La France hésite à sauter le pas du fédéralisme pour sauver l'euro
Même si aucun sujet ne devrait être tabou, les fonctionnaires français qui se sont rendus à Bruxelles pour la première fois hier (29 mai) depuis les élections présidentielles ont semblé hésiter à franchir le pas du fédéralisme que réclament l'Allemagne et d'autres Etats dans le but de renforcer la solidarité dans la zone euro.
Même si aucun sujet ne devrait être tabou, les fonctionnaires français qui se sont rendus à Bruxelles pour la première fois hier (29 mai) depuis les élections présidentielles ont semblé hésiter à franchir le pas du fédéralisme que réclament l'Allemagne et d'autres Etats dans le but de renforcer la solidarité dans la zone euro.
Bernard Cazeneuve, le nouveau ministre français délégué aux affaires européennes, a déclaré qu'il ne devrait y avoir aucun « sujet tabou » lors de la réunion des dirigeants européens le 28 juin qui portera sur les mesures nécessaires pour relancer l'économie de l'UE aujourd'hui en berne.
Parmi ces mesures, les euro-obligations arrivent en bonne place. La France souhaiterait les introduire rapidement pour mutualiser la dette dans la zone euro et diminuer les coûts d'emprunt pour les économies les plus fragiles comme l'Espagne et l'Italie.
La France et l'Allemagne ont ouvertement reconnu leur désaccord à ce sujet lors du dernier sommer de l'UE en mai. François Hollande avait résumé la situation en des termes clairs : « Il y a de la part de l’Allemagne l’idée que les [euro-obligations], si je veux donner la version la plus optimiste, ne peuvent être qu’un point d’aboutissement alors que nous considérons que ça devrait être un point de départ. »
Pour la chancelière allemande, Angela Merkel, et pour le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, l'émission de dette commune n'aurait aucun sens avant que la zone euro ne s'accorde sur une forme d'union budgétaire. Il s'agit d'un long processus qui nécessitera sans doute la rédaction d'un nouveau traité européen et le transfert de souveraineté à Bruxelles, une pilule difficile à avaler pour certains pays.
Plus d'intégration plus tard
Lors d'un discours devant la presse mardi (29 mai), M. Cazeneuve a tenté de minimiser les divergences franco-allemandes quant aux euro-obligations, affirmant que l'idée ne posait pas problème, mais qu'il s'agissait de définir quand et comment elles devraient être introduites.
Les euro-obligations, a-t-il expliqué, « pourraient justifier une intégration plus grande des mécanismes de gouvernance » au sein de la zone euro, mais seulement à un stade ultérieur.
Interrogé par EURACTIV, M. Cazeneuve a refusé de donner plus de précisions quant aux conditions sous lesquelles la France pourrait consentir à transférer davantage de souveraineté à Bruxelles.
« Pour nous, les [euro-obligations] doivent être un point de départ de cette démarche d'une plus grande intégration », a expliqué M. Cazeneuve avant de citer des « divergences d'appréciation » sur le calendrier et le contexte dans lequel les euro-obligations devraient être introduites.
« Si dans cette perspective, la discussion porte sur des modes d'intégration plus importants, le moment viendra où ces sujets devront être abordés », a-t-il commenté, avant d'ajouter : « On ne va pas aujourd'hui indiquer quelles sont les étapes alors que les étapes font partie de la négociation. Tout ça doit se construire, se faire en se faisant. »
« C'est la dynamique du dialogue entre les pays de l'Union européenne en vue d'assurer le redressement, la croissance et la discipline budgétaire […] qui doit permettre sur les étapes, les objectifs, les méthodes, de trouver des accords. »
Un saut fédéraliste ?
Pourtant, d’autres fonctionnaires français émettent moins de réserves.
Lors d’un entretien accordé à EURACTIV France, Michel Barnier, le commissaire européen au marché intérieur, a déclaré que le transfert de souveraineté ne devrait pas être un sujet tabou et que le temps d’un « saut fédéraliste » était venu en matière d’intégration européenne et d'émission d’euro-obligations.
Alain Lamassoure, eurodéputé français de centre-droit et ancien ministre des affaires européennes, a quant à lui déclaré que la France devrait d'abord se concentrer sur la ratification du traité de discipline budgétaire et la réduction de sa dette publique si elle souhaitait résoudre la crise de la zone euro.
« Les gens qui disent qu'ils veulent une plus grande intégration économique, la première chose s'ils sont conséquents avec eux-mêmes, serait d'augmenter substantiellement le budget européen. Or la France dit qu'elle veut réduire de 100 milliards d'euros le budget européen sur les sept ans qui viennent », a-t-il déclaré à EURACTIV. « C'est du pipeau ! »
La France et cinq autres pays européens, dont le Royaume-Uni et l’Allemagne, se sont engagés à plafonner le budget européen à 1 % du PIB sur la période 2014-2020.
Lors d'un discours à Bruxelles, M. Cazeneuve a affirmé que le gouvernement actuel respecterait ses engagements et que la contribution de la France au budget de l'UE (une vingtaine de milliards d'euros par an) devrait être placée sous contrôle afin d'être conforme à la discipline budgétaire.
« Si nous voulons respecter les engagements que nous avons pris devant l'Union elle-même dans le rétablissement de nos comptes publics, nous devons impérativement veiller à ce que notre contribution soit utile et raisonnable en même temps », a déclaré M. Cazeneuve.
M. Lamassoure a quant à lui mis le président français, François Hollande, et la chancelière allemande, Angela Merkel, au défi de relancer la croissance en ne misant pas sur l'augmentation du budget de l'UE.
« J'attends de voir comment ces personnes vont nous expliquer qu'ils veulent à la fois relancer la croissance économique et qu'ils veulent réduire le budget européen qui est l'instrument commun le plus efficace pour soutenir l'activité économique », a-t-il déclaré à EURACTIV.