La France sort des rangs sur la question libyenne et met Catherine Ashton dans l'embarras

Hier (10 mars), la France a fait cavalier seul en devenant le premier pays à reconnaître l'opposition libyenne et en décidant « d'explorer la possibilité » de bombardements ciblés sur le pays accablé par la guerre civile. Catherine Ashton, la haute représentante des affaires étrangères de L'UE se voit reléguée au second plan alors que les leaders européens se rassemblent à Bruxelles pour un sommet de crise.

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Hier (10 mars), la France a fait cavalier seul en devenant le premier pays à reconnaître l'opposition libyenne et en décidant « d'explorer la possibilité » de bombardements ciblés sur le pays accablé par la guerre civile. Catherine Ashton, la haute représentante des affaires étrangères de L'UE se voit reléguée au second plan alors que les leaders européens se rassemblent à Bruxelles pour un sommet de crise.

La France souhaite explorer la possibilité de bombardements ciblés sur la Libye comme une alternative à l'imposition d'une zone d’exclusion aérienne, ont affirmé des responsables français.

Le président français, Nicolas Sarkozy, a évoqué cette idée lors de discussions avec les membres de son parti politique, l’UMP, ont déclaré trois sources de ce parti.

« Nous explorons la possibilité de frappes extrêmement restreintes mais ciblées dans des cas spécifiques et pas nécessairement sur les bases aériennes », a confié à Reuters un membre de l'UMP, qui a assisté à un déjeuner avec le président au Palais de l’Elysée.

M. Sarkozy présentera des projets concrets pour répondre à la crise lors d’un sommet européen qui se tient aujourd’hui (11 mars) à Bruxelles. Selon cette source, la possibilité de frappes aériennes faisait partie des options sur la table.

A Bruxelles, où les ministres des affaires étrangères se sont retrouvés hier pour préparer le sommet d’aujourd’hui, les Etats se sont montrés réticents à l’initiative française de reconnaître l’opposition libyenne. Cette proposition a été rejetée à « 26 contre un », a déclaré une source à EURACTIV.

Figures de l’opposition libyenne: des tortionnaires opportunistes ?

Les ministres des affaires étrangères ont été pris par surprise par la décision de la France de reconnaître le Conseil national dirigé par les rebelles, avec l’annonce de Paris quant à l’envoi d’un « ambassadeur » dans la capitale de l’opposition, Benghazi.

La prise de position diplomatique de la France a été célébrée par un groupe de manifestants libyens à l’extérieur du bâtiment du Conseil de l’UE à Bruxelles et a apparemment été saluée à Benghazi.

Mais celle-ci a également agacé plusieurs Etats européens. « Que les dirigeants [du Conseil national intérimaire] soient des personnes légitimes à qui parler, bien sûr, mais nous reconnaissons les Etats plutôt que les groupes au sein des Etats », a déclaré le ministre des affaires étrangères britannique, William Hague, à la presse.

« Nous ne pouvons pas nous précipiter de manière unilatérale pour reconnaître des groupes », a déclaré un porte-parole de Catherine Ashton, la haute représentante des affaires étrangères de l’UE, une position soutenue par la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l'Italie, entre autres.

Le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini, a insisté sur le fait qu’une telle décision devait être prise à l’unanimité et que le plus important pour l’Europe était de parler d’une seule voix sur la question.

 « L’Italie souhaite une décision européenne, partagée à l’unanimité car c’est de cette façon que nous serons crédibles », a déclaré M. Frattini.

Un diplomate de haut rang, qui a demandé à ne pas être nommé, a évoqué des risques quant à l’arrivée au pouvoir de personnalités opportunistes du régime de Kadhafi au sein du Conseil national intérimaire, un élément qu’il a qualifié de « dérangeant ».

Des sources européennes ont confié à EURACTIV que certaines personnes du Conseil national intérimaire faisaient partie des responsables de l’affaire des procès grotesques des infirmières bulgares. Celles-ci ont passé huit ans dans une prison de Benghazi avant d’être libérées en juillet 2007 suite à une intervention du président français, Nicolas Sarkozy.

La France propose des « frappes aériennes ciblées »

Mme Ashton et son équipe s’étaient vivement opposés à l’idée d’accorder une reconnaissance officielle au Conseil national intérimaire.

Mais la reconnaissance des rebelles anti-Kadhafi apparaît comme une question relativement mineure comparée à la proposition de M. Sarkozy de lancer des frappes aériennes sur les quartiers généraux du commandement du colonel Kadhafi, qu’il va évoquer aujourd’hui lors du sommet.

Une source européenne a affirmé que les ministres des affaires étrangères n’avaient pas discuté d’options militaires, puisque la question était réservée à la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement d’aujourd’hui.

Des représentants du service européen d’action extérieure de Mme Ashton ont insisté sur le fait que l’action militaire contre la Libye ne devrait pas être entreprise sans un mandat clair du Conseil de sécurité des Nations unies.

 « Nous ne voulons pas passer pour des croisés », a confié un diplomate de haut rang à EURACTIV.

Dans l’ébauche des conclusions du sommet, obtenue par EURACTIV, on peut lire que M. Kadhafi doit abandonner le pouvoir « immédiatement » mais il n’y a aucun élément sur des mesures autres que le gel des actifs à l’encontre du régime.

Mais ces conclusions pourraient être retravaillées, sur la base d’une lettre commune de Nicolas Sarkozy et de David Cameron, qui affirme que le Conseil intérimaire national est un interlocuteur politique « viable », et évoque également la possibilité d’une zone d’exclusion aérienne ou « d’autres options » pour empêcher la Libye d’effectuer des raids aériens.

Conformément aux traités de l’UE, la Politique étrangère et de sécurité commune de l’UE est un domaine de « compétence partagée » entre les Etats membres et l’Union. Dans un effort pour assurer une meilleure coordination et davantage de cohérence de la politique étrangère de l’UE, le Traité de Lisbonne a créé le poste de Catherine Ashton.

Elle est chargée de mettre en oeuvre les positions communes de l’UE. Il semble cependant qu’aucun obstacle ne vienne empêcher un Etat de s’émanciper des positions communes, comme l’illustre le cas de la France par rapport à la question libyenne.

Pendant ce temps, la situation se détériore en Libye, avec une action militaire qui a été entreprise contre les rebelles (voir « Background »).