La discrétion de l'UE montrée du doigt à la COP21

La discrétion de l'UE est critiquée par les ONG après la publication d'un nouveau projet d'accord peu ambitieux.

EURACTIV.fr
Laurent Fabius, ambassadeur du nouveau Pacte mondial pour l'environnement. [<a href="https://www.flickr.com/photos/unfccc/22334875845/in/photolist-A2E5si-bvM6GG-bvLDSm-bvLWm5-bJFvvg-bJFJCK-bvLPbj-bJFyQR-bvLLpN-bJFsEa-bvLJQC-5VVDye-cqSycu-cqSyNu-cqSyY7-cqSyuW-rFHPZs-rrBrSw-rrBnt1-rJaVCM-rrs6N1-gSNBuv-w1aiaV-qf88io-pZGcfh-nC2o8X-qRAM5b-6VeAGN-e4Xzq7-jbCWCs-oiRxpE-o2p1Q9-o2qkor-oiTJbP-jbCVHw-jbyE5e-jbAWjy-dSdvjr-zZmyJY-B8zPwv-jbCZEE-dSi5Ud-d2DDPs-sricvQ-d1Bses-d1BrRq-kEf9Pk-dWXN6f-dWXUbG-dWXN6W" target="_blank" rel="noopener">[UNclimatechange/Flickr]</a>]

La discrétion de l’UE est critiquée par les ONG après la publication d’un nouveau projet d’accord peu ambitieux.

Après quatre jours de réunions et une soixantaine de meetings formels, les représentants des 194 pays impliqués dans les négociations climatiques planchent encore sur des brouillons d’accord.

Le texte, passé de 55 à 50 pages jeudi 3 décembre, contient encore 1400 parenthèses sous forme de crochets, contre 1250 dans la version précédente.

« Il faut que les négociations accélèrent », a souligné Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, appelant les négociateurs « à sortir des jeux de postures habituels ».

Pour accélérer le rythme, le nombre de groupes de travail ont été réduit, sur proposition du groupe de pays G77 (133 pays en développement + la Chine). Selon un délégué, les petits pays s’étaient notamment plaints de ne pouvoir pas participer à un nombre trop important de meetings. La réduction des consultations pourrait ainsi améliorer l’efficacité du processus.

Mais cet aspect méthodologique semble toutefois mineur selon un source française. « Il y a toujours des enjeux méthodologiques dans les COP, c’est systématique. Et jusqu’à maintenant nous sommes toujours arrivés à trouver des réponses à ces interrogations.»

Avant le texte officiel d’accord qui doit être soumis samedi 5 décembre, deux autres moutures devraient circuler, afin de faciliter la discussion, même si le dit texte ne représente qu’un début d’accord.

Des engagements supplémentaires sur des sujets annexes sont attendus la semaine suivante, et les négociations vont bon train de ce côté là, selon une source européenne.  Mais des problèmes sérieux demeurent et sont sources de frictions : la différenciation Nord-Sud, les enjeux financiers, et la transparence des engagements de réduction d’émissions.

Les ONG frustrées par l’UE

Sur ces sujets notamment, les ONG et autres représentants de la société civile se plaignent de la discrétion de l’UE, une stratégie relativement inhabituelle de la part du groupe des 28.

« Nous avons besoin d’entendre la voix de l’Union européenne, si on veut que l’ambition soit maximale il faut que ceux qui défendent ces positions sortent du bois » a demandé Kaisa Kosonen, chargé de campagne chez Greenpeace.

Un point de vue partagé par Mathieu Orphelin. « L’UE pourrait faire plus ! On a pas l’impression que l’UE fait son maximum, alors que l’UE a un rôle important à jouer » a développé le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

Une critique rejetée par les européens. « Les ONG ont leur propre stratégie, c’est normal, mais à l’heure actuelle l’UE fait un vrai travail de fond » assure un diplomate européen. La veille, une représentante de la présidence luxembourgeoise avait également contesté cette approche.

« Nous travaillons, nous poussons pour des compromis sur des sujets essentiels. Et je peux vous dire que l’UE n’est pas seule sur ces priorités : les États-Unis soutiennent les mêmes positions » souligne Elina Bardram, en charge des négociations à DG Climat.

De fait depuis le début de la COP21, l’Union européenne d’ordinaire championne des questions climatiques s’est fait plus que discrète. Une position nouvelle dans les « Conférence des parties », qui «permet à d’autres parties prenantes de prendre le leadership» espère une source française.

Ce qui n’est pas vraiment le cas pour l’heure. Les pays les plus vulnérables peinent à rappeler au groupe G77 + Chine son engagement pour une ambition globale plus importante, soit une hausse maximale des températures réduite à 1,5 °. Au sein de l’Europe, les négociateurs n’ont de mandat pour réclamer un tel objectif, même si le président français l’a évoqué, tout comme l’ambassadeur allemand.

>>Lire : Une majorité d’états veut limiter la hausse des températures à +1,5°C

Canada, Etats-Unis et Australie bloquent sur le financement

Et le groupe en question, qui a fait part de son mécontentement sur les questions financières, reproche notamment à un bloc de pays dont le Canada, les Etats-Unis et l’Australie, de ne pas vouloir à s’engager financièrement sur le financement de la transition énergétiques dans les pays en voie de développement. »

Selon Nozipho Mxakato-Diseko, secrétaire générale du G77 + Chine, et ambassadrice d’Afrique du Sud la question du financement reste irrésolue. « Le texte n’est pas précis ! On ne peut pas demander aux pays du Nord « qui peuvent le faire  » de contribuer au financement ! A la maison si je demande à quelqu’un « qui peut le faire » de passer le balai je suis sûre que ce ne sera pas fait !» estime avec humour la diplomate.