La France et la Norvège veulent mettre en œuvre les décisions sur les forêts
Avant de se retrouver à Oslo en mai, les pays présents à la conférence sur les bassins forestiers ont décidé de recenser les projets existants et de mettre en place un secrétariat léger pour concrétiser les décisions prises à Copenhague.
Avant de se retrouver à Oslo en mai, les pays présents à la conférence sur les bassins forestiers ont décidé de recenser les projets existants et de mettre en place un secrétariat léger pour concrétiser les décisions prises à Copenhague.
Donner un nouveau souffle aux négociations climatiques. Une soixantaine de pays se sont réunis à Paris, le 11 mars, à l’invitation de la France et de la Norvège, autour de la question des forêts. Les États présents ont défini une méthode de travail et un calendrier pour les mois à venir.
Dans un premier temps, ils ont convenu, d’ici deux mois, de recenser tous les projets existants dans le domaine des forêts, et de mettre en commun les données dont ils disposent : projets, accords bilatéraux, financements réels.
Les États feront ensuite le point à Oslo à la fin du mois de mai et se rencontreront tous les deux mois. «La négociation sur les forêts avait été assez proche d’un succès à Copenhague. Elle continue à suivre son chemin», estime l’ambassadeur français chargé des négociations climatiques Brice Lalonde.
Cette collaboration volontaire se heurte à la réticence de certains pays, comme les États-Unis, qui hésitent à communiquer ses projets à ses partenaires.
Secrétariat restreint
Il faut dire que les structures internationales dans le domaine forestier ne manquent pas. Au niveau de la FAO, par exemple, un partenariat de collaboration sur les forêts réunit déjà 14 organisations internationales et différents secrétariats de convention ayant un programme sur le sujet.
De son côté, le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, se défend de vouloir faire de l’ombre à qui que ce soit. «Nous ne sommes en compétition avec personne», insiste-t-il. Pour l’instant, il n’est pas question de sélectionner des projets à financer.
Un secrétariat, assuré par un nombre de pays plus restreint, sera chargé de mener les travaux, et devra régulièrement rendre compte de ses avancées. La France, la Papouasie-Nouvelle Guinée, la République démocratique du Congo, la Norvège, l’Australie, le Ghana, le Gabon et le Brésil devraient constituer ce secrétariat, basé à Paris.
A Copenhague, 3,5 milliards de dollars avaient été destinés à la lutte contre la déforestation, de 2010 à 2012. Les bailleurs de fond semblent prêts à mettre un milliard de plus sur la table pour cette période. Reste à savoir si, dans les faits, ces fonds seront neufs ou le fruit d’un simple recyclage de projets antérieurs. «Il faut voir comment cela va se passer pour l’additionnalité», résume ainsi Elise Buckle, responsable de la campagne «Energie-climat» du WWF France.
Ambitieux mais risqué
Elle porte un jugement plutôt positif sur la conférence. «Cela va dans la bonne direction», confirme-t-elle. Même sentiment pour Benoît Faraco, de la Fondation Nicolas-Hulot. «C’est le début d’un nouveau processus», explique-t-il, en estimant que la présence de «projets concrets» sur la table des négociations est peut-être «ce qui a manqué à Copenhague». «Aujourd’hui, ce qui donne la légitimité à une méthode, c’est l’efficacité et la chute des émissions de gaz à effet de serre», poursuit-il.
Sur le fond, le pari de Jean-Louis Borloo et de son homologue norvégien est ambitieux, mais aussi risqué. Agissant en dehors de tout cadre onusien, la France, la Norvège et leurs partenaires forment un partenariat de facto. Mais ils devront encore entraîner le reste des parties de l’Onu, afin de formaliser cette initiative, en la soumettant aux négociateurs à Bonn et à Cancun. «Si on peut arriver avec quelque chose de bouclé, tant mieux», juge Brice Lalonde.
Au cours de la conférence, Jean-Louis Borloo a regretté : «Nous avons laissé se diffuser une opinion internationale qui dit : « A quoi bon faire des efforts, puisque les autres n’en font pas? » Nous avons joué contre notre camp», a-t-il lancé à ses homologues.
Au-delà de la question des forêts, la France veut pousser une nouvelle méthode de travail après le semi-échec de Copenhague. Du bout des lèvres, les responsables français reconnaissent que la réunion de groupes de travail thématiques serait une bonne chose. «Il y a un champ post-Copenhague. Nous devons être plus pragmatiques», a estimé pour sa part Brice Lalonde.