La fusion entre EADS et BAE entravée par des considérations politiques

La France et l'Allemagne se trouvent dans une impasse sur le contrôle d'EADS tandis que la Grande-Bretagne s'inquiète de la « participation spéciale » des gouvernements dans la nouvelle entreprise. Ce sont les deux plus grands obstacles rencontrés par le projet de fusion entre EADS et BAE.

EURACTIV.fr / Reuters
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La France et l'Allemagne se trouvent dans une impasse sur le contrôle d'EADS tandis que la Grande-Bretagne s'inquiète de la « participation spéciale » des gouvernements dans la nouvelle entreprise. Ce sont les deux plus grands obstacles rencontrés par le projet de fusion entre EADS et BAE.

EADS et BAE sont en négociations pour créer ce qui deviendrait la plus grande entreprise du domaine de la défense dans le monde. Leurs efforts sont néanmoins contrariés par des désaccords entre la France et l'Allemagne sur la question des contrôles. Certains acteurs de la scène politiques s’inquiètent également quant aux emplois.

 

Le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maiziere, a rejoint la France en incitant les entreprises à reporter la date butoir du 10 octobre, imposée par la Grande-Bretagne. Ce report laisserait ainsi plus de temps aux hommes politiques pour surmonter leurs désaccords.

 

« Nous avons peut-être besoin de plus de temps. Tout dépend des réponses à nos questions et je pense que nous aurons besoin de plus de temps », a déclaré M. de Maiziere à la presse lors d'une réunion à Chypre.

 

La France et l'Allemagne veulent conserver leur influence sur EADS et des accords spécifiques seront nécessaires pour encadrer les opérations sensibles, notamment les travaux de BAE aux États-Unis et ses activités liées aux sous-marins nucléaires britanniques.

 

Reporter la date butoir relâcherait la pression qui pèse sur les décideurs politiques européens qui doivent parvenir à un accord acceptable pour les entreprises tout en apaisant les craintes des États-Unis et de la Grande-Bretagne quant à l'ingérence politique.

 

Ce sont les raisons pour lesquelles les experts affirment qu'une proposition de report immédiat est peu probable, sauf en cas d'avancées majeures. Mais si la situation ne se débloque pas rapidement, les dirigeants des deux entreprises pourraient durcir le ton et décider d'abandonner le projet.

 

« Il est normal […] que les points de vue s'expriment. Surtout dans le cadre de cette opération où les Etats ont des intérêts stratégiques à préserver », a déclaré, dans un entretien accordé au journal Les Echos, Fabrice Bregier, directeur exécutif du constructeur aéronautique Airbus et membre du cercle restreint composé de l'Allemagne, de l'Espagne et de l'Espagne qui dirige EADS.

 

« Ce type d'opération nécessite des décisions rapides, et ce n'est pas la direction d'EADS ou de BAE qui pousse, ce sont les marchés et les clients qui veulent savoir quel sera l'avenir du groupe » a-t-il poursuivi en ajoutant que le projet de fusion actuel répondait aux inquiétudes des États-Unis en matière de sécurité.

 

Pressions et compromis

 

Cette fusion, qui vise à créer la plus grande entreprise aéronautique et spatiale au monde, éroderait l'influence des gouvernements français, allemand et espagnol sur cette société. Des négociations sont donc en cours quant au futur rôle de ces gouvernements.

 

Les réserves de l'Allemagne touchent à la sauvegarde des emplois et à la protection de l'entreprise fusionnée de toute offre publique d'achat hostile, selon un document du gouvernement obtenu par Reuters lundi dernier.

 

Mercredi, une source du gouvernement français a indiqué que la France souhaitait elle aussi conserver certains droits.

 

EADS reste ferme et martèle  qu'elle « souhaite et attend » que la situation s'éclaircisse d'ici cette date.

 

Dans le style de négociation classique européen, comme observé lors des débats sur les subventions agricoles et les renflouements nationaux, les négociations se concluent souvent à la dernière minute.

 

La menace d'un délai dépassé ou la demande de maintien de ce délai est une stratégie développée fréquemment jusqu'aux limites du possible par les 27 États membres de l'UE.

 

Diplomatie téléphonique

 

M. De Maiziere, le ministre allemand de la Défense, a qualifié les négociations avec ses homologues britannique et français mercredi soir de « constructives ».

 

« C'est une situation complexe. Il y a beaucoup de questions et conditions. Rien n'a été décidé encore […] nous resterons en contact », a ajouté M. de Maizière.

 

Les gouvernements européens sont tous confrontés à des pressions en matière de dépenses, mais l’impasse entre la France et l'Allemagne sur le contrôle d'EADS est considérée comme l'obstacle le plus infranchissable. Il ranime en effet la méfiance éveillée dès 2005 par des différends sur la gestion de l’entreprise.

 

La France détient 15 % du capital d'EADS et souhaite conserver sont droit d'influencer la stratégie du groupe. L'Espagne détient quant à elle 5 % des parts.

 

L'Allemagne n'est pas un actionnaire direct, mais voit cette opération comme une occasion d'accroître son influence. EADS et BAE font de leur côté pression en faveur d'une influence politique moins forte.

 

M. Bregier, d'Airbus, ne considère pas la participation allemande comme un problème et ne voit aucune raison pour que des mesures ne soient pas prises pour garantir l'équilibre franco-allemand. Selon le plan actuel, le gouvernement français détiendrait 9 % des actions du groupe.

 

Des signes de discorde ont vu le jour le week-end dernier lorsque la France a semblé rejeter les propositions de l'Allemagne sur une position commune.

 

EADS et BAE ont déclaré qu'elles offriraient aux gouvernements allemand, britannique et français une « participation spéciale » dans la nouvelle société. Elles pourront ainsi contrer toute offre publique d'achat hostile, mais elles sont déterminées à empêcher toute ingérence dans les décisions de gestion.