La Commission veut orientaliser sa politique commerciale
La commissaire Cecilia Malmström doit affiner sa nouvelle stratégie européenne pour le commerce et l'investissement. Bruxelles s'est décidé à se tourner vers l'Asie, selon les informations obtenues par EURACTIV.
La commissaire Cecilia Malmström doit affiner sa nouvelle stratégie européenne pour le commerce et l’investissement. Bruxelles s’est décidé à se tourner vers l’Asie, selon les informations obtenues par EURACTIV.
Cap à l’Est, toutes ! La nouvelle stratégie de la commission va tenir compte du nombre croissants d’accords commerciaux internationaux, comme le partenariat transpacifique (PTP), mais aussi encourager l’ouverture de négociations avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ou le renforcement des accords avec certains pays du PTP ayant déjà signé des accords de libre-échange(ALE) avec l’UE, comme le Mexique et le Chili.
« Nous devons tirer parti des zones en expansion », estime Luisa Santos, responsable du commerce international à Business Europe. « Il ne s’agit pas de ‘poursuivre’ les pays du PTP, mais, à part ces pays-là, les options ne sont pas légions. »
Pour les spécialistes du commerce, les marchés émergents, comme le Brésil, la Russie, l’Inde ou la Chine, ne sont pas extrêmement porteurs. L’économie brésilienne en berne et le scandale de corruption qui éclabousse le géant pétrolier Petrobras et d’autres entreprises d’État ont paralysé le pays, et les négociations de l’UE avec les pays du MERCOSUR n’avancent pas.
Les discussions avec Delhi sont quant à elles gelées après un désaccord concernant l’interdiction de commercialisation dans l’UE de plus de 700 produits pharmaceutiques indiens. Du côté de la Chine, le traité d’investissement est toujours d’actualité, mais il n’est pas question de conclure un ALE dans un avenir proche.
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« Nous sommes dans cette situation parce qu’il n’y a pas d’autres possibilités. Si nous voulons promouvoir un programme commercial prospectif, nous devons nous tourner vers les pays avec lesquels nous n’avons pas encore engagé de conversation ou de négociations », ajoute Luisa Santos.
Il s’agit donc des pays de l’ANASE, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, une priorité évidente en ce qui concerne le continent asiatique. Cet été, l’UE a conclu un accord avec le Vietnam. Les discussions avec la Malaisie vont également bon train.
>> Lire : Accord de libre-échange en vue avec le Vietnam
Selon les spécialistes, le problème de la Birmanie ne se pose plus. « Il n’y a aucune raison de ne pas engager de négociations avec toutes les îles », estime Luisa Santos.
Taïwan et Hong Kong sont également mentionnés dans la nouvelle stratégie européenne, selon les informations obtenues par EURACTIV.Bruxelles devrait leur proposer d’entamer des discussions en vue de traités bilatéraux d’investissement. « Nous n’avons pas besoin d’un traité d’investissement avec Hong Kong. Il s’agit surtout de faire pression sur la Chine », explique un spécialiste bien placé.
La stratégie de la Commission appellera également à une mise à jour des ALE avec le Mexique et le Chili, afin que ceux-ci comprennent un chapitre sur la réglementation et entrent dans une nouvelle ère d’accords de libre-échange.
Avec le PTP, Washington s’assure un accès privilégié aux marchés d’une région qui fournira plus de la moitié de la production mondiale d’ici 2050, selon la Banque asiatique de développement. La Chine a réagi en mettant en place sa propre initiative d’intégration régionale, le partenariat économique régional complet (RCEP), qui couvre l’est et le sud-est de l’Asie et pourrait même englober l’Inde. Au-delà du TTIP, l’UE est très consciente de la nécessité de s’assurer des relations de choix avec l’Asie, afin de ne pas être laissée pour compte dans le jeu des nouveaux accords commerciaux internationaux.
L’exécutif européen est toutefois également d’avis qu’il doit regagner la confiance des citoyens. Pour ce faire, Bruxelles tentera de formuler une politique commerciale et d’investissement plus large, en plaçant le développement social et la protection environnementale au centre de tout accord futur.
Des accords bénéfiques pour tous
Dans un contexte d’opposition croissante au TTIP dans l’UE – la dernière manifestation anti-TTIP en date a réuni entre 150 000 et 250 000 personnes à Berlin -, la commissaire au commerce, Cecilia Malmström insistera aujourd’hui particulièrement sur un aspect de la nouvelle stratégie, celui du commerce pour tous.
Comme tout autre domaine de politique internationale, le commerce devrait réellement appliquer les principes théoriques, a souligné la commissaire lors d’une intervention à l’université de Columbia en septembre.
« Le commerce sera toujours un aspect de politique économique, mais il n’est pas isolé. Les choix que nous faisons en ce qui concerne les échanges commerciaux doivent refléter nos valeurs. Il ne s’agit pas simplement d’un vœu abstrait. Ces deux dernières années, le débat public sur la politique commerciale s’est intensifié, et pas seulement en Europe. Il ressort de ce débat la nécessité d’une responsabilité renforcée », a-t-elle déclaré lors de son déplacement à New York.
Il s’agit donc de mettre en place un système de responsabilité efficace, transparent et fondé sur les valeurs européennes, a expliqué un fonctionnaire européen qui préfère ne pas être cité.
Les citoyens sont en effet inquiets des conséquences de la politique commerciale sur leur vie quotidienne. Ils veulent obtenir des garanties quant à la protection de l’environnement et leur qualité de vie, ainsi que de celle des habitants d’autres pays. Les bénéfices liés au commerce internationaux devraient également profiter à tous, insiste le fonctionnaire en question.
Échiquier géopolitique
« Dans les systèmes démocratiques, les décideurs politiques doivent écouter le débat public, le comprendre et y répondre », a justement assuré Cecilia Malmström à Columbia.
Elle semble elle-même avoir écouté, et présente aujourd’hui un programme étroitement lié à la société civile, tout en tenant compte des réalités géopolitiques et économiques.
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