La démission soudaine évoquée par Vučić serait-elle une manœuvre de diversion ?
Certains ont comparé cette décision à la rotation de Vladimir Poutine entre les fonctions de président et de Premier ministre
BELGRADE – L’annonce surprise du président serbe Aleksandar Vučić, selon laquelle il pourrait démissionner d’ici quelques semaines, n’a suscité que très peu de réactions politiques, ni le gouvernement ni l’opposition ne semblant se préparer à une élection présidentielle anticipée.
Vučić, qui occupe la présidence depuis 2017, en est à son deuxième et dernier mandat, qui expire en mars 2027. En vertu de la Constitution serbe, une démission anticipée entraînerait la tenue d’une élection présidentielle dans un délai de trois mois.
Malgré les implications potentiellement importantes, cette annonce n’a pas suscité de débat plus large sur d’éventuels successeurs.
Les partis d’opposition et le mouvement étudiant, qui organise depuis plus de 18 mois des manifestations antigouvernementales à l’échelle nationale – déclenchées par l’effondrement meurtrier d’un auvent de gare dans la ville de Novi Sad, et alimentées par des allégations de corruption et de négligence du gouvernement – sont également restés largement silencieux.
Des réactions modérées
Pour de nombreux observateurs, l’absence de réaction politique reflète une conviction largement répandue selon laquelle Vučić a finalement l’intention de revenir au poste de Premier ministre à l’issue de son mandat présidentiel, une manœuvre qui lui permettrait de conserver son emprise sur le pouvoir.
« Son mandat présidentiel expire de toute façon dans moins d’un an, donc une démission anticipée ne ferait qu’avancer l’élection présidentielle de quelques mois. Politiquement, cela ne représente pas un changement particulièrement significatif », a indiqué à Euractiv Aleksandar Ivković, chercheur au Centre for Contemporary Politics.
Le Parti progressiste serbe (SNS), au pouvoir, a clairement indiqué qu’il souhaite que Vučić soit en tête de sa liste électorale lors des prochaines élections législatives et, en cas de victoire, qu’il devienne son candidat au poste de Premier ministre.
« Nous le considérons comme notre candidat au poste de Premier ministre. C’est à lui d’accepter ou de refuser », a déclaré le chef du SNS, Miloš Vučević, à Radio Belgrade.
De son côté, Ivković a fait valoir que le moment choisi pour la démission de Vučić importe moins que le fait de renforcer l’impression qu’il est le seul à contrôler le calendrier politique de la Serbie et à déstabiliser ses adversaires.
Radomir Lazović, coprésident du Front vert-gauche (ZLF) de l’opposition, a exprimé un point de vue similaire. Selon lui, les annonces répétées de Vučić concernant d’éventuelles dates d’élection visent à détourner l’attention du public vers des spéculations sur les alliances électorales, alimentant ainsi les divisions et permettant aux autorités au pouvoir de consolider leur position.
« Je pense que tout cela n’est qu’une manœuvre de diversion et une tentative de donner l’impression qu’ils agissent réellement », a déclaré Lazović lundi à la chaîne d’information serbe N1.
Pavle Grbović, président du Mouvement des citoyens libres (PSG), un parti d’opposition, a également souligné que la campagne électorale n’a en réalité jamais pris fin et que la seule question qui reste est de savoir quelles élections seront organisées et à quelle date.
« À en juger par les récentes initiatives du gouvernement et l’annonce de mesures économiques populistes, il semble qu’ils préparent le terrain pour des élections qui pourraient avoir lieu cet automne. Mais le résultat dépendra de notre niveau de préparation, et nous devrions nous concentrer là-dessus plutôt que sur leurs jeux psychologiques », a déclaré Grbović lors d’une précédente interview accordée à l’hebdomadaire Radar.
Fixer le calendrier électoral
Le moment choisi pour toute élection pourrait s’avérer aussi important que la démission elle-même.
Ivković a fait valoir qu’il serait plus avantageux pour le SNS au pouvoir d’organiser d’abord des élections législatives. Une victoire à ce niveau, en particulier si l’opposition reste fragmentée, pourrait renforcer la position du parti avant une élection présidentielle, qui risque d’être plus disputée.
Certains commentateurs ont comparé la manœuvre potentielle de Vučić à la rotation entre la présidence et le poste de Premier ministre pratiquée par le président russe Vladimir Poutine. Ivković a toutefois mis en garde contre toute comparaison directe.
« La Serbie est loin d’avoir atteint le niveau d’autocratisation de la Russie et n’est pas près d’y parvenir », a-t-il affirmé.
Par ailleurs, ni le SNS au pouvoir ni le mouvement étudiant n’ont désigné de candidat à la présidence.
Les médias serbes spéculent depuis des mois sur la possibilité que le mouvement de protestation soutienne soit le recteur de l’université de Belgrade, Vladan Đokić, soit l’ancienne star du basket-ball Dejan Bodiroga, aujourd’hui président de l’Euroligue de basket-ball, mais aucun des deux n’a confirmé son intention de se présenter.
(cs, cm, bw)