La Commission européenne ne lâche pas prise sur la confiscation des avoirs russes

Lundi 20 janvier, la Commission européenne a réitéré son refus d’exclure la confiscation de centaines de milliards d’euros d’actifs russes gelés, malgré les mises en garde de la Belgique qui estime qu’une telle mesure pourrait être illégale et mettre en péril la stabilité financière de la zone euro.

EURACTIV.com
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Valdis Dombrovskis a toutefois déclaré que la question de savoir comment le prêt du G7 serait refinancé si les actifs étaient saisis était un « facteur important et supplémentaire à prendre en compte », mais qu’il n’était pas décisif en fin de compte. [EU COUNCIL PHOTO]

BRUXELLES — Malgré les mises en garde de la Belgique, qui estime qu’une telle mesure pourrait être illégale et mettre en péril la stabilité financière de la zone euro, la Commission européenne a refusé d’exclure la confiscation de centaines de milliards d’euros d’actifs russes gelés.

Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a déclaré que « tous les risques économiques et juridiques » liés à la saisie des actifs souverains russes détenus dans l’Union européenne (UE) devaient être « dûment pris en compte ». Il a toutefois estimé que le Kremlin devait « payer » pour les dommages infligés à l’Ukraine alors que la guerre dure depuis près de trois ans.

Environ 210 milliards d’euros d’actifs russes ont été gelés dans l’UE depuis que Moscou a lancé son invasion de l’Ukraine en février 2022. Environ 180 milliards d’euros sont actuellement détenus par Euroclear, une chambre de compensation basée à Bruxelles.

Quelques minutes plus tôt, cependant, le ministre belge des Finances, Vincent Van Peteghem (CDnV, Parti populaire européen), avait déclaré que la confiscation des actifs posait de sérieux « risques juridiques » et « économiques » pour la zone euro.

Le responsable politique flamand a également averti que la confiscation pourrait compromettre la capacité des États membres à financer le prêt de 48 milliards d’euros accordé par le G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) à Kiev, qui est garanti par les bénéfices générés par les actifs.

« La confiscation est une mesure ponctuelle, qui n’est rien comparée au flux continu de ressources que nous obtenons [grâce aux] bénéfices exceptionnels », a-t-il expliqué.

Valdis Dombrovskis a toutefois déclaré que la question du financement du prêt du G7, si les actifs étaient saisis, constituait un « facteur important et supplémentaire à prendre en compte », mais qu’il n’était pas décisif en fin de compte.

Un diplomate de l’UE a expliqué que la Belgique s’inquiétait surtout du préjudice financier et de réputation que pourrait subir Euroclear si les actifs étaient saisis unilatéralement.

La Belgique « veut une certitude juridique et des assurances pour éviter le risque que des pays tiers ne confient plus leur argent à Euroclear, ou que la Russie poursuive Euroclear en justice », a-t-il ajouté.

La directrice générale d’Euroclear, Valérie Urbain, a d’ailleurs confié à Bloomberg le mois dernier que « s’il y a une confiscation d’actifs, tout est en l’air ».

De son côté, la nouvelle cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a déclaré que l’Ukraine avait une « revendication légitime » à l’égard des actifs souverains de la Russie.

« Je n’utiliserai pas le mot confiscation parce qu’il s’agit en fait d’utiliser les actifs de manière légale », a-t-elle commenté lors de son audition de confirmation au Parlement européen en novembre.

Les remarques de la responsable politique estonienne ont ensuite été reprises par Valdis Dombrovskis, qui avait expliqué à Bloomberg en décembre que Bruxelles devrait « explorer et travailler sur toutes les options » concernant les actifs gelés.

De nombreux économistes professionnels et d’autres responsables politiques de l’UE ont toutefois mis en garde à plusieurs reprises contre les risques liés à la confiscation.

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, avait affirmé l’année dernière que la confiscation des avoirs risquait de « rompre l’ordre international […] que l’on voudrait que la Russie respecte ».

Plusieurs autres États membres, dont l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg, s’inquiètent également des risques juridiques et financiers associés à la confiscation, selon des diplomates de l’UE.

[AM]