La BCE se dit prête à agir pour relancer l'économie
Les taux d'intérêt réels en Europe restent négatifs, signe d'une économie en convalescence. La BCE a maintenu ses taux directeurs inchangés, à un plancher historique.
Les taux d'intérêt réels en Europe restent négatifs, signe d'une économie en convalescence. La BCE a maintenu ses taux directeurs inchangés, à un plancher historique.
La banque centrale a laissé ses taux directeurs inchangés, comme attendu, à l'issue de la réunion de son conseil des gouverneurs.
Le taux de refinancement et celui de la facilité de prêt marginale, abaissés de manière inattendue le mois dernier d'un quart de point, restent fixés à 0,25 % et 0,75 % respectivement. Celui de la facilité de dépôt demeure à zéro.
Ces taux d'intérêt réels sont donc négatifs, puisque l'inflation reste plus élevée en moyenne dans la zone euro que le taux d'intérêt. Selon Eurostat, l'inflation représentera 0,9 % en 2013 dans les pays de la zone. Le loyer de l'argent est donc nul, ce qui représente en théorie une incitation à emprunter puis à investir pour les entreprises. Dans la pratique, les faibles perspectives de croissance rendent entreprises et banques extrêmement frileuses.
Des nouvelles opérations monétaires ne sont pas écartées vue la faiblesse de l'inflation
Les intervenants de marchés s'attendent à de nouvelles initiatives de la BCE et son président Mario Draghi n'a rien fait pour les en dissuader au cours de la conférence de presse qui a suivi l'annonce sur les taux.
« Nous pourrions connaître une période prolongée de faible inflation suivie ensuite par un mouvement graduel à la hausse vers des taux d'inflation inférieurs, mais proches de 2% », a-t-il déclaré. « Nous surveillons les évolutions attentivement et sommes prêts à envisager l'usage de tous les instruments disponibles. »
Il a ajouté que la discussion du Conseil des gouverneurs n'avait concerné aucun instrument en particulier, mais qu'un « bref échange » avait porté sur le passage en territoire négatif du taux des dépôts, soit le taux auquel la BCE rémunère les liquidités excédentaires que les banques laissent dans ses livres.
La décision de maintenir le taux "refi", le principal taux directeur de la BCE, qui est le taux auquel les banques se refinancent, au plus bas record de 0,25 % était largement attendue alors que l'inflation au sein de la zone euro s'est légèrement redressée. Le taux de chômage a aussi enregistré une légère décrue.
Les prévisions actualisées des services de la BCE font état d'une inflation attendue à 1,1 % l'année prochaine, et à 1,3 % en 2015, des niveaux encore très éloignés de son objectif d'une croissance des prix en rythme annuel « inférieure à, mais proche de 2 % ».
La BCE a parallèlement revu en légère hausse sa prévision de croissance 2014 à 1,1 % contre 1,0 % précédemment et elle estime que la reprise devrait se poursuivre en 2015 avec une hausse de 1,5 % du PIB.
Mario Draghi a toutefois prévenu que ces prévisions étaient sujettes à des risques baissiers comme une éventuelle hausse des prix des matières premières, un affaiblissement de la croissance de la demande interne et des exportations et des retards dans la mise en œuvre des réformes structurelles au sein de la zone euro.
Pas de programme d'assouplisssement systématique de la masse monétaire en vue
La Banque centrale ne se lancera pas dans un programme de "quantitative easing" à l'instar de ceux mis en œuvre par la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre ou la Banque du Japon, selon une enquête Reuters auprès d'économistes publiée la semaine dernière.
La Banque d'Angleterre a elle aussi et sans surprise laissé jeudi sa politique monétaire inchangée.
Les économistes interrogés par Reuters s'attendent toutefois à ce que la BCE procède à une nouvelle opération de refinancement à très long terme (LTRO) au début de l'année prochaine comme elle l'avait fait fin 2011 et début 2012, injectant alors plus de 1.000 milliards d'euros de liquidités dans le système bancaire.
« Le degré de préparation est assez élevé sur toutes (les options de politique monétaire) », a-t-il dit.
Mario Draghi a cependant souligné qu'une nouvelle opération de LTRO ne serait mise en œuvre que si la BCE était sûre qu'elle profiterait au financement de l'économie réelle plutôt qu'à subventionner le renforcement des bilans bancaires.
Les banques ont utilisé une large partie des liquidités à faible coût mises à leur disposition l'année dernière pour acheter des titres plus rémunérateurs, empochant une marge d'intérêt qui a permis d'améliorer leurs résultats.
Plusieurs responsables monétaires de la zone euro avaient signalé avant même la tenue du Conseil des gouverneurs que la BCE était prête à assouplir encore sa politique monétaire en cas de besoin soulignant toutefois qu'aucune action immédiate n'était envisagée.