La France rêve d’un New Deal géant pour l’Europe
La présidence française défend un plan d'investissement d'inspiration keynesienne pour l'Europe. Soit 1200 milliards pour relancer la croissance.
La présidence française défend un plan d’investissement d’inspiration keynesienne pour l’Europe. Soit 1200 milliards pour relancer la croissance.
Paris a transmis mardi 24 juin au président du Conseil européen, Herman van Rompuy, sa « feuille de route » pour la prochaine Commission européenne, qui résume ses priorités. Sans surprise, le gouvernement socialiste a choisi de mettre l’accent sur la croissance, l’énergie ou encore la sécurité. Les hypothèses évoquées sont pour le moins ambitieuses. « C’était important de marquer le coup après les élections européennes, on ne pouvait pas ne rien faire» explique-t-on au gouvernement français.
1200 milliards, soit une dizaine de plans Marshall
François Hollande suggère en effet que l’Europe mette 1200 milliards d’euros sur la table pour investir dans l’économie européenne. Un montant digne du New Deal du président Roosevelt en 1933, et nettement plus ambitieux que le plan Marshall financé par les États-Unis il y a 70 ans pour permettre à l’Europe de se reconstruire. A titre comparatif, le plan Marshall représentait l’équivalent de 140 milliards d’euros aujourd’hui. C’est donc quasiment 10 plans Marshall que la France propose à l’Europe.
La France estime en effet les besoins en investissement à 2 % du PIB, pour cinq domaines d’investissement prioritaires. Il s’agit des « grandes infrastructures en particulier en matière d’énergie, de transport et de numérique » de la « recherche et l’innovation », de « l’efficacité énergétique », de la « formation et la qualification des jeunes » et des « besoins en matière de santé ».
Des financements multiples
L’Etat délabré des finances publiques de nombreux pays d’Européens ne représente pas un problème majeur pour le pays qui suggère, comme le gouvernement américain dans les années 1930, que la croissance permettra de rétablir la collecte d’impôts puis les finances publiques.
En attendant, la France suggère plusieurs pistes de financement. D’une part, la mobilisation de ressources par le recours des mécanismes de flexibilité du Pacte de stabilité. Une solution qui nécessite surtout d’assouplir la contrainte budgétaire européenne.
« Il faudrait aussi que la BEI prenne plus de risques, pour prendre le relais de l’investissement privé si besoin » explique-t-on à l’Élysée, tout en évoquant les « project bonds ». Il s’agit d’émissions obligataires affectées à un projet, cofinancées par la Banque européenne d’investissement et garanties par un fonds qui permet de limiter le risque.
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Ces projets centralisés au sein de la BEI ont du mal à démarrer, même si une dizaine d’entre eux sont dans les tuyaux.
Créer de la dette européenne
Enfin la France a évoqué la mise en place d’une capacité financière de la zone euro. Une idée soutenue de longue date par la présidence de François Hollande, qui consiste à émettre de la dette européenne plutôt que nationale. Le Mécanisme de stabilité européen a déjà émis de la dette européenne pour financer les plans d’aides à l’Irlande par exemple. Il s’agirait de procéder de la même façon, non pas pour éponger des dettes, mais pour investir. L’intérêt d’une telle opération consiste à mutualiser les risques au niveau européen, ce qui permet d’emprunter à des taux faibles.
La France assure que les gouvernements sociaux-démocrates, réunis à Paris le 21 juin dernier, soutiennent ce projet. La droite risque en revanche d’être plus dure à convaincre, notamment les Allemands. Contacté par EURACTIV, un diplomate allemand n’a pas souhaité faire de commentaire avant que le Conseil européen n’ait lieu.
Le plan d’investissement quelque peu utopiste présenté par la France s’annonce en tout cas comme un élément de négociation à l’heure de la nomination de la nouvelle équipe de l’exécutif européen. S’il a peu de chance d’être accepté en tant que tel, le plan s’inscrit dans une stratégie politique dans laquelle l’Italie comme la France tentent de faire pencher les conservateurs européens en faveur d’une feuille de route plus orientée vers la croissance et l’emploi que la rigueur.
« Un nouvel équilibre politique s’est créé, qui est différent. Herman van Rompuy en a déjà pris compte durant la réunion à Luxembourg, qui s’est bien passée » assure-t-on du côté français. Les ministres des affaires européennes se retrouvaient mardi 24 juin à Strasbourg pour préparer le Conseil de vendredi.