La Commission énonce des réformes afin de « surmonter la crise »

La Commission européenne a présenté hier (29 mai) ses « rapports par pays » contenant des recommandations afin que les États membres relancent leur compétitivité et redynamisent leurs économies. Les recommandations de cette année s’éloignent de l’austérité et invitent les pays à être « plus ambitieux » dans la relance de la croissance.

EURACTIV.com
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La Commission européenne a présenté hier (29 mai) ses « rapports par pays » contenant des recommandations afin que les États membres relancent leur compétitivité et redynamisent leurs économies. Les recommandations de cette année s’éloignent de l’austérité et invitent les pays à être « plus ambitieux » dans la relance de la croissance.

« L'Europe doit sortir de la crise », a déclaré le président de la Commission, José Manuel Barroso, lors d'une conférence de presse à l'occasion de la publication des recommandations.

Craints dans de nombreuses capitales et attendus avec grand intérêt par des parties prenantes nationales et européennes, les rapports annuels par pays deviennent un élément majeur des mesures entreprises par la Commission en vue de lutter contre la crise de la zone euro et d'harmoniser les politiques économiques européennes.

« Les recommandations de cette année invitent tous les pays à être plus ambitieux en matière de réformes économiques visant à stimuler la croissance », a déclaré le président de la Commission. Il a ajouté que le débat « austérité contre croissance » était contreproductif et que les pays devraient plutôt se concentrer sur la promotion d'un consensus européen préconisé par la Commission.

Le manque d'accès aux fonds pour les entreprises constitue un problème clé dans de nombreux États membres. La Commission envisage de proposer aux entreprises des solutions différentes de crédits bancaires. M. Barroso a cité les exemples des actions non cotées, des instruments de partage de risques avec la Banque européenne d'investissement ou de subventions de la Commission européenne.

L'exécutif européen conseille aux pays de créer des conditions favorables à la création d'entreprises. Les États membres sont priés d'achever le marché unique dans des domaines comme l'énergie, les transports et les services. Plusieurs recommandations ont trait entre autres aux prix de l'énergie, à l'expansion du haut débit, à la concurrence dans le secteur des services et aussi à la bureaucratie.

Selon José Manuel Barroso, les États membres de l'UE doivent améliorer les compétences et les qualifications de leur population. La Commission conseille à 22 États membres de réformer leur système éducatif.

Urgence sociale

M. Barroso a reconnu que l'urgence sociale dans de nombreuses parties d'Europe et la hausse des inégalités dans certaines régions augmentent la pression en faveur de réformes.

Alors que des mesures structurelles prennent du temps avant de porter leurs fruits en termes de création d’emplois, il est nécessaire de se concentrer plus particulièrement sur les résultats à court terme pour les chômeurs, notamment les jeunes, selon le président de la Commission. Il a en outre précisé que des mesures visant à la mise en place de l'union bancaire devraient se poursuivre « avec détermination ».

« Un relâchement des efforts dans ce domaine ne sera pas acceptable », a-t-il poursuivi.

Moins de pays en déficit excessif

Selon Olli Rehn, le commissaire en charge des affaires économiques et monétaires, 16 pays font actuellement l’objet d'une procédure concernant les déficits excessifs (PDE), contre 24 il y a deux ans. L'exécutif de l'UE a recommandé que le Conseil abroge la PDE pour la Hongrie, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie et la Roumanie. Dans le même temps, il a également préconisé l'ouverture d'une PDE pour Malte.

L'exécutif européen a en outre adopté des recommandations visant à prolonger les échéances de correction du déficit excessif dans six pays.

La France et l'Espagne, respectivement la deuxième et la quatrième économie de la zone euro, disposent de deux années supplémentaires pour ramener leur déficit budgétaire en dessous du plafond de l'UE de 3 % du PBI. La Pologne et la Slovénie ont également obtenu deux ans de plus, contre un an pour les Pays-Bas et le Portugal.

La Belgique reçoit un avertissement

La Commission a proposé un an supplémentaire à la Belgique en vue de corriger son déficit excessif. Elle estime que la Belgique « n'a pas engagé d'action suivie d’effets » pour mettre un terme à sa situation de déficit excessif au cours des trois dernières années. Les problèmes de la Belgique proviennent en grande partie du renflouement de sa banque Dexia.

La Belgique ne devra toutefois pas s’acquitter d'amendes, car la législation du paquet de six relatif à la gouvernance économique renforcée n'est entrée en vigueur qu'à la mi-décembre 2011 et l'imposition de sanction financière pour les années 2010 et 2011 pourrait aller à l'encontre du principe de non-rétroactivité. 

L’Espagne, la France, l'Italie et la Slovénie sous la loupe

Les grands ajustements structurels de l'Italie de ces deux dernières années ont été salués. Selon la Commission, le nouveau gouvernement revient en arrière sur certaines mesures, mais a mis en place des protections en vue de maintenir le déficit sous les 3 %. La poursuite des réformes structurelles serait essentielle à la reprise en Italie. Le remboursement des arriérés de dettes commerciales approuvés par le gouvernement et la Commission devraient fournir des liquidités à l'économie et contribuer à la relance économique.

Les ajustements budgétaires recommandés pour la France pour 2014 et 2015 sont légèrement inférieurs à ceux de cette année, selon la Commission. Paris devrait réduire davantage les coûts du travail, notamment en diminuant les cotisations de sécurité sociale, peut-on lire dans la recommandation par pays.

La Commission a indiqué que l'Espagne a mis en place une série de réformes l'année dernière, mais a ajouté que les niveaux élevés de la dette restent préoccupants. L'Espagne a proposé un programme de réforme national convaincant, mais sa mise en œuvre rigoureuse et ponctuelle est essentielle aux yeux de l'exécutif européen.

La Slovénie, un pays qui essaie d'éviter un renflouement, s'attaque à présent résolument aux déséquilibres excessifs soulevés dans le bilan approfondi publié en avril, selon la Commission. Le nouveau gouvernement a pris des mesures en vue d'améliorer la compétitivité des coûts et a entamé un profond assainissement du secteur bancaire. D'après Olli Rehn, les réformes prises devraient contribuer à mettre un terme à la récession en Slovénie.

Même l'Allemagne reçoit des recommandations

L'Allemagne, l'économie la plus importe de l'UE, n'échappe pas aux recommandations. Elles comprennent l'augmentation des salaires afin de soutenir la demande intérieure ainsi que la réduction des cotisations de sécurité sociale et des impôts élevés, surtout pour les bas salaires en Allemagne.

La Commission recommande également que Berlin envisage une augmentation des salaires, s'attaque aux problèmes de fiscalité et ouvre davantage ses marchés des services à la concurrence. M. Barroso a déclaré que l'Allemagne devrait « éviter tout type de complaisance ».  « Nous avons besoin d'une économie allemande forte au centre de l'Europe », a-t-il ajouté tout en qualifiant l'Allemagne d’« ancre de stabilité ».