La Commission vise un « changement de paradigme » avec la future loi-cadre sur les systèmes alimentaires durables

Dans sa prochaine proposition sur les systèmes alimentaires durables, la Commission européenne vise à modifier les modes de production et de consommation alimentaires, selon un responsable. Toutefois, les mesures concrètes à adopter ne sont pas encore connues.

EURACTIV.com
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La Commission européenne devrait présenter sa proposition de cadre pour des systèmes alimentaires durables au cours du troisième trimestre de cette année, dans le but d’« intégrer la durabilité dans toutes les politiques liées à l’alimentation ». [SHUTTERSTOCK/pixfly]

Dans sa prochaine proposition sur les systèmes alimentaires durables, la Commission européenne vise à modifier les modes de production et de consommation alimentaires, selon un responsable. Toutefois, les mesures concrètes à adopter ne sont pas encore connues.

La Commission européenne devrait présenter sa proposition de loi-cadre sur les systèmes alimentaires durables au cours du troisième trimestre de cette année, dans le but d’« intégrer la durabilité dans toutes les politiques liées à l’alimentation ».

La proposition de législation vise à consolider l’essence de la stratégie « De la ferme à la table » et à permettre ce changement de paradigme dans la manière dont nous produisons et consommons les aliments. C’est ce qu’a déclaré Anastasia Alvizou, cheffe adjointe de l’unité responsable de la stratégie « De la ferme à la table » au sein de la direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (DG SANTE), lors d’un récent événement d’EURACTIV.

Parmi les dernières propositions législatives relatives à l’agriculture et à l’élevage présentées avant les élections européennes de l’année prochaine, la loi-cadre sur les systèmes alimentaires devrait constituer l’un des éléments législatifs permettant de mettre en pratique la stratégie phare et non contraignante « De la ferme à la table ».

En ce sens, la législation « représente le cœur de la promesse de “De la ferme à la table” et la raison pour laquelle cette stratégie a été et peut encore être révolutionnaire », a indiqué Isabel Paliotta, responsable des politiques au Bureau européen de l’environnement (BEE).

Lutte pour des mesures tangibles

Au-delà de cette ambition, le flou persiste quant à l’objet concret de la législation.

Alors qu’une étude d’impact divulguée au début du mois de mars se concentrait sur la durabilité écologique et envisageait des mesures telles que des exigences obligatoires en matière de marchés publics durables ou de systèmes d’étiquetage volontaires et harmonisés sur la durabilité, des militants écologistes ont averti la semaine dernière que l’objectif de la loi pourrait viser la sécurité alimentaire à long terme.

Pour Marco Sprinmann, chercheur principal à l’Environmental Change Institute de l’Université d’Oxford, la législation doit rendre les objectifs en matière d’alimentation durable plus tangibles, en particulier pour les consommateurs.

« La stratégie “De la ferme à la table” constitue un excellent document politique […], mais malheureusement, le passage à des modes d’alimentation durables et sains apparaît uniquement comme un objectif qualitatif, alors que de nombreux objectifs de production sont énoncés clairement de manière quantitative et peuvent être évalués par les États membres », a-t-il déclaré.

M. Sprinmann a donc appelé à la mise en œuvre d’objectifs quantitatifs, tels que l’augmentation de la consommation de fruits et légumes ou la diminution de la consommation de viande et de produits laitiers.

Sans de tels changements alimentaires, a-t-il poursuivi, « il y a peu de chances de limiter les effets dangereux du changement climatique ou de réduire l’utilisation des ressources environnementales pour ce qui est de l’utilisation des sols et d’autres questions ».

Façonner des environnements alimentaires

Un rapport publié la semaine dernière par le consortium de recherche Science Advice for Policy by European Academies (SAPEA) a également conclu que « pour que l’Europe atteigne ses objectifs en matière de santé et de durabilité, la manière dont nous produisons et consommons les aliments doit changer ». La raison en est que les régimes alimentaires actuels des Européens entrainent des « conséquences majeures » sur l’environnement tout en augmentant le risque de maladies et d’obésité.

Cependant, il peut s’avérer difficile de changer les habitudes alimentaires et les tentatives en ce sens se heurtent souvent à des réactions négatives.

« L’alimentation est un sujet très émotionnel », a souligné Mme Alvizou.

C’est pourquoi la loi-cadre des systèmes alimentaires devra suivre une approche intégrée et faire le lien entre la production et la consommation « afin de garantir un environnement alimentaire qui favorise des choix alimentaires durables ».

Les sociologues parlent d’environnements alimentaires lorsqu’ils font référence aux contextes culturel, physique ou économique de notre alimentation, qui influencent nos choix alimentaires et constituent donc des facteurs à cibler pour modifier les régimes alimentaires.

« La façon dont nous mangeons et [les aliments] que nous mangeons sont enracinés dans des aspects culturels, personnels et sociaux et il est très difficile de les changer », a déclaré Mme Paliotta.

Néanmoins, un tel changement est possible, a-t-elle précisé, si la volonté politique de le faire est suffisamment forte.