La crise économique pourrait se poursuivre
Si le FMI a revu à la hausse ses prévisions de croissance mondiale, des économistes de l’OFCE sont moins optimistes sur les conditions de la reprise. Les politiques de rigueur budgétaire pourraient retarder la sortie de crise.
Si le FMI a revu à la hausse ses prévisions de croissance mondiale, des économistes de l’OFCE sont moins optimistes sur les conditions de la reprise. Les politiques de rigueur budgétaire pourraient retarder la sortie de crise.
En 2010, la croissance mondiale atteindra 3,6% selon une étude du centre de recherche en économie de Sciences Po (OFCE). Une prévision plus pessimiste que celle du FMI qui a revu à la hausse ses pronostics par rapport au moins de janvier 2010 (3,9%). Il envisage désormais 4,2% de croissance au mois d’avril.
La différence d’estimations ne porte pas tant sur les pays émergents. L’OFCE et le FMI estiment tous les deux que la Chine atteindra 10% de croissance en 2010 et que la croissance mondiale sera principalement portée par les pays émergents.
Mais c’est davantage sur les grandes économies que les divergences sont importantes (voir encadré pour tous les chiffres). Si la croissance des États-Unis devrait atteindre 3,1%, selon le FMI, (2,5% selon l’OFCE), celle des autres pays développés devrait progresser plus lentement. La croissance de la zone euro atteindrait quant à elle 0,9% selon l’OFCE, 1% selon le FMI.
Face à la hausse des dettes publiques, les États ont deux options, selon l’OFCE : la rigueur budgétaire ou une stimulation supplémentaire. La plupart des pays, au premier rang desquels la Grèce, l’Irlande, l’Espagne, le Royaume-Uni ou encore la France, ont décidé de mener des politiques d’austérité budgétaire dès 2010. L’Allemagne et les États-Unis ont quant à eux choisi de prolonger les mesures de relances budgétaires mais devraient suivre la voix de la rigueur en 2011.
Or, cette généralisation des politiques restrictives si rapidement pourrait s’avérer inefficace et étouffer le début de la reprise. Pire, « une restriction budgétaire aurait un effet dépressif inévitable, surtout si elle est menée de concert dans les grands pays, et retarderait de quelques années le processus de sortie de crise », précise le centre de recherche.
En cause, l’absence de conditions pour une reprise durable : les surcapacités productives devraient freiner l’investissement et la consommation intérieure baisser en raison de la fin des dispositifs de soutien exceptionnel à l’emploi et aux ménages.
De son côté, le FMI soutiendrait plutôt une maîtrise de la dette. Même s’il relève la fragilité de la reprise, et le fait que « plusieurs forces retiennent la croissance en Europe », il considère que « la hausse des dettes publiques pourrait déprimer l’activité ». A ce titre, l’institution invite donc les pays à « adopter d’urgence des stratégies crédibles à moyen terme pour limiter l’endettement public et ensuite le ramener à des niveaux plus prudents ».
Une option que les États ont choisie, mués par la peur d’un durcissement des conditions de refinancement, comme dans le cas grec. Or, le directeur du département analyse et prévision de l’OFCE Xavier Timbeau souligne que la pression sur les taux d’intérêts publics des pays de la zone euro (hors Grèce) s’est en réalité relâchée depuis la hausse des taux grecs. Cette situation, permise, selon lui, par l’attaque dirigée sur le maillon faible de la zone euro, va même jusqu’à « rapporter de l’argent au reste de la zone euro » et devrait donc relativiser les craintes sur la hausse des taux.