La Commission dément avoir recommandé aux commissaires européens de ne pas se rendre à la Pride de Budapest
Étant d’abord restée silencieuse face aux questions sur une possible consigne adressée aux commissaires pour ne pas assister à la Pride de Budapest, la Commission européenne a finalement démenti avoir émis une telle recommandation.
Étant d’abord restée silencieuse face aux questions sur une possible consigne adressée aux commissaires pour ne pas assister à la Pride de Budapest, la Commission européenne a finalement démenti avoir émis une telle recommandation.
Des sources proches de l’exécutif européen avaient confié à Euractiv que le bureau de la présidente de la Commission aurait demandé aux commissaires européens de ne pas se rendre à la marche des fiertés de Budapest, prévue pour le 28 juin mais interdite par le gouvernement.
Euractiv avait contacté à deux reprises la Commission européenne la semaine dernière pour lui demander si Ursula von der Leyen avait donné cette consigne, mais l’institution n’a pas répondu à nos demandes de commentaires.
Mardi 27 mai, un porte-parole de l’exécutif a finalement envoyé un démenti suite à la publication de l’information sur notre site lundi.
« Les affirmations selon lesquelles la présidente ou son équipe auraient demandé aux commissaires de ne pas assister à la Pride de Budapest sont fausses », explique-t-il. « Aucune recommandation de ce type n’a été faite. »
« La présidente […] est fermement attachée à une véritable Union de l’égalité, où chacun est libre d’être qui il est et d’aimer qui il veut », poursuit-il, ajoutant que l’exécutif présenterait une nouvelle stratégie en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ « dans le courant de l’année ».
Pour rappel, en mars, la Hongrie a adopté une loi interdisant les marches des fiertés et autorisant la police à utiliser des logiciels de reconnaissance faciale pour identifier les participants à de tels évènements. La Commission — gardienne des traités de l’UE — a été critiquée de toutes parts pour son inaction face à la situation.
La Commission sous pression
Ce démenti de la Commission intervient quelques heures après la publication par 17 États membres d’une déclaration commune condamnant la Hongrie pour « violation des droits fondamentaux des personnes LGBTIQ+ ».
La protection des personnes LGBTQ « est inhérente à l’appartenance à la famille européenne », précisent les signataires.
Cette déclaration a été publiée en amont d’une réunion du Conseil Affaires générales qui devait notamment porter sur la procédure visant la Hongrie au titre de l’article 7 du Traité sur l’UE (TUE) pour manquements à l’État de droit.
Avant la réunion des ministres de l’UE, le Hongrois János Bóka a assuré qu’« il n’y a pas d’interdiction de la Pride en Hongrie » et qu’il espérait donner à ses collègues « une vision plus nuancée » de la loi hongroise.
Dans la déclaration, les 17 pays appellent également la Commission européenne à « utiliser pleinement les instruments juridiques à sa disposition » pour contraindre Budapest à revenir sur ses mesures répressives.
La semaine dernière, le groupe libéral Renew Europe avait critiqué la Commission européenne pour son inaction et demandé à la présidente de l’exécutif de l’UE de prendre des mesures juridiques urgentes pour assurer la tenue de la marche.
La même semaine, 26 eurodéputés de plusieurs partis avaient appelé la Commission à geler tous les fonds destinés à la Hongrie, accusant le gouvernement de Viktor Orbán de « violations » répétées des lois européennes, notamment avec son interdiction de la Pride.
Commentant les révélations concernant la consigne de ne pas se rendre à la Pride de Budapest, l’eurodéputé français Christophe Clergeau (Socialistes et Démocrates européens, S&D) a confié à Euractiv que « la place des dirigeants européens est aux côtés de ceux qui défendent les droits fondamentaux inscrits dans les traités de l’UE ».
« Je pensais que la Commission était censée être la gardienne des traités. Ursula von der Leyen devrait être elle-même à Budapest, avec son Collège », a-t-il ajouté.
Les Verts ont eux aussi vivement critiqué l’attitude de la Commission. L’eurodéputée belge Sara Matthieu a qualifié de « scandaleux » le fait que l’institution « empêche les commissaires européens » de participer à l’évènement, tandis que son collègue allemand Daniel Freund s’est dit « choqué » par ces révélations.
Ces préoccupations ont été reprises par la branche européenne de l’International Lesbian and Gay Association (ILGA-Europe), qui a averti que le fait que la Commission ferme les yeux sur la situation en Hongrie ne relevait pas de la « neutralité », mais de la « complicité ».
En référence à la lettre de Renew Europe, l’ILGA a exhorté la Commission à prendre des mesures provisoires pour empêcher la Hongrie d’interdire la Pride par le biais de sa législation nationale.
« Alors que la Commission européenne envoie des instructions aux commissaires sur le fait de participer ou non à la Pride, elle évite de parler du rôle réel qu’elle doit jouer en tant que gardienne des traités : mettre fin à cette interdiction qui viole les droits fondamentaux, par des moyens juridiques », a conclu l’organisation.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]