La France veut organiser une conférence sur la « défense aérienne européenne »
Emmanuel Macron a durci sa position à l’égard de la Russie vendredi dernier, en exhortant ses alliés à renforcer leur soutien militaire à l’Ukraine et en suggérant la création d’un forum pour traiter la demande d’avions de combat de Kiev.
Emmanuel Macron a durci sa position à l’égard de la Russie vendredi dernier (17 février), en exhortant ses alliés à renforcer leur soutien militaire à l’Ukraine et en suggérant la création d’un forum pour traiter la demande d’avions de combat de Kiev.
Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le président français a suggéré d’organiser une conférence à Paris sur la défense aérienne de l’Europe et d’investir massivement dans la défense pour relever les défis auxquels le continent est confronté.
« J’espère qu’avec nos partenaires allemands, italiens et britanniques — et tous ceux qui souhaitent nous rejoindre en Europe — nous serons en mesure d’organiser une conférence à Paris sur la défense aérienne de l’Europe », a-t-il déclaré.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky demande depuis longtemps à ses alliés occidentaux d’envoyer des avions de combat pour renforcer la défense de son pays contre l’invasion russe. Plusieurs dirigeants européens ont indiqué qu’ils étaient prêts à fournir des avions, bien que personne ne se soit encore engagé publiquement à le faire.
La France fait partie des pays qui n’ont pas exclu de fournir des avions de combat à l’Ukraine, mais a souligné que la priorité était aujourd’hui d’aider l’Ukraine dans les semaines et les mois à venir, alors que les avions de combat ne pourraient pas être livrés dans ce délai et la formation des pilotes ukrainiens à leur pilotage prendrait du temps.
Une telle décision constituerait l’un des plus grands changements dans le soutien de l’Occident, et le Kremelin a prévenu que cela entraînerait une escalade et une prolongation de la guerre.
Emmanuel Macron a fait ces commentaires après le discours du président ukrainien au cours duquel il a exclu toute autre solution qu’une victoire ukrainienne, et après que le chancelier allemand Olaf Scholz a semblé vouloir calmer les ardeurs de Kiev en ce qui concerne ls avions de combat ou les missiles à longue portée.
Emmanuel Macron a également fait comprendre que, pour l’instant, il comptait doubler le soutien de la France à Kiev.
« Nous devons absolument intensifier notre soutien et notre effort pour aider à la résistance du peuple et de l’armée ukrainienne et leur permettre de mener la contre-offensive qui seule permettra des négociations crédibles aux conditions choisies par l’Ukraine, ses autorités et son peuple », a-t-il déclaré.
« Nous sommes prêts aujourd’hui à intensifier [nos efforts] et nous sommes prêts à un conflit prolongé […] C’est le seul moyen de ramener la Russie à la table des négociations et de construire une paix durable », a-t-il ajouté.
Selon le président français, si l’Europe veut s’engager sur le long terme, elle doit investir dans le réarmement et rapatrier les chaînes d’approvisionnement sur le vieux continent.
Il a également appelé l’UE à présenter un « ambitieux programme commun d’investissement dans la défense » d’ici l’été, afin qu’elle puisse veiller à ses propres intérêts.
« Si l’Europe veut défendre l’Europe, elle doit s’armer, profiter de l’interopérabilité de l’OTAN, mais aussi accélérer sa capacité à produire sur le sol européen », a-t-il déclaré.
« L’heure n’est pas au dialogue »
Jusqu’à présent, les messages contradictoires d’Emmanuel Macron avaient suscité de vives critiques de la part de Kiev et de plusieurs partisans de la ligne dure de l’UE à l’égard de la Russie. Il avait notamment affirmé que l’Occident devait réfléchir à la manière de répondre aux besoins de Moscou en matière de garanties de sécurité pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
Vendredi, le président a semblé vouloir rectifier le tir.
« L’heure n’est pas au dialogue parce que nous avons une Russie qui a choisi la guerre, d’intensifier la guerre, et qui a choisi d’aller jusqu’aux crimes de guerre et à l’attaque des infrastructures civiles », a déclaré M. Macron. Il a ajouté que l’invasion de son voisin par Moscou, qui dure depuis près d’un an, « devait échouer ».
La question à long terme est de savoir « comment créer un équilibre imparfait » avec la Russie, mais « à l’heure actuelle, il est trop tôt pour le formuler », a déclaré M. Macron.
« Personne dans cette salle n’a de réponse à cette question : il n’y aura pas de paix complète et durable sur notre continent tant que la question russe n’est pas résolue », a-t-il ajouté.
Toutefois, le président français a également lancé un certain nombre d’appels aux alliés occidentaux et aux pays en développement pour qu’ils fassent face au « nouvel impérialisme » de la Russie, mais aussi pour qu’ils commencent à réfléchir à de nouveaux accords de sécurité européens et mondiaux pour le monde de « l’après-guerre ».
« Personne en Europe n’a bien digéré la fin de la guerre froide […] La Russie n’a pas digéré la fin d’un empire », a déclaré M. Macron.
Il n’a pas répété sa précédente déclaration selon laquelle l’Occident devait « éviter d’humilier » la Russie, mais a déclaré que tout règlement d’après-guerre devrait aborder la question de la place géographique de la Russie en Europe.
« Je voudrais une fois de plus rassurer le président de la Moldavie sur notre soutien », a déclaré M. Macron en expliquant comment la Communauté politique européenne, considérée comme sa création, et qui a tenu sa première réunion l’année dernière, devrait contribuer à reconstruire une architecture de sécurité en Europe.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]