La demande augmente en faveur de nouveaux avions économes en carburant
Les compagnies aériennes luttent pour réaliser des bénéfices alors que les prix du kérosène sont volatils. Elles se tourneront dès lors vers de nouveaux avions à plus faible consommation de carburant, selon des analystes qui prévoient l’arrivée de plus de 7 000 nouveaux appareils en Europe au cours des 20 prochaines années.
Les compagnies aériennes luttent pour réaliser des bénéfices alors que les prix du kérosène sont volatils. Elles se tourneront dès lors vers de nouveaux avions à plus faible consommation de carburant, selon des analystes qui prévoient l’arrivée de plus de 7 000 nouveaux appareils en Europe au cours des 20 prochaines années.
Selon les prévisions du constructeur aéronautique américain Boeing, le trafic des passagers augmentera de 5 % par an et les compagnies aériennes mondiales achèteront environ 35 000 nouveaux avions d’ici 2032 pour répondre à la demande, mais également pour réduire la consommation de kérosène.
« Le carburant est devenu le facteur déterminant des [compagnies] dans le fonctionnement de leurs avions et leurs horaires de vol », a déclaré Randy J. Tinseth, le vice-président du marketing de Boeing. Il a ajouté que les prix du carburant ont triplé en dix ans, ce qui « crée un environnement difficile et exigeant pour nos clients ».
Des avions plus efficaces aideront également les compagnies aériennes à respecter les règles européennes concernant les émissions et leurs engagements internationaux dans la réduction du bruit et de l'émission de gaz à effet de serre.
Le prix du kérosène avait atteint plus de 160 dollars (123 euros) le baril en 2008, alors qu’il s'élevait à 97 dollars (74,6 euros) en moyenne un an auparavant. Le prix moyen annuel au cours du premier semestre 2013 se situait à 110 dollars (84,6 euros) même s'il a tendance à être plus élevé dans l'Union européenne.
En raison de l'augmentation du prix du carburant, les compagnies aériennes européennes ont enregistré un bénéfice net de 300 millions de dollars (230 millions d'euros) l’année dernière, contre 2,4 milliards de dollars (1,85 milliard d'euros) en Amérique du Nord et 3,9 milliards de dollars (3 milliards d'euros) en Asie, selon des données de l'Association du transport aérien international.
Selon les données du secteur, le carburant représente dorénavant plus de la moitié des coûts moyens de fonctionnement d'un avion de ligne transcontinental et plus d'un tiers des coûts d'un avion de taille moyenne. Il détrône ainsi les coûts de la main-d’œuvre. Le carburant représentait environ 13 % des coûts de fonctionnement en 2012, selon les perspectives de Boeing, intitulées Current Market Outlook 2013-2032, que M. Tinseth a présenté à Bruxelles mercredi (3 juillet).
Boeing prévoit que la région Asie-Pacifique deviendra le marché le plus prometteur pour les nouveaux avions dans les 20 années à venir avec une commande prévue de 12 820 appareils. La demande en hausse stimule la croissance et le trafic des passagers devrait augmenter à un rythme annuel de 6,3 %.
Économie de carburant
Airbus, le concurrent mondial de Boeing pour les avions transcontinentaux et moyens courriers, prévoit une augmentation plus modeste de la demande avec 28 200 nouveaux avions de transport de plus de 100 passagers. Les deux constructeurs constatent cependant une forte demande en faveur d'avions moyens courriers plus économes en carburant.
En additionnant toutes les demandes à l'avenir, les deux constructeurs estiment la valeur du marché des nouveaux avions à plus de 4 mille milliards de dollars (3 mille milliards d'euros).
Si les prévisions de Boeing se confirment, l'Europe sera le deuxième plus grand marché pour les nouveaux avions. D'ici 2032, 7 460 appareils devraient être commandés sur le Vieux Continent afin de remplacer les modèles plus anciens et moins gourmands en carburant.
Les compagnies aériennes européennes se tournent vers des avions à faible consommation en carburant non seulement pour réduire les coûts, mais également pour respecter les systèmes européens d’échange de quotas ainsi que de plafonnement et d'échange destinés à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
La loi est entrée en vigueur en 2012 pour toutes les compagnies aériennes qui utilisent des aéroports de l'UE, mais son application pour les compagnies extérieures à l'UE dépendra des résultats des négociations au sein de l'Organisation de l'aviation Civile Internationale (OACI) basée à Montréal.
Boeing et Airbus rivalisent pour promouvoir leurs tout derniers modèles qu'ils qualifient de plus économes en carburant. Ils promettent également que les avions en cours de construction consomment entre 15 et 25 % de kérosène de moins que leurs prédécesseurs.
Les compagnies aériennes ont pris d'autres mesures en vue de réduire la consommation de carburant : l’adoption de sièges et de matériel de cuisine plus légers, plus de restrictions en matière de poids des bagages et une modification des horaires de vol de telle sorte que les avions volent avec moins de sièges inoccupés.
« Les compagnies aériennes n'ont jamais fait autant d'efforts pour répondre à la demande », a ajouté M. Tinseth à Bruxelles.
Les prévisions de Boeing, publiées tous les ans depuis 1961, appellent également à l'amélioration des infrastructures aéronautiques et de la gestion du trafic aérien en vue de traiter la demande croissante des passagers. Quelque 3 milliards de personnes devraient prendre l’avion en 2013, un record. Ce chiffre devrait plus que doubler d'ici 2032, selon les estimations de Boeing.
Trafic plus encombré
Dans l'UE, le secteur de l'aviation accuse l'encombrement et les retards de retarder la mise en œuvre du ciel unique européen. Il craint également que les embouteillages ne cessent d'augmenter avec cette mesure.
« Tout le monde essaie d'améliorer le système dans son ensemble afin de pouvoir traiter le nombre croissant de demandes, tout en relevant les normes de sécurité, d'augmenter la capacité [de transport], d'améliorer la sécurité et de réduire les incidences d’un vol sur l'environnement », a expliqué Andrew Watt, le directeur pour l'environnement d'Eurocontrol, l'organisation pour la sécurité et la gestion du trafic aérien civil et militaire basée à Bruxelles, à EURACTIV le mois dernier en amont du Salon du Bourget.
Alors que le trafic aérien au sein de l'UE devrait croître de 50 % d'ici 2030, la Commission européenne lutte péniblement pour que les États membres respectent leur accord de mise en œuvre du ciel unique européen (CUE), augmentent la compétitivité du contrôle de circulation aérienne et remplacent un réseau de systèmes nationaux par une gestion régionale du trafic.
La plupart des gouvernements nationaux ont manqué l'échéance de décembre 2012 pour l'application d'une disposition essentielle du CUE : la création de blocs d'espaces aériens fonctionnels (FAB) visant à intégrer le contrôle aérien national aux opérations régionales.
Des syndicats de France et d'autres pays ont organisé des manifestations les 11 et 12 juin afin de s'opposer au projet actuel, car selon eux, il réduirait le nombre d'emplois et mettrait en péril la sécurité.
Le secteur aéronautique et les organisations de défense de l'environnement soutiennent toutefois les engagements de l'UE dans la création de FAB, car une meilleure coordination pourrait engendrer des déplacements aériens plus propres, plus silencieux et plus ponctuels.