La baisse des émissions dans l'UE entraîne la chute du prix du carbone
Le prix du carbone a chuté de près de 14 % hier (2 avril), alors que la récession et la douceur de l'hiver ont donné lieu à une baisse de 2,6 % des émissions des 10 000 installations couvertes par le système d'échange de quotas d'émissions de l'UE (ETS) l'an dernier.
Le prix du carbone a chuté de près de 14 % hier (2 avril), alors que la récession et la douceur de l'hiver ont donné lieu à une baisse de 2,6 % des émissions des 10 000 installations couvertes par le système d'échange de quotas d'émissions de l'UE (ETS) l'an dernier.
Selon les données préliminaires comparables publiées par l'UE le 2 avril, les émissions couvertes par le système ETS équivalaient à 1,88 milliard de tonnes en 2011, une légère baisse par rapport aux 1,94 milliard de tonnes de 2010.
Ces chiffres se sont toutefois avérés inférieurs de 114 millions de tonnes au plafond de l'ETS européen, ce qui indique que le marché a été suralimenté en quotas carbone pour la troisième année consécutive et pour la sixième année sur sept.
Le prix du carbone déjà mal en point est passé de 7 à 6,14 euros, son niveau le plus bas révélé en début d'après-midi suite à l'annonce d'une capacité inutilisée accrue sur le marché, avant de remonter.
Bjorn Inge Vik, expert chez Point Carbon, a insisté sur le fait que le système de l'ETS fonctionnait toujours. « La baisse des émissions est principalement due à la douceur de l'hiver et aux déboires économiques de la fin de l'année dernière », a-t-il déclaré à EURACTIV.
Mais il a ajouté qu'en raison de « la chute brutale des prix du carbone au second semestre de 2011 », l'impact de l'ETS sur les émissions avait « probablement été moindre en 2011 qu'en 2010 ».
Des quotas mis de côté
Le mois dernier, le Parlement européen a adopté une proposition de compromis permettant à l'exécutif européen de mettre de côté des crédits carbone afin de stimuler leur prix sur le marché avant que la troisième phase de l'ETS ne débute en 2013.
Selon les acteurs du secteur des énergies renouvelables, cette initiative enverrait un signal fort aux investisseurs quant à la volonté de l'UE d'atteindre ses objectifs pour le climat en encourageant la stabilité du marché et les investissements verts.
Les secteurs qui émettent le plus de carbone restent néanmoins divisés sur cette question. Certaines entreprises comme Shell réclament qu'un milliard de crédits carbone soit mis de côté, alors que d'autres organisations comme le Conseil européen de l'industrie chimique (CEFIC) craignent que cela ne porte atteinte à leur compétitivité.
Suite à la publication de ces données, les organisations de défense de l'environnement ont appelé à une action urgente.
Jason Anderson, responsable Energie Climat au bureau européen du World Wildlife Fund, a affirmé que l'ETS était exposé à un risque de « dysfonctionnement imminent ». Damien Morris, conseiller politique senior chez Sandbag, a lui aussi déclaré que « la marge de manœuvre pour rétablir l'ETS » se réduisait rapidement.
Les deux organisations ont appelé l'UE à mettre des quotas de côté. M. Inge Vik a toutefois affirmé que retirer 750 millions de quotas du système (un chiffre proche de celui réclamé par le secteur et les défenseurs de l'environnement) ne ferait qu'augmenter le prix du carbone de deux ou trois euros.
« Il semblerait que nous risquions d'être en surplus au moins jusqu'en 2020 et probablement au-delà », a-t-il déclaré.