La Commission alerte sur la pénurie de compétences qui touche l’Europe
La Commission a mis en garde contre le risque que les pénuries de compétences s’enracinent dans l’économie de l’UE. En plus des taux d’emplois vacants au plus haut et du manque criant de compétences numériques, le continent peine également à stimuler la participation aux formations pour adultes.
Mercredi 18 décembre, la Commission européenne a mis en garde contre le risque que les pénuries de compétences s’enracinent dans l’économie de l’Union européenne (UE). En effet, en plus des taux d’emplois vacants au plus haut et du manque criant de compétences numériques, le continent peine également à stimuler la participation aux formations pour adultes.
Le taux de vacance de l’UE — qui mesure la proportion des emplois totaux qui sont vacants — a doublé au cours de la dernière décennie, atteignant 2,4 % au deuxième trimestre de cette année, selon l’exécutif européen.
Les fonctionnaires de la Commission ont attribué le récent déclin du taux d’emplois vacants dans l’UE, qui a culminé à 3 % au premier semestre 2022, à la faiblesse sous-jacente de l’économie européenne plutôt qu’à des développements positifs sur le marché du travail, et ont averti que « cette tendance allait durer ».
Par ailleurs, les pénuries de main-d’œuvre sont particulièrement graves dans les secteurs des STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques), ainsi que dans la construction, les transports, les soins de santé et l’éducation.
Les fonctionnaires ont également constaté un manque « inquiétant » de connaissances numériques chez les citoyens, avec seulement 55,6 % des adultes européens possédant des compétences numériques de base. Ce chiffre est bien en deçà de l’objectif de la Commission, qui vise à atteindre 80 % de compétences numériques chez les adultes d’ici 2030.
« À peine plus de la moitié des gens ont au moins des compétences numériques de base, et plus de la moitié [disent qu’ils] n’ont pas les bonnes compétences pour contribuer à la transition écologique. »
Ils ont également souligné que l’UE n’atteignait pas son objectif d’inscrire 60 % des adultes européens à des programmes de formation d’ici 2030. Actuellement, seuls 39,5 % d’entre eux participent à de tels programmes, soit une augmentation de seulement 2,1 points de pourcentage depuis 2016.
« Ce n’est pas suffisant [pour] le type de situation que nous connaissons », explique un fonctionnaire.
« Nous avons vu dans plusieurs enquêtes que les entreprises se plaignent de ne pas avoir de personnel ayant les bonnes compétences », confie un second haut fonctionnaire de l’UE.
Des pénuries généralisées
L’avertissement de la Commission résulte d’une inquiétude croissante quant aux risques que ce déficit de compétences grandissant fait peser sur l’économie européenne.
Dans son récent rapport sur la compétitivité, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a appelé à une « refonte » de l’approche de l’UE en matière de compétences, notamment en augmentant le financement des programmes de formation technique et de formation des adultes dans le domaine des sciences, de la technologie et de l’ingénierie.
L’ancien Premier ministre italien a attribué une grande partie du déficit de compétences de l’UE à la « sous-utilisation des talents existants » et aux « profondes disparités entre les genres » dans les secteurs liés aux STIM, où les hommes occupent deux fois plus de postes que les femmes.
Le rapport Draghi a été présenté après la publication, en mars, d’un « plan d’action » de la Commission visant à remédier à la pénurie de compétences en Europe.
Au sein de la nouvelle Commission, c’est Roxana Mînzatu, nommée vice-présidente exécutive de la Commission chargée des Personnes, des compétences et de l’État de Préparation, qui a été chargée par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, de s’attaquer « aux déficits de compétences et de main-d’œuvre qui freinent notre productivité et notre compétitivité ».
Un faible taux de chômage, oui mais…
Les taux de participation au marché du travail ont atteint 75,3 % en 2023, un niveau un record à seulement quelques points de pourcentage en dessous de l’objectif de 78 % que s’est fixé l’UE pour 2030. Le taux de chômage est également tombé à un niveau record de 6,1 %.
Cependant, l’exécutif européen a souligné que les jeunes, les femmes, les personnes porteuses d’un handicap et les personnes nées en dehors de l’UE rencontraient encore des difficultés importantes pour entrer sur le marché du travail.
« Malgré cette très bonne performance [globale], lorsque vous regardez certains groupes sous-représentés […], les chiffres ne sont pas tout à fait aussi bons », a reconnu un fonctionnaire européen.
L’exécutif de l’UE a appelé les entreprises à mieux répondre aux exigences professionnelles des jeunes, dont le taux de chômage est environ trois fois plus élevé que la moyenne européenne.
« Les employeurs devront peut-être devenir un peu plus flexibles », a indiqué le fonctionnaire. « En effet, la jeune génération a des habitudes de travail et des conditions de travail différentes, ou une certaine flexibilité en termes de lieu, de temps, etc. »
Sur une note plus positive, la Commission a noté que les salaires réels, qui ont chuté depuis 2022, sont désormais en hausse et devraient permettre aux citoyens européens de retrouver leur pouvoir d’achat moyen d’avant la pandémie d’ici 2025.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]