La France attend le soutien de l’UE sur la Centrafrique
L’intervention française en Centrafrique pourrait passer sous drapeau européen à la faveur d’un ralliement d’autres États membres, dont la Pologne. La question d’un fonds de financements des opérations extérieurs reste en suspens.
L’intervention française en Centrafrique pourrait passer sous drapeau européen à la faveur d’un ralliement d’autres États membres, dont la Pologne. La question d’un fonds de financements des opérations extérieurs reste en suspens.
Passer sous pavillon européen l’intervention française en Centrafrique, c’est en substance la proposition du président François Hollande à l’occasion du Conseil européen consacré à la défense qui se tient à Bruxelles les 19 et 20 décembre.
Une proposition qui n’aura pas remporté l’adhésion immédiate des chefs d’États et de gouvernements des 27 autres pays membres. L’idée française n’a pas été reprise dans les conclusions du Conseil, mais elle sera rediscutée vendredi.
Consensus difficile
Concrètement, le président français espère recevoir le soutien d’autres États membres en Centrafrique afin de faire passer l’intervention en Centrafrique sous le dispositif « Athéna », qui permet une gestion du financement des coûts communs des opérations de l'Union européenne.
« L’intervention en Centrafrique ne peut pas bénéficier de financements européens si elle n’est pas considérée comme une action concertée de l’UE, d’où la discussion de demain » a précisé le Président lors d’un point presse à l’issue de la séance de travail sur l’Europe de la défense.
Sur l’intervention française en Centrafrique, le Président François Hollande espère rallier un nombre suffisant de pays européens à son idée. Car malgré le soutien politique de l’UE et l’appui logistique apporté par un certain nombre de pays sur le terrain, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni, seule la Pologne semblait véritablement encline à l’envoi de troupes sur le terrain. Une action indispensable si Paris espère gagner son combat, même si « un seul pays ne suffira pas » reconnaît le président
Des financements pérennes
Au-delà de la question de l’engagement financier de l’UE en Centrafrique, la France espère amener ses pairs à reconsidérer les mécanismes de financements communautaires pour les interventions extérieures. En amont du sommet, un diplomate français avait reconnu que la France espérait obtenir un mandat pour étudier la création du fonds assorti d’un calendrier de travail avant la fin du premier semestre 2014 » explique un diplomate français.
« J’ai souhaité qu’il y ait une révision des systèmes de financements. Les Européens ont accédé à cette demande » s’est félicité François Hollande. La Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Catherine Asthon remettra un rapport sur cette épineuse question d’ici octobre 2014.
« Nous ne pouvons plus raisonner au coup par coup en matière de financement des opérations extérieures. Il faut un mécanisme pérenne du point de vue financier » a plaidé François Hollande.
Un appel qui n’a pas été entendu par David Cameron. Dès son arrivée, le premier ministre britannique a affirmé son opposition à toute communautarisation de la défense en Europe. Du côté allemand, la chancelière allemande a rappelé que seule une action concertée de l’UE pouvait être financée par cette dernière.
« Pour le moment, le sujet n’est pas d’avoir un fond commun européen pour les opérations extérieur, c’est la dernière pièce du château » a estimé Hannes Swoboda, président du Groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen.
Enfin, l’idée française de décompter les dépenses qu’elle engage dans les interventions militaires soutenues par l’UE du déficit budgétaire contrôlé par la Commission européenne n’a pas été présentée dans le cadre des débats du Conseil, mais reste une revendication portée par François Hollande. « Cela fait partie des discussions que nous pouvons avoir avec la Commission européenne » a-t-il précisé.
En cas de dépassement ponctuel de la ligne rouge établie par la Commission pour le déficit, Paris ne s’interdit donc pas d’utiliser la note des dépenses extérieures comme alibi. « Mais cela ne peut pas être une règle générale » a précisé le Président
Des avancées sur l’industrie de la défense
La coopération des pays européens en matière de défense a toutefois avancé sur la coopération industrielle. Les chefs d’États et de gouvernement se sont accordés sur le lancement de plusieurs programmes, comme le développement de la capacité de ravitaillement en vol ou la mise au point de drones à l’horizon 2020-2025. Des initiatives motivées par la baisse globale des budgets consacrés à la défense dans les différents pays membres.
« Tous les gouvernements y compris les Britanniques et les Français réduisent leur budget militaire. Donc il va falloir faire aussi bien avec moins d’argent. Ça ne peut passer que par le ‘faire ensemble’ » a estimé le commissaire européen en charge du marché intérieur, Michel Barnier, en amont du Conseil.