La France et d’autres États membres peu favorables à l’objectif de 45 % d’énergies renouvelables

La France, les Pays-Bas, l’Irlande et plusieurs autres États membres de l’UE sont peu enclins à soutenir une proposition de la Commission européenne visant à renforcer l’objectif du bloc en matière d’énergie renouvelable pour 2030 en réponse à la guerre en Ukraine.

Euractiv.com
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Si l’on en croit un document résumant la position des gouvernements nationaux en amont d’une réunion des ministres de l’Énergie de l’UE qui a lieu ce lundi (19 décembre), la majorité des États membres préféreraient plutôt s’en tenir à l’objectif de 40 % proposé par la Commission en juillet 2021. [<a href="https://pixabay.com/photos/windmill-sky-moon-turbine-50512/" target="_blank" rel="noopener">PeterDargatz / 77 images / Pixabay</a>]

La France, les Pays-Bas, l’Irlande et plusieurs autres États membres de l’Union européenne sont peu enclins à soutenir une proposition de la Commission visant à renforcer l’objectif du bloc en matière d’énergie renouvelable pour 2030 en réponse à la guerre en Ukraine.

Les États membres de l’Union européenne discutent actuellement d’un nouvel objectif en matière d’énergies renouvelables. Alors que les gouvernements s’étaient précédemment accordés sur 40 % d’énergies renouvelables dans le bloc d’ici 2030, certains proposent à présent un nouvel objectif de 45 %, conformément aux propositions de la Commission européenne déposées en mai dernier.

Cet objectif révisé a été proposé alors que l’Europe cherche à se séparer des combustibles fossiles russes « bien avant 2030 » dans le but de ne plus financer l’effort de guerre du Kremlin.

« Il ne s’agit pas seulement d’une guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine. C’est une guerre contre notre énergie, une guerre contre notre économie, une guerre contre nos valeurs et une guerre contre notre avenir », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Si l’on en croit un document résumant la position des gouvernements nationaux en amont d’une réunion des ministres de l’Énergie de l’UE qui a lieu ce lundi (19 décembre), la plupart des États membres sont réticents à soutenir l’objectif de 45 % d’énergies renouvelables.

La majorité des États membres de l’UE préféreraient plutôt s’en tenir à l’objectif de 40 % proposé par la Commission en juillet 2021. C’est en tout cas ce qu’il ressort d’un document préparé par la République tchèque, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE pour six mois.

« Les États membres veillent collectivement à ce que la part de l’énergie produite à partir de sources renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie de l’Union en 2030 soit d’au moins 40 % », peut-on lire dans le document. Ce dernier fait en effet référence à l’objectif de 2030 sur lequel les États membres se sont accordés lors d’une précédente réunion en juin.

Pour l’instant, les diplomates européens à Bruxelles estiment qu’il n’existe aucune majorité en faveur d’un objectif plus ambitieux, plusieurs pays clés comme la France, les Pays-Bas et l’Irlande ayant jusqu’à présent refusé d’approuver l’objectif de 45 %.

« Le texte proposé par la présidence [tchèque] indique 40 % et cela nous convient. Nous sommes prêts à soutenir l’approche générale », a confié un diplomate européen à EURACTIV sous couvert d’anonymat.

En 2020, en Europe, un peu plus de 22 % de l’énergie provenait de sources renouvelables telles que l’éolien, le solaire et la biomasse.

Neuf États membres en faveur de l’objectif de 45 %

L’Autriche, le Danemark, l’Estonie, l’Allemagne, la Grèce, la Lituanie, le Luxembourg, le Portugal et l’Espagne ont pour leur part publié un document conjoint appuyant le nouvel objectif de 45 %.

« Compte tenu de la crise énergétique actuelle et de la nécessité de réduire rapidement la dépendance de l’UE aux sources fossiles, en particulier en provenance de Russie, et ce tout en augmentant la sécurité de l’approvisionnement, nous pensons qu’une augmentation de l’objectif des énergies renouvelables à 45 % est indispensable », peut-on lire dans le document, obtenu par EURACTIV.

« Outre les économies d’énergie, il est plus important et urgent que jamais de développer rapidement les énergies renouvelables », ajoute le document. Il s’agit d’une « condition préalable pour reprendre le contrôle des prix de l’énergie » et rester en ligne avec l’engagement climatique de l’UE dans le cadre de l’Accord de Paris.

L’objectif de 45 % d’énergies renouvelables pour 2030 est également soutenu par le Parlement européen, qui dispose du même pouvoir de décision que les États membres en la matière.

Selon des sources au fait de la question, la Finlande soutient également l’objectif de 45 %, mais n’a pas encore signé le document. La Suède, quant à elle, est favorable à l’objectif, mais reste en retrait, étant donné qu’elle se prépare à succéder à la République tchèque à la présidence tournante du Conseil à partir du 1er janvier et qu’elle est donc supposée garder une position neutre.

Pour l’éolien, la priorité est de s’assurer que les objectifs sont atteints

Les militants ont critiqué la présidence tchèque de l’UE pour ne pas avoir soutenu un objectif plus ambitieux en matière d’énergies renouvelables et pour s’en être tenu à l’objectif de 40 % qui avait été initialement proposé avant le début de la guerre russe en Ukraine en février.

« Cette tentative de la présidence tchèque de faire passer un objectif plus bas porte atteinte à l’engagement de l’UE envers ses citoyens et l’Ukraine », a déclaré Seda Orhan, responsable de la campagne sur les énergies renouvelables à CAN Europe.

Pieter de Pous, du groupe de réflexion sur les questions climatiques E3G, a qualifié l’objectif de 40 % d’« inadéquat » et a exhorté les grands États membres de l’UE, tels que la France, à adopter une position plus claire en faveur des énergies renouvelables.

« La France, l’Irlande et les Pays-Bas sont jusqu’à présent restés ambigus sur la question et devront se prononcer en faveur de 45 % pour qu’un accord soit conclu, ce qui dynamisera les efforts de l’UE pour réduire sa dépendance au gaz », a déclaré M. de Pous.

SolarPower Europe, une association professionnelle, s’est elle aussi prononcée en faveur de l’objectif de 45 %, affirmant qu’il permettrait à l’Europe de respecter ses engagements en matière de climat.

Le secteur de l’énergie éolienne a toutefois adopté une position plus nuancée, affirmant que la priorité est de s’assurer que les objectifs peuvent être atteints.

« Les nouveaux objectifs sont excellents, mais les États membres de l’UE doivent également veiller à ce qu’ils puissent être atteints », a indiqué Giles Dickson, PDG de WindEurope. Ce dernier a par ailleurs exhorté les États membres à réserver suffisamment de sites pour les projets d’énergie éolienne et à simplifier les procédures d’autorisation.

« Les procédures d’autorisation actuelles sont trop complexes et trop longues pour pouvoir se rapprocher de l’objectif de 40 % ou de 45 % », a-t-il expliqué à EURACTIV.

L’accélération de la production d’énergie éolienne nécessitera également des « investissements énormes » dans la capacité de fabrication, ainsi que des investissements dans les infrastructures de soutien telles que les réseaux, les ports et les navires.

« Si ces problèmes ne sont pas résolus, tout objectif révisé pour 2030 en matière d’énergies renouvelables demeure théorique. Ce dont nous avons besoin, ce sont des politiques industrielles solides pour les énergies renouvelables », a averti M. Dickson.

Consultez le document de la présidence tchèque ci-dessous ou téléchargez-le ici.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]