La Belgique promet la "rupture" lors de sa présidence de l'UE

Le secrétaire d'Etat aux affaires européennes belge Olivier Chastel a déclaré que la Belgique donnerait toute liberté de manœuvre aux nouveaux hommes forts de l'UE – Herman Van Rompuy et Catherine Ashton – lorsque le pays divisé prendra la tête de la présidence tournante de l'UE le 1er juillet. Il s'est confié à EURACTIV lors d'un entretien exclusif.

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Le secrétaire d'Etat aux affaires européennes belge Olivier Chastel a déclaré que la Belgique donnerait toute liberté de manœuvre aux nouveaux hommes forts de l'UE – Herman Van Rompuy et Catherine Ashton – lorsque le pays divisé prendra la tête de la présidence tournante de l'UE le 1er juillet. Il s'est confié à EURACTIV lors d'un entretien exclusif.

Alors que des élections nationales cruciales doivent se dérouler le 13 juin, seulement deux semaines avant le début de sa présidence tournante, la Belgique est à un tournant de son histoire de 180 ans.

Le gouvernement belge s'est effondré en avril en raison d'un différend entre francophones et néerlandophones concernant les frontières électorales entourant la capitale, Bruxelles, domicile des institutions européennes (EURACTIV 27/04/10).

La Belgique est actuellement dirigée par un gouvernement intérimaire, mais Olivier Chastel affirme que ces élections ne vont pas trop perturber la présidence.

Il est vraiment probable qu'un nouveau gouvernement arrive en cours de présidence, a concédé l'homme politique francophone issu des rangs du Mouvement Réformateur (MR – centre droit), deuxième force politique derrière les socialistes dans la partie francophone du pays.

Cependant, selon M. Chastel, plusieurs mois vont être nécessaires pour que les partis politiques du pays – francophones et néerlandophones – s'entendent sur un programme de coalition incluant les réformes de l'Etat nécessaires demandées par la partie flamande.

En Belgique, on a rarement vu un gouvernement se constituer en 10 jours. Ça paraît mission impossible.

Et objectivement, même avec la meilleure volonté dont certains font preuve, je pense que ce sera compliqué d'y parvenir en quelques semaines ou quelques mois.

Souvent, on cite début septembre. Je n'ai pas de boule de cristal mais après deux mois et demi de négociations, il est possible de voir l'avènement d'un nouveau gouvernement.

Il a concédé que toutes les options étaient ouvertes après cette élection. On n’a pas de boule de cristal, ni aucune idée de comment les choses vont se dérouler.

Programme de la présidence

En substance, M. Chastel estime que les élections nationales du mois de juin auront un impact limité sur le programme de la présidence parce que les aspects pratiques comme l'agenda ou la logistique ont déjà été convenus.

Quand le gouvernement belge a présenté sa démission, nous avons eu pas mal de craintes sur la fin de la préparation de cette présidence et le début de son déroulement, a déclaré M. Chastel. Mais très vite, nous avons réalisé que nous avions bien avancé sur la préparation de cette présidence et que le fait d'être sous un gouvernement intérimaire n'allait pas changer fondamentalement les choses.

Beaucoup de partis politiques ont contribué à l'élaboration du programme de la présidence et il semble peu probable qu'une nouvelle coalition souhaite le modifier, a-t-il dit. En Belgique, approuver un programme de présidence européenne, c'est quasiment comme approuver un programme de politique nationale, a affirmé M. Chastel, se référant aux difficultés pour trouver un compromis acceptable.

Le programme sera approuvé le 16 juin, juste après les élections, et tous les partis devront travailler avec, a-t-il dit.

Un rôle en retrait ?

Sur la question du style de présidence, il a expliqué que la Belgique voulait marquer une rupture par rapport à la pratique actuelle, pour prendre en compte l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne en décembre, qui a créé deux nouveaux postes de haut niveau – une responsable des affaires étrangères et un président permanent du Conseil européen, qui réunit les chefs d'Etat et de gouvernement.

