La baisse des importations de tomates marocaines suscite l'inquiétude des agriculteurs européens

Cette question survient à un moment politiquement sensible pour les échanges agricoles entre l'UE et le Maroc.

/ EURACTIV.com
Fresh fruit and vegetable exportation
Des caisses de tomates sont visibles à Mersin, en Turquie, le 18 janvier 2021. Mersin, qui a réalisé 653 millions de dollars sur un total de 2,7 milliards de dollars d'exportations de fruits et légumes frais l'année dernière, est devenue la ville avec le plus de ventes à l'étranger en Turquie. [Serkan Avci/Anadolu Agency via Getty Images]

L’effondrement apparent des importations européennes de tomates marocaines a déclenché l’alarme chez les agriculteurs européens, jusqu’à ce que les autorités finissent par admettre que le problème ne venait pas des fruits juteux, mais des données.

Un avertissement publié sur le portail douanier de la Commission européenne indique que les importations marocaines sont « bien inférieures au niveau habituel » ces derniers mois, invoquant des retards dans la transmission des volumes complets par les autorités nationales.

Ce problème survient à un moment politiquement sensible pour le commerce agricole entre l’UE et le Maroc, amplifiant la surveillance des importations en provenance de ce pays d’Afrique du Nord.

Le Maroc est le principal fournisseur extérieur de tomates fraîches de l’UE et un concurrent direct des poids lourds de la culture sous serre que sont l’Espagne et les Pays-Bas. Les exportations vers l’Union européenne ont connu une croissance régulière au cours de la dernière décennie, alimentant les tensions avec les producteurs européens.

La direction générale de la fiscalité et de l’union douanière (DG TAXUD) de la Commission montre une baisse brutale et inhabituelle des expéditions vers l’UE depuis octobre.

Selon les données de la DG TAXUD, l’UE n’a enregistré que 11 164 tonnes de tomates marocaines en novembre, soit à peine un cinquième de la moyenne de 57 444 tonnes pour la période 2021-2025. Pour la France, aucune donnée n’est disponible depuis octobre.

Les producteurs de fruits et légumes de l’UE ont critiqué à plusieurs reprises l’accord commercial avec le Maroc, arguant qu’il ouvre la porte à une « concurrence déloyale ». Les agriculteurs français sont même allés jusqu’à bloquer le centre logistique d’un important importateur de tomates marocaines à Perpignan en signe de protestation.

Les agriculteurs tirent la sonnette d’alarme

Les producteurs français et espagnols, qui sont en concurrence directe avec les importations marocaines, sont frustrés par le manque de données fiables.

Les syndicats agricoles Confédération Paysanne et COAG ont tiré la sonnette d’alarme sur le manque d’informations, ce dernier ayant porté l’affaire devant le commissaire européen à l’agriculture, Christophe Hansen, en janvier.

« Nous voulons des explications claires et précises sur cet événement sans précédent », a déclaré Andrés Góngora, responsable national des fruits et légumes à la COAG.

Selon la COAG, M. Hansen a reconnu les problèmes de transparence et a reproché aux autorités nationales le retard dans la transmission des données lors d’une réunion.

Interrogé par Euractiv sur le manque de données, un porte-parole de la Commission a déclaré que l’exécutif européen avait ouvert l’année dernière des procédures d’infraction contre certains pays, dont la France, pour ne pas avoir correctement transmis les données douanières.

Un contexte politique délicat

Cette controverse survient à un moment délicat dans les relations commerciales entre l’UE et le Maroc.

L’année dernière, la Commission a renouvelé l’accord agroalimentaire avec le Maroc après que la plus haute juridiction de l’UE l’ait annulé en raison de l’absence de consentement du peuple sahraoui, la population indigène du Sahara occidental.

La Cour a également critiqué l’étiquetage des produits – notamment les tomates et les melons cultivés au Sahara occidental – comme étant marocains.

Bruxelles a trouvé une solution de contournement en autorisant la commercialisation des produits provenant du territoire contesté sous des labels régionaux marocains plutôt que sous l’appellation explicite « Sahara occidental », une mesure qui a suscité l’opposition de plusieurs députés européens mais qui a finalement été adoptée.

Le COAG a qualifié la suspension des données de « coïncidence plutôt étrange », soulignant que le timing coïncidait avec les modifications apportées à l’accord agroalimentaire controversé entre l’UE et le Maroc.

Malgré les spéculations, les autorités douanières espagnoles ont démenti, lorsqu’elles ont été contactées par Euractiv, toute lien entre le manque de données et le nouvel accord commercial.

« Non, rien de tel », a déclaré un porte-parole, ajoutant que le problème technique concernait également d’autres produits que les tomates marocaines. Euractiv n’a pas pu trouver de mention similaire pour d’autres produits agroalimentaires dans la base de données de la DG TAXUD.

Les autorités espagnoles ont insisté sur le fait que ce retard était dû à des ajustements techniques du système de surveillance de l’UE et n’était pas spécifique aux tomates marocaines, et que les données manquantes seraient mises à jour dans les semaines à venir.