La France et l’Espagne dressent un front commun à une semaine du sommet

Paris et Madrid cultivent leur approche commune dans de nombreux domaines, tels que l’union bancaire, le budget européen et les outils de solidarité dont la péninsule ibérique a besoin.

EURACTIV.fr
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Paris et Madrid cultivent leur approche commune dans de nombreux domaines, tels que l’union bancaire, le budget européen et les outils de solidarité dont la péninsule ibérique a besoin.

Au jeu des dominos, la pièce rouge et or jouxte la pièce tricolore. « Quand il n’y a pas de croissance en Espagne, il ne peut pas y avoir une croissance forte en France. Quand il y a des problèmes de liquidité, nous n’en payons pas le prix en termes de taux d’intérêt, mais les conséquences rejaillissent sur l’activité économique de la France ».

Insistant plus que d’habitude sur le destin lié des deux pays, François Hollande a déroulé une à une les fondements de la convergence franco-espagnole, à l’issue d’un sommet spécial, mercredi 10 octobre, qui n’avait pas eu lieu depuis 2009.

Supervision bancaire pour tout le monde

Convergence tout d’abord sur l’Union bancaire, que les deux chefs d’État exhortent à mettre en place d’ici la fin de l’année, quand le régulateur des banques allemandes avance 2014.

« Ce ne serait pas raisonnable », a réagi Mariano Rajoy, partageant, comme Paris, l’ambition d’une supervision bancaire exhaustive couvrant l’ensemble des établissements financiers, y compris de petite taille, au grand dam de Berlin.

Les deux États s’accordent également sur le budget européen. Paris et Madrid mettent en avant la Politique agricole commune (PAC), qui représente une manne conséquente de 70 milliards d’euros sur 7 ans pour la France, et de 58 milliards pour l’Espagne.

Même attention portée aux fonds structurels européens, une ressource auxquelles les collectivités locales tiennent, tout comme les îles éloignées (régions ultra-périphériques), dont les deux pays sont dotés.

Contrairement à l’Espagne, la France n’a pourtant pas rejoint les rangs des amis de la cohésion, qui rassemblent 15 pays, principalement de l’Est.

Sous Nicolas Sarkozy, le pays était ouvertement favorable à la PAC, au détriment des fonds régionaux, deuxième poste de dépense européen.

« En cours de redéfinition »

Depuis l’arrivée de François Hollande, le clivage entre les deux politiques est moins marqué, mais Paris continue de demander confusément une baisse globale du budget européen pour 2014-2020, sans préciser ni le montant, ni le sort réservé aux aides régionales.

« Les fonds structurels constituent une rubrique du pacte de croissance. Il y a donc un intérêt marqué pour le sujet, relève un conseiller. La position française sur le cadre financier pluriannuel est en cours de redéfinition. »

De son côté, Madrid est prêt à appuyer la mise en oeuvre du pacte de croissance, y compris sur les sujets qui font débat au sein du gouvernement.

La France et l’Espagne « souhaitent que la taxe sur les transactions financières soit adoptée au niveau européen, conformément au pacte », peut-on lire dans un communiqué conjoint. « Elles s’engagent pour un renforcement de l’Union économique et monétaire fondé sur l’intégration et la solidarité », poursuivent les deux pays, en écho à la formule favorite de François Hollande.

Flou sur le plan de sauvetage espagnol

Solidaires, les deux pays le sont également pour esquiver le sujet le plus gênant. Lors de leur dernière entrevue, le 30 août, François Hollande s’était retranché derrière la souveraineté de la nation espagnole, qui déterminerait elle-même de l’opportunité d’un plan de sauvetage.

Un mois et demi plus tard, le message est le même, et celui de Mariano Rajoy toujours aussi sybillin : « Le contenu de la réponse est celui que vous vous imaginez », a-t-il répliqué à un journaliste qui l’interrogeait sur la demande éventuelle d’une assistance financière.

Mais les deux États se retrouvent sur le mode d’emploi du mécanisme européen de solidarité (MES) ou sur les rachats de dette. La Banque centrale européenne « a organisé un mode d’intervention permettant de compléter le dispositif du MES, a rappelé François Hollande. A partir de là, il n’y a pas d’autres conditions à poser, pas d’autres mécanismes à imaginer, ils sont là. » La solidité de la digue franco-espagnole face à la pression des pays du Nord sera testée dès la semaine prochaine, lors du sommet des 18 et 19 octobre.