La France et l’Espagne au diapason pour sortir efficacement de la crise
Pour François Hollande et le premier ministre espagnol, l’UE doit en finir avec les atermoiements. La zone euro mérite des décisions durables, impliquant l’action de la Banque centrale européenne.
Pour François Hollande et le premier ministre espagnol, l’UE doit en finir avec les atermoiements. La zone euro mérite des décisions durables, impliquant l’action de la Banque centrale européenne.
Plongés dans la tourmente interminable de la zone euro, Paris et Madrid se recentrent sur l’essentiel. « M.Rajoy et moi-même partageons [la même vision] de l’avenir de la zone euro », a d’emblée assuré François Hollande, en visite à Madrid le 30 août pour la première fois depuis son élection.
Le 28 juin, les deux pays avaient, aux côtés de l’Italie, largement contribué à échafauder un plan contre la spirale infernale : taux d’intérêt alarmants, croissance atone, crise de confiance dans la monnaie unique et les banques européennes. Mais fin juillet, l’Espagne perd son sang froid et diffuse un communiqué qu’elle attribue également à la France et à l’Italie : les trois pays demanderaient l’application « immédiate » des décisions prises au sommet européen de juin. Paris et Rome se désolidarisent de Madrid, non sur le fond mais sur la forme, le partenaire espagnol n’ayant pas jugé utile d’informer ses voisins de sa démarche…
Couper court aux rumeurs sur l’euro
Cette fois-ci, aucune fausse note n’a entaché l’intervention conjointe de François Hollande et de son homologue espagnol, Mariano Rajoy. Tous deux ont réaffirmé l’irréversibilité de la monnaie unique, pour couper court aux rumeurs de sortie de la Grèce de la zone euro, largement alimentées par des responsables politiques allemands issus du parti de droite bavarois (CSU) ou du parti libéral (FDP).
L’UE a déjà trop joué avec le feu pour se permettre de nouveaux atermoiements. « La zone euro doit prendre les décisions qui sont attendues. Le dernier conseil a donné de bonnes orientations », a réagi le président français. « Il faut agir en conséquence », a acquiescé Mariano Rajoy, qui supporte mal de voir que « certains pays se financent à 0% quand d’autres sont à 6% ». « Quelque chose ne fonctionne pas » dans l’Union monétaire, a-t-il fait remarquer.
Le sort de l’Espagne lié à la BCE
Depuis des mois, Madrid attend que la Banque centrale européenne lui tende une main secourable en acceptant de faire ce que les tenants de l’école monétaire allemande rejettent de toutes leurs forces : le rachat de dette espagnole sur le marché secondaire.
La BCE doit certes veiller à l’inflation, mais « la politique monétaire » fait également parmi de ses missions, a rappelé François Hollande. Dans ce cadre, certaines interventions peuvent donc être justifiées. Mario Draghi s’est de toute manière engagé dans cette voie et présentera dans les prochains jours les conditions dans lesquelles la BCE interviendra sur le marché secondaire, où les investisseurs s’échangent de la dette souveraine.
C’est justement ces modalités qui plongent Madrid dans l’attentisme. Alors qu’il en a la possibilité, le gouvernement espagnol n’a pas sollicité le Fonds européen de stabilité monétaire (FESF), capable de racheter des obligations souveraines sur les marchés primaires et secondaires. Or, cette intervention reste un préalable à toute action de la BCE. L’utilisation du FESF est en effet assortie d’obligations de réformes qui éviteraient à Mario Draghi de faire un chèque en blanc à Madrid…
Nombreuses inconnues
Pour François Hollande, la décision d’activer le FESF relève de la « souveraineté » de l’Espagne. La BCE n’ayant pas encore dévoilé clairement sa stratégie, « je peux comprendre » les hésitations espagnoles, a fait savoir le chef de l’État.
D’autant que de nombreuses autres inconnues, qui seront levées courant septembre, planent sur la zone euro : le sort du fonds de secours permanent (MES) est toujours entre les mains de la Cour constitutionnelle allemande, celui de la Grèce entre les mains de la Troïka qui doit se prononcer sur l’avancée des réformes, celui des Pays-Bas dépend des électeurs néerlandais séduits par la gauche radicale et celui des banques sera scellé par les propositions de la Commission européenne sur l’Union bancaire.
Volontiers compatissant avec son homologue, qui a dû consentir des « sacrifices douloureux » comme les coupes budgétaires ou l’augmentation de 3 points de TVA, François Hollande souhaite renouer avec le rituel des sommets franco-espagnols, qui n’ont pas eu lieu depuis 3 ans. Le 10 octobre, les deux pays feront tréteaux communs à Paris pour aborder les enjeux liés à l’économie, au transport ou encore à la culture.
Avant de se retrouver une semaine plus tard, cette fois entourés de tous leurs autres partenaires européens, pour un nouveau sommet à 27. Un énième test pour les Européens, incapables depuis deux ans de trouver les solutions « durables » que François Hollande appelle de ses voeux.