L'Ukraine tourne la page Ianoukovitch

Après trois mois de crise en Ukraine, la destitution du président Viktor Ianoukovitch et la libération de  l’ex-Première ministre Ioulia Timochenko ouvre la voie à un nouvel avenir politique.

EURACTIV.fr / Reuters
shutterstock_169117400.jpg
shutterstock_169117400.jpg

Après trois mois de crise en Ukraine, la destitution du président Viktor Ianoukovitch et la libération de  l’ex-Première ministre Ioulia Timochenko ouvre la voie à un nouvel avenir politique.

Les députés ukrainiens ont voté dimanche (23 février)  le transfert temporaire au président du parlement, Oleksander Tourchinov, des pouvoirs du président déchu Viktor Ianoukovitch et doivent  se mettre d'accord d'ici le 25 février sur la composition d'un gouvernement d'union nationale. Une élection présidentielle anticipée doit avoir lieu le 25 mai.

« C'est une tâche prioritaire », a déclaré Oleksander Tourchinov au parlement, qui  a ajouté que les discussions sur la formation du gouvernement devaient débuter immédiatement.

La Rada a votéle 22 février à une large majorité la destitution du président Viktor Ianoukovitch pointant que le président « avait renoncé à ses responsabilités de manière non constitutionnelle et qu'il était dans l'incapacité d'exercer ces fonctions ». La veille, le pouvoir et l'opposition s'étaient mis d'accord, grâce à une médiation de l'Union européenne, sur la nécessité de former un gouvernement d'union nationale.

L'accord de transition conclu vendredi entre le président et les chefs de file de l'opposition, sous l'égide de la troïka européenne (France, Pologne et Allemagne) et avec l'aide de la Russie, n'aura finalement pas tenu plus d'une journée.

Viktor Ianoukovitch avait auparavant quitté la capitale pour se réfugier dans l'est de l'Ukraine, à majorité russophone, où il pouvait compter sur le soutien des dirigeants des régions.

Ioulia Timochenko libérée

Autre retournement de situation, l’opposante Ioulia Timochenko a été libérée samedi de l'hôpital-prison dans laquelle elle était détenue depuis trente mois à Kharkiv. Cette libération éclaire a eu lieu grâce  au retrait par les députés d'un article du code pénal qui avait précipité sa condamnation en 2011 à sept ans de prison pour abus de pouvoir.

«  Notre patrie va de nouveau pouvoir voir le soleil et le ciel à présent que la dictature est tombée », a-t-elle dit dans sa première déclaration après sa libération.

Timochenko, qui a aussitôt rejoint la capitale distante de 400 km, est apparue dans la soirée devant une foule compacte massée sur la place de l'Indépendance.

Très émue, assise dans un fauteuil roulant, l'ex-chef du gouvernement a appelé les manifestants à rester mobilisés et leur a promis d'être garante du respect de leurs espoirs.

Qualifiant de « héros » ceux qui l'écoutaient, elle a exprimé ses regrets de ne pas avoir pu prendre part à la lutte et s'est « excusée au nom de l'ensemble de la classe politique » pour les souffrances éprouvées par la population ukrainienne.

Elle a dit avoir vu « une nouvelle Ukraine » émerger des événements récents et a jugé que ce qu'avaient accompli les opposants pouvait désormais servir d'exemple pour d'autres peuples de l'ex-Union soviétique.

Ianoukovitch en fuite

Dans une situation qui demeurait relativement confuse samedi, Ianoukovitch a fait savoir qu'il excluait l'idée de démissionner et a qualifié les événements en cours de « coup d'Etat ».

« Les événements auxquels assistent notre pays et le monde entier sont un exemple de coup d'Etat », a-t-il dit dans une interview accordée à la chaîne de télévision ukrainienne UBR. « Nous assistons au retour des nazis, à l'époque où ils ont pris le pouvoir dans les années 1930 en Allemagne et en Autriche », a ajouté Ianoukovitch.

Le président déchu peut pour l'instant compter sur le soutien des régions orientales du pays dont les dirigeants ont dénoncé la légitimité du Parlement national et ont annoncé qu'ils entendaient conserver le seul contrôle de leurs territoires.

L'autre soutien sur lequel peut compter Ianoukovitch est évidemment la Russie qui a jugé par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, que l'Ukraine était aux mains « d'extrémistes armés » et d'  « adeptes des pogroms » dont les actes menacent la souveraineté nationale et l'ordre constitutionnel.

Soutien de l’UE

De son côté, l'Union européenne est prête à apporter une importante aide financière à l'Ukraine une fois qu'un nouveau gouvernement sera en place et elle veut offrir à Kiev une perspective européenne claire, a déclaré dimanche le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.

La destitution du président ukrainien pourrait ouvrir la voie à un rapprochement entre l'Ukraine et l'UE au terme de la crise ouverte en novembre par le refus de dernière minute de Viktor Ianoukovitch de signer un accord d'association avec Bruxelles.

« Du point de vue européen, il est important que nous apportions une perspective européenne claire au peuple ukrainien, qui a montré son engagement envers les valeurs européenne »,, a déclaré Olli Rehn après une réunion des ministres des Finances et banquiers centraux du G20 à Sydney.

« Nous sommes prêts à nous engager dans une importante assistance financière à l'Ukraine une fois qu'une solution politique fondée sur des principes démocratiques aura abouti et une fois qu'il y aura un nouveau gouvernement, engagé véritablement et sérieusement dans des réformes institutionnelles et économiques », a-t-il ajouté.