La croissance des énergies renouvelables devrait ralentir d’ici 10 ans

L'incertitude politique et les risques liés à l'intégration du réseau énergétique provoquent un ralentissement du développement des énergies renouvelables, notamment dans les pays de l'OCDE, selon le dernier rapport de l'Agence internationale de l'énergie.

EURACTIV.com
champ éolien, États-Unis, 2012. [Portland General Electric/Flickr]
champ éolien, États-Unis, 2012. [Portland General Electric/Flickr]

L’incertitude politique et les risques liés à l’intégration du réseau énergétique provoquent un ralentissement du développement des énergies renouvelables, notamment dans les pays de l’OCDE, selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie.

Les énergies renouvelables ont le vent en poupe en Europe et dans le monde. Les investissements dans les infrastructures d’énergie « propre » devraient atteindre 1610 milliards de dollars (1220 milliards d’euros) d’ici 2020. Mais pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’heure est désormais au ralentissement. L’AIE prévoit une baisse annuelle de 20 milliards de dollars (15,1 milliards d’euros) des nouveaux fonds destinés à soutenir le développement des énergies propres d’ici la fin de la décennie.

L’agence prévoit un taux de croissance de 5,4 % pour la production d’énergies renouvelables sur le moyen terme, ce qui représente 7 310 TWh d’ici 2020, soit une baisse de 0,6 % par rapport aux prévisions de l’année dernière.

Les nouvelles estimations pour 2018 représentent un total de 5 505 TWh, alors que les prévisions de l’année dernière prévoyaient une production de 6850 TWh pour cette même année.

Les prévisions sur la croissance des renouvelables ont été revues globalement à la baisse, si ce n’est pour les systèmes solaires photovoltaïques. Ce secteur devrait en effet tirer profit de coûts technologiques moins élevés et d’une croissance rapide des énergies renouvelables dans les pays hors OCDE.

Selon le rapport de l’AIE, « les énergies renouvelables risquent de moins en moins d’atteindre les objectifs fixés dans le cadre de la lutte contre le changement climatique » du fait de l’incertitude politique et des problèmes d’intégration du réseau qui ferait obstacle à son expansion.

Alors que l’AIE avait déjà lancé des mises en garde similaires dans le passé, le rapport de l’année dernière prédisait que le taux de croissance des énergies renouvelables était globalement sur la bonne voie pour que les objectifs en matière de climat soient remplis.

Après une décennie caractérisée par une expansion rapide des énergies propres, les pays de l’OCDE devraient rentrer dans une période de transition marquée par une croissance plus faible, mais stable des énergies renouvelables jusqu’à 2020.

Selon l’agence, l’Europe aura des difficultés à maintenir un cadre réglementaire qui assurerait des recettes tout en optant pour des systèmes moins incitatifs, ou encore en intégrant un éventail toujours plus grand d’énergies renouvelables dans le réseau électrique.

Les pays non membres de l’OCDE continueront d’être le moteur du secteur du renouvelable. Environ 70 % des nouvelles infrastructures seront installées dans ces pays sur la période 2013-2020 grâce à des politiques à long terme.

« De solides ressources et les coûts en baisse de certaines technologies sont autant de conditions qui devraient assurer et porter la croissance des énergies renouvelables tout en optant pour des systèmes financiers moins incitatifs », peut-on lire dans le rapport.

Dans le secteur des transports, l’AIE indique que la production mondiale de biocarburants devrait tripler, tout comme la production de biocarburants de nouvelles générations. Cette dernière devrait atteindre un niveau 20 fois supérieur à celui d’aujourd’hui afin de remplir les objectifs d’ici 2025. Toutefois, le soutien de la sphère politique dans ce domaine à la baisse, car il faut maintenir une gestion durable des ressources en matières premières. L’industrie du secteur des transports est actuellement au creux de la vague, alors que l’UE est sur le point d’adopter un projet de loi sur le changement d’affectation des sols indirect (CASI) dont le but est de plafonner l’utilisation des biocarburants classiques.

« Les gouvernements doivent faire une distinction plus nette entre le passé, le présent et le futur, car les coûts baissent au cours du temps. De nombreux types d’énergies renouvelables n’ont plus besoin de politiques de soutien d’envergure. Au lieu de ça, étant donné la nature du secteur, qui réclame d’importants investissements, les énergies renouvelables nécessitent un marché qui garantit aux investisseurs un retour sur investissement satisfaisant et prévisible. Il faut donc mener une réflexion sur la forme que devrait prendre le marché [de l’énergie] afin d’atteindre un mix énergétique mondial plus vert », a ainsi expliqué la directrice exécutive de l’AIE, Maria van der Hoeven.

Le secteur éolien sur la même ligne

L’Association européenne de l’énergie éolienne partage cet avis. « Sans un cadre réglementaire stable, sans stratégies au long cours portant sur des mécanismes de soutien au niveau national et sans engagement fort de la part des dirigeants européens pour atteindre les objectifs fixés en matière d’énergies renouvelables à l’horizon 2030, les investisseurs n’auront pas la visibilité dont ils ont besoin », selon un communiqué de l’association.

Les auteurs du communiqué poursuivent :« La technologie est là et deviendra de plus en plus abordable, mais la question des conditions et du risque [de leur exploitation] subsiste. La garantie d’un environnement [politique et réglementaire] sûr est un aspect clé et, pour ce faire, nous avons besoin d’un cadre qui fixe des lignes non pas pour les cinq prochaines années, mais pour les vingt prochaines années ».

D’ici là, « une grande partie des infrastructures de production d’énergie actuelles devraient être démantelées dans les années à venir », a ajouté Imke Lübbeke, conseillère principale en matière d’énergie renouvelable auprès de WWF Europe. « Ceci pose la question du [type d’infrastructure] qui les remplacera. Seule une politique claire et stable en matière de gaz à effet de serre, d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique allant au-delà de 2020 pourrait permettre de renforcer la confiance auprès investisseurs afin qu’ils engagent des fonds dans les énergies propres ».

Pour la première fois, l’AIE a également fourni dans son dernier rapport une vision mondiale des investissements dans les énergies renouvelables. En 2013, les investissements mondiaux ont atteint un niveau estimé à 250 milliards de dollars (189,4 milliards d’euros), ce qui est légèrement en dessous des niveaux de 2012. Mais selon ce même rapport, ce niveau devrait encore baisser pour tomber à une moyenne annuelle de 230 milliards de dollars (174 milliards d’euros) d’ici 2020.