'Ukraine qui peine à trouver des financements internationaux. La mission du FMI en place à Kiev en mars 2011 n'a d'ailleurs pas donné son accord pour le versement d'une nouvelle tranche de financement au Conseil d'administration du Fonds. Le FMI attendait de l'Ukraine qu'elle approuve une réforme des retraites et qu'elle mette un terme à sa politique de subvention du gaz pour les ménages.

 

M. Azarov a ajouté que les différends gaziers entre l'Ukraine et la Russie ces dernières années prouvaient qu'il serait dans l'intérêt des deux pays de mettre en place un consortium sur le transport du gaz. Le conflit sur les prix du gaz qui a opposé Moscou et Kiev lors de l'hiver 2008-2009 a laissé une bonne partie de l'Europe dans le froid.

 

La Commission attend d'en savoir plus

 

Marlene Holzner, la porte-parole du commissaire à l'énergie, Günther Oettinger, a expliqué que cette idée était évoquée depuis plusieurs années, mais qu'aucune proposition spécifique n'avait été formulée.

 

« L'UE martèle qu'il revient à l'Ukraine de décider de la gestion de son système de transport du gaz. Si l'Ukraine et d'autres parties souhaitent opter pour la mise en place d'un consortium, impliquant l'industrie gazière de l'UE, la Commission européenne est prête à jouer un rôle de médiateur, à condition que le droit européen et international, y compris le traité instituant la Communauté de l'énergie, soit respecté », a-t-elle précisé.

 

Mme Holzner a ajouté que l'exécutif européen restait disposé à mener un dialogue tripartite sur l'énergie, notamment le système de transmission, avec l'Ukraine et la Russie.

 

Message à Gazprom

 

La proposition de M. Azarov pourrait laisser entendre qu'au lieu d'investir dans un projet coûteux comme South Stream, dont l'objectif principal est d'acheminer du gaz russe en Europe occidentale en contournant l'Ukraine (voir « Contexte »), Moscou devrait envisager de coopérer avec Kiev.

 

Le consortium derrière le projet de gazoduc South Stream soutenu par Gazprom devrait prendre sa dernière décision en matière d'investissement au cours des prochains mois. La Commission européenne affirme cependant que cela serait sans doute prématuré, dans la mesure où aucune étude de faisabilité ou portant sur l'impact environnemental de South Stream ne lui a été présentée.

 

« La récente vague de froid a démontré que ni Nord Stream, ni South Stream ne disposent ou ne peuvent disposer d'infrastructures de stockage du gaz suffisantes pouvant être utilisées en période de températures plus basses. L'Ukraine dispose de ce type d'infrastructures de stockage », a-t-il déclaré au Frankfurter Allgemeine Zeitung. Ses propos ont par la suite été largement relayés dans la presse ukrainienne.

 

M. Azarov a expliqué qu'après modernisation, la capacité du système de transport gazier ukrainien pourrait croître d'environ 30 %.

 

L'Ukraine, qui dépend des importations de gaz russe, souhaite depuis longtemps revenir sur un accord conclu avec Moscou en 2009 qui prévoit un prix exorbitant pour ce carburant.

 

Conformément à cet accord controversé conclu par l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko, Kiev paye 425 dollars (340 euros) les mille mètres cubes de gaz naturel. L'Ukraine estime que 250 dollars (200 euros) serait un prix plus raisonnable.

 

La Russie s'est montrée ferme : si l'Ukraine veut obtenir une ristourne, elle doit soit laisser le géant russe de l'énergie, Gazprom, prendre le contrôle de ses gazoducs (qui acheminent du gaz en Europe), soit rejoindre l'union douanière mise en place par la Russie et qui rassemble des pays de l'ancien bloc soviétique.

 

Kiev considère ses gazoducs comme un atout stratégique et tente de conclure un accord de libre-échange avec l'Union européenne depuis longtemps. Jusqu'à présent, elle n'a souhaité céder sur aucun des tableaux.

 

Dans le même temps, le prix élevé du gaz pèse lourdement sur le budget et l'économie du pays et il s'agit de l'un des principaux soucis du président, Viktor Ianoukovitch, qui se prépare pour les élections législatives du 28 octobre prochain.