La Coordination Rurale appelle à « empêcher l’irrigation importée »

Si la déforestation importée est devenue une préoccupation majeure dans l’UE, des mesures devraient également être prises pour éviter l'importation de l'irrigation « non-durable », exige le syndicat agricole français.

Euractiv France
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Selon la Coordination Rurale, « dans un monde où les tensions sur l’eau sont de plus en plus importantes, les gouvernements devraient prendre des mesures spécifiques ciblant les pratiques d’irrigation non-durables ». [Magsi/Shutterstock]

Si la notion de la déforestation importée est devenue une préoccupation majeure dans l’UE, des mesures devraient être prises pour éviter au phénomène similaire, les importations de produits obtenus avec une irrigation « non-durable », exige le syndicat agricole français.

Les avis sont unanimes : verdir l’agriculture française et européenne dans le cadre du Pacte Vert et de la nouvelle Politique agricole commune (PAC) est une bonne chose – mais dont le succès sera forcément atténué tant que l’UE n’arrêtera pas d’importer des produits qui ne répondent pas aux exigences environnementales et sanitaires européennes.

Problème qui s’illustre aujourd’hui par le phénomène de la déforestation importée : pour nourrir hommes et animaux d’élevage en Europe, l’UE importe du soja, de l’huile de palme, du cacao et du bœuf, notamment d’Amérique du Sud. Le tout aux frais de la forêt, comme en témoigne entre autres la déforestation à toute allure de l’Amazonie au Brésil, aux conséquences catastrophiques pour le climat.

Alors que la Commission européenne souhaite rendre les systèmes agroalimentaires en Europe plus durable à travers la nouvelle PAC et ses stratégies sur l’alimentation (« De la ferme à la fourchette ») et la biodiversité, les appels pour éviter une augmentation de la déforestation importée se multiplient.

A l’occasion du Congrès mondial de la Nature qui s’était tenu à Marseille début septembre, Emmanuel Macron avait ainsi promis de porter la lutte contre la déforestation importée à l’occasion de la présidence du Conseil de l’UE que la France assumera à partir du 1er janvier 2022. Le président avait souligné que « nous devons reconquérir notre souveraineté protéinique » et « réinventer nos politiques commerciales » pour éviter que les efforts français et européens ne soient minés par l’importation à bas prix de produits non-durables.

Pour un stockage  « raisonnable » de l’eau en France

Un principe que la Coordination Rurale appelle à appliquer aussi du côté de l’irrigation. Dans un communiqué publié ce jeudi (21 octobre), le syndicat agricole français soutient que « dans un monde où les tensions sur l’eau sont de plus en plus importantes, les gouvernements devraient prendre des mesures spécifiques ciblant les pratiques d’irrigation non-durables ».

Se référant à deux articles scientifiques, le syndicat affirme que 15 % de l’eau non-durable mondiale – soit l’eau utilisée en irrigation dès lors que la consommation des cultures excède les disponibilités en eau renouvelable dans un lieu donné – serait intégrée dans le commerce international. Le commerce mondial de l’eau non-durable aurait par ailleurs augmenté de 18 % entre 2000 et 2015.

Et la France figurerait au 8e rang mondial des pays importateurs d’eau potable à travers son importation en fruits et légumes – alors même qu’elle serait le deuxième pays européen en termes d’abondance d’eau, juste après la Norvège, selon le syndicat.

Pour remédier au problème de l’irrigation non-durable importée, la Coordination Rurale appelle ainsi à « identifier les pays producteurs et consommateurs responsables d’un commerce d’eau non durable et de contraindre les importations liées » ainsi qu’à développer le stockage « raisonnable » de l’eau en France.

Le but : assurer l’accès de tous à une eau de qualité tout en développant son usage économique et en garantissant la préservation des ressources en eau et des milieux aquatiques, soutient le syndicat.

La dégradation de la ressource en eau par l’agriculture, un problème de taille dans l’UE

Le sujet du stockage de l’eau est toutefois très controversé en France, comme en témoignait, en septembre, le dernier épisode de la « guerre de l’eau » qui oppose, depuis plusieurs années, les avocats et les détracteurs de plusieurs projets de méga-bassines agricoles en France.

Dans le contexte du changement climatique, de plus en plus d’agriculteurs français se trouvent confrontés à des problèmes de sécheresse qui alternent avec d’autres conditions météorologiques extrêmes comme le gel ou des pluies diluviennes.

En même temps, dans un rapport publié fin septembre, la Cour des comptes européenne fustigeait le gaspillage et la dégradation d’eau potable au sein de l’UE à travers des pratiques agricoles non-durables, mais trop souvent soutenues par des politiques et financements européens.

A l’avenir, beaucoup dépendra donc de la manière dont les États membres de l’UE adresseront la question dans le cadre de leurs plans stratégiques nationaux pour la mise en œuvre de la nouvelle Politique agricole commune, avertissait la Cour des comptes. Les 27 ont jusqu’au 31 décembre pour présenter leurs plans à la Commission européenne – dossier à suivre avec attention.