Il a déclaré que cela signifiait que la présidence belge aurait un rôle de copilote auprès de la responsable des affaires étrangères Catherine Ashton et du président permanent de l'UE Herman Van Rompuy.

Ils auront les capacités pleines et entières l'un comme l'autre et la responsabilité de tout le champ de compétences qui est le leur, a-t-il dit, ajoutant que la présidence belge ne s'effacerait pas mais mettrait en œuvre le traité de Lisbonne, tout le traité de Lisbonne et rien que le traité de Lisbonne.

Sur le front de la politique étrangère, il a bien spécifié que le ministère des affaires étrangères belge et sa diplomatie "sont à sa disposition – et j'ai bien dit à sa disposition – – pour faire tout ce qu'ils estimeront devoir faire faire à la présidence tournante. Et pas l'inverse, pas sur un pied d'égalité avec Mme Ashton", a-t-il insisté.

En d'autres termes, ceux qui avaient l'habitude de se mettre en avant, autrement dit le chef de l’Etat – donc chez nous le premier ministre – et le ministre des affaires étrangères, seront moins visibles, a-t-il dit.

Réformer l'euro

En matière de réformes spécifiques, comme la gouvernance de l'euro, M. Chastel a déclaré que c'était une question que la Belgique aimerait voir progresser de façon considérable durant sa présidence.

Mais il a affirmé qu'il fallait rester humble au regard du momentum politique. Une présidence c'est long et très cours à la fois. Et donc je pense qu'à 27, ces derniers mois, on a pris conscience d'une évolution inévitable de la gouvernance européenne, de la gouvernance de la zone euro, et de la manière dont nos économies devaient être beaucoup plus concordantes et interagir.

C'est évident. C'est l'union économique qui doit se mettre en place à coté de l'union monétaire. On emploie le terme que l'on veut : gouvernement économique, gouvernance économique.

Réforme de l'Etat belge

En matière de front politique interne, M. Chastel a déclaré que la Belgique était au bout d'un cycle politique, et que la réforme de l'Etat souhaitée par les partis flamands, qui veulent que davantage de pouvoirs soient confiés aux régions, était nécessaire.

Il faut réformer la maison Belgique pour repartir sur de bonnes bases pour 10, 15 ou 20 ans, pour remettre au centre de la politique belge le fameux compromis belge.

Mais il a mis en avant un certain nombre de zones rouges que les partis francophones refuseront de franchir dans les négociations. Par exemple, certains partis flamands ont appelé à ce que la protection sociale soie dévolue aux régions, ce que M. Chastel refuse.

Oui, on a quelques zones rouges : Nous voulons un pays qui possède un lien fort entre ses citoyens et donc tout l'aspect sécurité sociale par exemple doit rester un pan inébranlable de l'Etat fédéral.

Tout particulièrement, il a déclaré que la protection des minorités francophones était un principe absolu dans les négociations sur la division de la circonscription électorale Bruxelles-Hal-Vilvoorde entourant la capitale belge.

Il faudra régler ce problème au lendemain des élections, mais il faudra aussi régler des problèmes bien plus fondamentaux concernant le fonctionnement de l'Etat belge, a-t-il dit, notamment la répartition des compétences entre les niveaux fédéral, régionaux et communautaires.

Toutefois, il doute que la présidence de l'UE puisse être un catalyseur pour raviver l'art légendaire du compromis belge.

Je ne suis pas certain que pour régler ces problèmes émotionnels la présidence puisse être un catalyseur. Tout le monde veut qu'elle réussisse, tout le monde s'y engage, mais elle n'influencera à mon avis d'aucune sorte les positions dans un sens ou un autre de tout ceux qui seront autour d'une table après les élections pour solutionner ce problème.

Pour lire l'intégralité de cet entretien en français, cliquez ici.