La Belgique proposera-t-elle à nouveau Didier Reynders à la Commission européenne ?

Toujours en négociations pour former un gouvernement fédéral, la Belgique n'a pas encore proposé de candidats pour intégrer le Collège des commissaires européens. Didier Reynders souhaite obtenir un second mandat au sein de la Commission.

Euractiv.com
European Parliament plenary session in Strasbourg
Didier Reynders, commissaire européen à la justice, fait une déclaration sur le « Rapport annuel 2023 sur l’État de droit » lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg, France, le 11 juillet 2023.

Toujours en négociations pour former un gouvernement fédéral, la Belgique n’a pas encore proposé de candidats pour intégrer le Collège des commissaires européens. Didier Reynders souhaite obtenir un second mandat au sein de la Commission. 

À cinq jours de la date butoir du 30 août, 22 des 27 États membres de l’UE ont soumis leur choix de commissaire à la présidente Ursula von der Leyen. La Belgique, le Portugal, le Danemark, l’Italie et la Bulgarie manquent encore à l’appel.

Alors que des négociations sont encore en cours à Bruxelles pour former un gouvernement fédéral, la Belgique semble éprouver des difficultés à proposer des candidats pour le poste de commissaire. Depuis les élections du 9 juin, qui ont eu lieu le même jour que le scrutin européen, une coalition de cinq partis tente de s’accorder sur un exécutif, jusqu’à présent en vain.

Le parti nationaliste flamand Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA, Conservateurs et Réformistes européens) du bourgmestre d’Anvers Bart de Wever est arrivé en tête du scrutin et devrait diriger un gouvernement composé du Mouvement réformateur (MR, Renew), des Engagés (Renew) en Wallonie francophone, du CD&V (Parti populaire européen) et du parti de gauche Vooruit (Socialistes & Démocrates européens) en Flandre.

« Il s’agit d’un moment délicat, car le fait que les élections belges aient eu lieu le même jour que les élections européennes signifie que la nomination est faite avant qu’un consensus final [sur le candidat commissaire] ne soit atteint au niveau national », a déclaré une source proche du parti Vooruit à Euractiv.

L’eurodéputé nouvellement élu Yvan Verougstraete (Les Engagés) a également regretté que le commissaire belge soit choisi soit par un gouvernement sortant, soit par un gouvernement en cours de formation.

« C’est dommage : [être] commissaire européen, c’est un peu comme être ministre du gouvernement de l’Union européenne [UE] — les implications sont immenses et l’influence sur la vie quotidienne des citoyens l’est tout autant », a-t-il poursuivi.

Un second mandat pour Didier Reynders ?

Lorsqu’il est question du prochain ou de la prochaine commissaire belge, le nom qui revient souvent est celui de l’actuel commissaire à la Justice, Didier Reynders, membre du parti libéral MR.

Au début du mois, ce dernier a annoncé au journal télévisé de RTL-TVi qu’il avait l’intention de rempiler à la Commission et qu’il en avait déjà informé le président de son parti, Georges-Louis Bouchez, ainsi qu’Ursula von der Leyen.

« On va prolonger le président de la Cour de justice européenne, Koen Lenaerts, qui est un Belge. On a déjà décidé de prolonger la représentante belge à la Cour des comptes européenne, Annemie Turtelboom. Pourquoi ne pas également prolonger le commissaire ? », s’est-il interrogé. « En tout cas, j’ai la volonté de poursuivre mon travail sur l’État de droit ».

Contacté par Euractiv, aucun membre du MR n’a souhaité s’exprimer sur le sujet, invoquant les négociations en cours.

D’autres noms ont été évoqués, comme celui de Sophie Wilmès, vice-présidente du Parlement européen et membre du même parti que Didier Reynders, du ministre belge de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit), et de l’eurodéputé Yvan Verougstraete (Les Engagés), mais selon ce dernier, il est encore trop tôt pour se prononcer.

« Plusieurs noms circulent, mais le poste de Commissaire européen est l’une des composantes d’un accord avec multiples implications nationales […] Cela explique que le ou la candidate n’ait pas encore été désigné », a-t-il expliqué à Euractiv.

Des sources d’autres partis politiques belges contactées par Euractiv ont également fait part d’un point de vue similaire.

En outre, bien que la présidente de la Commission souhaite que les pays proposent un homme et une femme pour respecter la parité des genres au sein du Collège des commissaires, la Belgique pourrait faire fi de cette demande, comme de nombreux autres pays.

L’horloge tourne

La date butoir pour la soumission des candidats approchant, la nécessité de proposer des noms se fait de plus en plus pressante, surtout si les Belges veulent se voir attribuer un portefeuille attractif.

« Je ne peux qu’espérer que la date limite pour la décision de la Belgique ne soit pas trop rapprochée afin que nous puissions obtenir un portefeuille digne de notre expertise européenne », souligne Yvan Verougstraete.

Quelle que soit la personne finalement choisie, une chose est sûre : les Belges attendent un portefeuille important.

« Il est de coutume que la Belgique depuis plusieurs dizaines d’années obtienne beaucoup de responsabilités et les exécutent avec maîtrise, et ce quel que soit le portfolio », continue Yvan Verougstraete.

Ce dernier se dit persuadé que cette expertise sera pris en compte dans la répartition des postes proposée par Ursula von der Leyen. « En politique belge, on a un proverbe [qui dit] ‘tant qu’on n’a pas d’accord sur tout, on n’a d’accord sur rien’, on verra si l’adage se confirme ou non. »

Les auditions des commissaires par le Parlement européen devraient commencer fin septembre. Si elles ne sont pas prolongées, soit parce que le Parlement rejette certains candidats, soit parce que d’autres retirent leur candidature, la nouvelle Commission devrait prêter serment début novembre.