La Communauté politique européenne, un format qui peine à s’imposer

Alors qu’une cinquantaine de dirigeants européens se réunissent aujourd'hui (18 juillet) au Royaume-Uni sous la coupe de la Communauté politique européenne, il est de plus en plus clair que le groupe peine à justifier son existence.

Euractiv.com
European Political Community (EPC) Summit
La présidente de la Moldavie Maia Sandu (centre) et les dirigeants se préparent pour la photo de famille lors du sommet de la Communauté politique européenne (CPE) au château de Mimi à Bulboaca, Moldavie, 01 juin 2023. La Moldavie accueille le 2e sommet de la Communauté politique européenne le 1er juin 2023 au château de Mimi. [EPA-EFE/DUMITRU DORU]

Une cinquantaine de dirigeants européens se réunissent ce jeudi (18 juillet) au Royaume-Uni pour un sommet de la Communauté politique européenne, un format ne produisant que des résultats limités qui peine donc à justifier son existence.

Ce sommet de la Communauté sera le quatrième après ceux de Prague en République tchèque (octobre 2022), Chișinău en Moldavie (juin 2023) et Grenade en Espagne (octobre 2023).

Toutefois, le format, créé il y a deux ans à l’initiative d’Emmanuel Macron lors de la présidence française du Conseil de l’UE, peine à produire des résultats concrets.

À l’ordre du jour de cette édition : la question migratoire, la sécurité et la coopération en matière d’énergie. Cependant, les relations entre Bruxelles et Londres, la guerre en Ukraine et l’élection présidentielle américaine de novembre — qui ne figurent pas à l’ordre du jour officiel — devraient également être évoquées.

Selon le ministère britannique des Affaires étrangères, le sommet, qui se tiendra au palais de Blenheim, situé dans le sud de l’Angleterre, devrait permettre aux participants de « débattre de certaines des problématiques générationnelles les plus urgentes auxquelles l’Europe est confrontée ».

« Le gouvernement britannique profitera du sommet pour discuter avec ses homologues européens d’une collaboration plus étroite dans la lutte contre l’immigration illégale et d’une plus grande coopération en matière de sécurité afin de garantir la sécurité de la Grande-Bretagne », a ajouté le ministère.

Quels sont les résultats attendus ?

Les trois éditions précédentes du format ont constitué une plateforme pour le pays hôte, qui a à chaque fois pu se mettre en avant ou mettre l’accent sur un sujet qui tenait ses dirigeants à cœur.

Le Premier ministre britannique nouvellement élu, le travailliste Keir Starmer — dont le gouvernement a annoncé son intention de « réinitialiser » les relations avec l’Europe, huit ans après le vote des citoyens du Royaume-Uni en faveur de la sortie de l’UE — profitera de l’occasion pour échanger avec ses homologues européens en marge des discussions officielles du sommet.

Le Royaume-Uni et l’UE envisagent d’organiser leur tout premier sommet bilatéral post-Brexit dans les mois à venir et de faire avancer les travaux sur un partenariat de sécurité bilatéral, ont confié des personnes au courant des discussions.

Outre les tables rondes officielles sur la question migratoire (menées par l’Italie et l’Albanie), la coopération énergétique (par l’UE et le Monténégro), et la défense et la protection de la démocratie (par la France et la Moldavie), la guerre en Ukraine et la sécurité européenne devraient dominer les discussions.

Pour la première fois, des représentants de l’OTAN, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et du Conseil de l’Europe seront présents au sommet.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky devrait rallier le soutien des pays européens en dehors des Vingt-Sept, mais au-delà des séances de photos officielles, peu de résultats concrets sont attendus.

D’après des sources proches des préparatifs du sommet, on peut s’attendre à une discussion plus tangible sur la menace hybride que représente la Russie. Les dirigeants devraient discuter et préparer la publication de nouvelles preuves que Moscou a cherché à saper les démocraties à travers l’Europe, du financement de l’ingérence dans les élections (européennes et nationales) aux attaques physiques sur le sol européen.

Après le sommet de l’OTAN à Washington et la campagne présidentielle américaine qui a fait planer le doute en Europe, les dirigeants devraient également se pencher sur ce qu’une deuxième présidence Donald Trump pourrait signifier pour le continent.

En quête de légitimité

Lancée en 2022, la Communauté politique européenne devait offrir une plateforme de dialogue politique et de coopération aux pays européens, incluant ceux qui aspirent à rejoindre l’UE comme ceux qui préfèrent rester en dehors de celle-ci.

Mais les représentants qui ont participé aux trois éditions précédentes ont de plus en plus de doutes sur la pertinence de cette structure qui, jusqu’à présent, n’a défini que vaguement son objectif.

Certains détracteurs l’ont d’abord considérée comme un moyen de ralentir l’élargissement de l’UE et de maintenir des pays tels que l’Ukraine et la Moldavie, ainsi que les Balkans occidentaux, dans la salle d’attente de l’adhésion au bloc.

Or, avec la guerre de la Russie en Ukraine qui pourrait rester une menace à long terme et le sentiment grandissant d’instabilité dans le monde, la Communauté politique européen a quelque peu gagné en légitimité en devenant un forum de discussions informelles sur les crises.

Mais l’absence de toute structure formelle, telle qu’un personnel permanent ou un secrétariat, et le fait que les résultats attendus restent limités, font que de nombreux participants ont du mal à soutenir que ces discussions ont permis de parvenir à quoi que ce soit.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan devrait être absent pour la deuxième fois consécutive, et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen sera également absente, car elle est au Parlement européen à Strasbourg pour le vote sur sa reconduction à la tête de la Commission qui a lieu le même jour.

« Pour l’instant, tout le monde fait acte de présence, à quelques exceptions près, mais puisqu’il n’y a pas de vote ou de prise de décision, il est probable que sur le long terme certains États réfléchissent à leur participation », a indiqué un diplomate européen à Euractiv.

Cependant, de nombreux diplomates européens considèrent que les discussions parallèles et les opportunités bilatérales sont précieuses. Pour eux, le caractère informel permet d’aborder des sujets plus conflictuels ou d’utiliser ces discussions informelles pour résoudre certains conflits.

Mais la question imminente de ce sommet sera pour les dirigeants de décider de la manière de procéder avec cette structure.

Au cours de l’année écoulée, certains diplomates européens ont émis l’idée de réduire la fréquence des réunions, passant de tous les six mois à une fois par an.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]