« L’Union européenne est aujourd’hui dans une phase de maturation »

A l’occasion de la sortie de l’édition 2008 du RAMSES, Euractiv France a rencontré Thierry de Montbrial, directeur de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’IFRI et co-directeur du rapport RAMSES. Ils reviennent sur l’évolution des grands dossiers européens en 2006-2007.

1e84d600b37344060b3ce783a148c73a.jpg
1e84d600b37344060b3ce783a148c73a.jpg

A l’occasion de la sortie de l’édition 2008 du RAMSES, Euractiv France a rencontré Thierry de Montbrial, directeur de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’IFRI et co-directeur du rapport RAMSES. Ils reviennent sur l’évolution des grands dossiers européens en 2006-2007.

En bref  :

S’adapter aux nouvelles habitudes de lecture et à l’offre toujours plus grande d’informations sur les questions internationales est l’objectif de la vingt-sixième édition du RAMSES proposé par l’IFRI. En soixante-deux articles, l’ouvrage donne une vue d’ensemble de la situation mondiale sous un angle à la fois économique et stratégique.

Parmi les thèmes abordés, la situation de l’Union européenne en 2006-2007 occupe une place importante. Dans le grand échiquier mondial, l’UE est aujourd’hui, selon Thierry de Montbrial, dans une phase de « digestion».

A la suite des élargissements successifs, autant « déraisonnables »  qu’« inévitables », nous serions entrés, selon lui, « dans une période où la notion de pause est quasiment reconnue par tout le monde ».

Philippe Moreau Defarges, évoque, quant à lui, le terme de « maturation » afin de caractériser la situation actuelle de l’UE. Pour faire avancer l’Union, les dirigeants européens savent qu’ils devront répondre à des questions fondamentales notamment sur la manière de bâtir une Europe démocratique, ou de coordonner les politiques économiques entre les États membres, estime le chercheur.

« Or les États membres ne sont visiblement pas d’accord sur la réponse à ces questions », ajoute-t-il.

Evoquant le dossier russe, les deux chercheurs exposent deux visions très différentes sur l’attitude de Moscou, qui depuis quelques mois a fait un retour fracassant sur la scène internationale (Lire l’interview de Thomas Gomart (IFRI) par EURACTIV France, 24/07/2007). Lors d’un discours prononcé devant la conférence des ambassadeurs, lundi 27 août, Nicolas Sarkozy n’avait pas hésité à qualifier la diplomatie de Vladimir Poutine de « brutale ».

« Les Occidentaux sont irrités de la renaissance de la Russie. La grande majorité des Russes soutient aujourd’hui Vladimir Poutine parce qu’il a réussi à impulser un véritable progrès économique dans le pays », estime Thierry de Montbrial. « Le souci de la démocratie au sens où nous l’entendons, nous Européens, ne préoccupe qu’une toute petite minorité de Russes », précise-t-il.

Moins optimiste, Philippe Moreau Defarges considère quant à lui que la Russie, cet « ours mal léché », ne respecte pas, bien souvent, les règles du jeu d’un monde multipolaire.

« L’un des gros problèmes de la Russie est la Tchétchénie. Certains ont beau soutenir que cette question est un détail et que les Tchétchènes sont des sauvages, les Russes doivent malgré tout comprendre que le comportement qu’ils ont dans ce pays n’est pas acceptable » ajoute-t-il.

Thierry de Montbrial insiste sur l’importance du poids de la Russie dans le problème de l’indépendance du Kosovo. Opposés à l’UE sur ce dossier, les Russes n’accepteront jamais une solution « qui ne serait pas soutenue à la fois par la Serbie et par le Kosovo », souligne-t-il. (Lire l’interview de Thierry de Montbrial par EURACTIV France, 16/05/2007 et le dossier « Kosovo  : le compromis impossible ? »)

La dépendance, notamment en matière de défense, entre l’UE et les États-Unis est également évoquée dans l’édition 2008 du RAMSES.

La dimension politique et sécuritaire de l’UE « a, dès le départ, été préemptée par les États-Unis et l’Alliance atlantique », explique Thierry de Montbrial. Priorité de la Présidence française de l’UE, la politique européenne de sécurité et de défense ne sera pas d’actualité avant longtemps. « De nombreuses années de maturation seront nécessaires pour qu’une politique européenne de défense et de sécurité commune se développe », estime le directeur de l’IFRI.

« Les questions de défense sont, en outre, en train de changer. Les grandes armées qui vont affronter l’ennemi n’existent plus réellement. Les problèmes que nous avons aujourd’hui sont des problèmes de police », explique, de son côté, Philippe Moreau Defarge, avant de conclure que, de ce point de vue là, « développer un pôle de défense face aux États-Unis n’a plus vraiment de sens ».

Lire l’interview dans son intégralité.

RAMSES 2008, sous la direction de Thierry de Montbrial et Philippe Moreau Defarges, Institut français des relations internationales, Dunod, 383 pages, 25 euros.