La BEI limite les prêts pour le financement de l'énergie fossile
La Banque européenne d'investissement (BEI) a relevé les critères de financement de l'énergie fossile. Les actionnaires ont approuvé la nouvelle politique de prêts lors d'une réunion à Luxembourg le 23 juillet.
La Banque européenne d'investissement (BEI) a relevé les critères de financement de l'énergie fossile. Les actionnaires ont approuvé la nouvelle politique de prêts lors d'une réunion à Luxembourg le 23 juillet.
La nouvelle norme de performance en matière d'émissions (NPE) de 550 grammes de CO2 par kilowatts-heures (g/kWh) changera la manière dont la banque accorde des prêts. L'incidence de la NPE en matière d'énergie propre n'a toutefois pas encore été déterminée.
Cette norme est moins stricte que celle introduite au Canada en août 2012 (420 g/kWh), mais est cohérente avec la politique actuelle de décarbonisation de l'UE.
« Il ne faut pas sous-estimer l'importance de la décision de la BEI […] », a écrit Ingrid Holmes, directrice associée du groupe de réflexion E3G, dans des courriels adressés à EURACTIV.
« Nous aurions bien sûr préféré une norme plus stricte, mais l'important, c'est que la NPE soit établie. Alors que les objectifs pour 2030 se concrétisent, nous pouvons nous attendre à un durcissement de la norme afin que les prêts de financement en faveur du charbon diminuent complètement. »
Exemptions
Les exemptions se limiteront probablement aux projets qui atténuent visiblement la pauvreté dans les pays en développement, notamment en Afrique, ou qui garantissent la sécurité énergétique des îles européennes sans autres ressources.
Les États membres ont demandé que la formulation de ces exemptions soit plus précise afin qu'elles ne modifient pas la politique de la BEI. Cette demande a retardé la publication du texte définitif.
Selon des informations d'EURACTIV, l'Allemagne aurait demandé lors du conseil d'administration une politique plus souple sur le financement continu du charbon. L'Autriche, la Commission européenne, le Royaume-Uni, et la Suède s'y seraient vivement opposés.
« Certains membres du conseil ont demandé que [la norme de 550 g/kWh] soit régulièrement réexaminée en raison des avancées technologiques ou en cas de réduction des objectifs européens. Nous avons convenu de la réexaminer au second semestre de 2014 », a déclaré Richard Willis, porte-parole de la BEI, à EURACTIV.
Conflits internes
Dix mois ont été nécessaires pour que la politique de prêts de la banque soit conforme à celle de l'UE sur le climat et l'énergie. Des débats houleux ont éclaté sur le rôle du financement de l'énergie fossile dans les pratiques bancaires.
Au sein de la Commission européenne, les directions en faveur d'une norme plus stricte de 450 g/kWh ont remporté le conflit interne. Ce pourrait peut-être devenir un point de ralliement pour les prochaines initiatives en matière de réduction des émissions.
« La norme de 450 grammes serait conforme à notre objectif de décarbonisation à l'horizon [2050] », a expliqué une source de la Commission à EURACTIV, en faisant référence aux projets européens de réduction de 80 à 95 % des émissions de dioxyde de carbone d'ici 2050.
« Nous tentons de faire avancer les choses encore plus loin et nous aurions pu souhaiter davantage », a-t-elle ajouté. « Nous constatons certains signes positifs, [mais] le résultat est mitigé. »
Connie Hedegaard, la commissaire en charge de l'action pour le climat, a demandé en juin aux banques de développement de ne plus investir dans l'énergie fossile.
Selon M. Willis, la nouvelle politique de la BEI « correspond très bien à la demande de la commissaire ».
De rares circonstances
La Banque mondiale a récemment annoncé que le financement du charbon ne serait permis que dans de « rares circonstances ». Cela ne lui a toutefois pas donné l'avantage sur les banques européennes, a précisé le porte-parole de la BEI.
« La BEI a été la première institution à définir une norme claire et transparence. Cela révèle notre engagement en faveur d'investissements qui réduisent les émissions en Europe et au-delà. La BEI a montré la voie aux banques publiques », a-t-il expliqué.
Depuis 2007, la BEI a financé des projets énergétiques à hauteur de plus de 70 milliards d'euros en Europe et dans le monde. Quelque 19 milliards de ce budget étaient destinés aux énergies fossiles, principalement le gaz, et 18,5 milliards d'euros aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique.
Près de 2 milliards d'euros ont été dépensés dans des centrales au charbon, dont une garantie d'un emprunt de 440 millions d'euros pour un projet de centrale au charbon de 600 MW à Sostanj en Slovénie. Des sources haut placées de la banque ont déclaré que ce prêt controversé les avait tourmentés.
M. Willis n'a pas fait de commentaire, mais a déclaré : « Nous examinons les projets au cas par cas. À l’aide d’une norme claire, certains projets qui pouvaient bénéficier auparavant d'un prêt n'en profiteront plus. »
Lancement de la politique énergétique de la BERD
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) va publier le 25 juillet une proposition de politique énergétique qui durcit également le critère de financement du charbon. La proposition ne sera toutefois pas suffisante pour empêcher la BERD de financer des projets d'énergie fossile dans les Balkans, selon des défenseurs de l'environnement.
Environ la moitié des 6,7 milliards d'euros annuels de prêts de la BERD dans le secteur énergétique est destinée aux énergies fossiles.
Des fonctionnaires de la BEI et de la BERD ont été en contact afin de garantir la convergence de leurs deux nouvelles politiques. Ce n'est peut-être pas étonnant étant donné que bon nombre de leurs actionnaires sont issues du même pays.
« Il est très intéressant que nos actionnaires, ceux de la BERD et ceux de la Banque mondiale soient souvent les mêmes […] », a déclaré un fonctionnaire de la BEI sous couvert de l'anonymat. « C'est la même équipe, autour de la même table. »
« En termes d'orientation politique venant des plus hauts échelons, il y a plus de cohérence que ce que l’on pense souvent », a-t-il ajouté. « Les gens pensent que des institutions différentes font les choses différemment, mais l'orientation que nous recevons des plus hauts échelons est claire. »
Un engagement européen commun en faveur de normes ambitieuses sur le climat était le moteur de la politique de prêt de la banque, selon cette source.
« Espérons que la BERD en prenne bonne note et durcisse en conséquence ses horribles propositions actuelles sur le financement de projet dans le secteur de l'énergie », a déclaré Ingrid Holmes.