La fusion nucléaire sera un atout pour la neutralité carbone de l'UE, selon un fonctionnaire

La fusion nucléaire est une technologie décarbonée qui pourrait contribuer à garantir l’approvisionnement énergétique de l’Europe et à réduire ses émissions, selon un fonctionnaire européen en charge des questions énergétiques, Massimo Garribba.

Euractiv.com
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La fusion nucléaire reproduit la production d’énergie dans le soleil, en fusionnant deux atomes d’hydrogène pour produire de l’hélium et de la chaleur. Elle pourrait devenir un moyen de générer de grandes quantités d’énergie propre, aidant à remplacer les combustibles fossiles et à réduire les émissions. [<a href="https://www.shutterstock.com/g/dani3315" target="_blank" rel="noopener">dani3315 / Shutterstock</a>]

La fusion nucléaire est une technologie décarbonée qui pourrait contribuer à garantir l’approvisionnement énergétique de l’Europe et à réduire ses émissions, selon un fonctionnaire européen en charge des questions énergétiques, Massimo Garribba.

« Au sein de la Commission, nous suivons une politique de zéro émission nette et toutes les sources d’énergie qui peuvent y contribuer sont bien sûr les bienvenues », a déclaré M. Garribba, directeur général adjoint du département de l’énergie de la Commission, lors d’un évènement EURACTIV du 20 mars.

Selon lui, la fusion nucléaire « est clairement un candidat à moyen terme pour remplir ce rôle ».

En effet, la fusion n’émet pas de carbone, est sûre et « a le potentiel d’être pratiquement illimitée dans la manière dont elle peut être exploitée », a-t-il ajouté.

La fusion nucléaire consiste à fusionner deux atomes d’hydrogène – issus des isotopes de deutérium ou de titrium, lui même générable, à terme, par le processus de fusion – pour produire de l’hélium et de la chaleur. Il s’agit, vulgairement, d’imiter la réaction physique qui se déroule au coeur des étoiles.

Elle pourrait devenir un moyen de générer de grandes quantités d’énergie propre, aidant à remplacer les combustibles fossiles, à réduire les émissions et à assurer la sécurité énergétique du Vieux-Continent.

La production d’isotopes de tritium par la fusion elle-même permettra, à terme, d’obtenir «  un cycle fondamentalement autonome », a expliqué M. Garribba.

«  En termes de sécurité énergétique, c’est une situation très avantageuse  », a-t-il concédé.

Encore aux balbutiements

Toutefois, la technologie est encore en cours de développement et se heurte à des obstacles, notamment l’énorme quantité d’énergie nécessaire pour que la réaction se produise. Lorsqu’elle atteindra un stade où la quantité d’énergie produite sera supérieure à celle utilisée, elle pourrait devenir une source d’énergie essentielle pour l’Europe.

« Cette réaction est contrôlable. Elle peut être activée et désactivée, ce qui en fait une source d’énergie pilotable idéale et une source d’énergie de base », a déclaré Jennifer Ganten, responsable au Commonwealth Fusion System.

Bien qu’il reste encore beaucoup à faire pour développer la fusion nucléaire, certains projets devraient aboutir à des modèles opérationnels d’ici le milieu de la décennie, les premiers réacteurs étant susceptibles d’être connectés au réseau au début des années 2030.

« Nous pensons que la technologie sera prête pour une utilisation commerciale au milieu des années 2030 », a déclaré Francesca Ferrazza, responsable des initiatives de fusion magnétique chez Eni, l’entreprise énergétique italienne, qui a soutenu l’événement.

« Si les conditions se maintiennent, avec l’évolution de la technologie, la mise en place de la chaîne d’approvisionnement et tout le reste, et que l’on passe à l’échelle supérieure, cela contribuera de manière significative à la décarbonation, aux objectifs de 2050 », a ajouté Mme Ferrazza.

Concurrence ou coopération

Depuis le milieu des années 1980, les nations du monde entier coopèrent pour développer la technologie de la fusion nucléaire dans le cadre du programme ITER pour « réacteur thermonucléaire expérimental international » situé dans le sud de la France. Le projet est financé par 35 pays, dont l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Suisse, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis.

L’objectif est de disposer d’un réacteur opérationnel d’ici à 2035.

Toutefois, d’autres projets sont en train de détrôner ITER, notamment le projet SPARC aux États-Unis, qui pourrait être opérationnel au milieu des années 2020. Le projet vise la viabilité commerciale au milieu des années 2030.

Selon l’eurodéputé tchèque (Renew) Ondřej Knotek, l’UE doit donc redoubler d’efforts pour attirer des projets de fusion domestiques. Lors de l’évènement, il a prévenu en ce sens que l’UE ne soutenait pas suffisamment la fusion.

« Aujourd’hui, la priorité va aux énergies renouvelables, ce que je comprends à court terme, mais si nous regardons à plus long terme, nous avons tout simplement besoin de sources d’énergie supplémentaires », a-t-il déclaré.

L’un des moyens, selon lui, est de motiver les investissements privés.

Mais pour M. Garriba, l’UE n’est pas à la traîne, bien au contraire, puisqu’elle est « constamment à la pointe de la recherche sur la fusion  ».

Toutefois, la proposition de la Commission européenne présentée le 16 mars dernier pour une industrie décarbonée dans l’UE (Net-Zero Industry Act – NZIA) n’y fait référence qu’une seule fois, contrairement à l’Inflation Reduction Act,sont concurrent direct américain.

De plus, elle ne figure pas dans le NZIA comme technologie «  stratégique  », ce qui limite le montant de l’aide disponible.

« Lorsque nous préparons des outils, des communications, des directives à Bruxelles, dans toutes les institutions, nous ne parlons pas de la fusion comme d’une chose qui sera certainement présente et qui fera certainement partie de la solution », a déclaré M. Knotek.

Promouvoir la sécurité réglementaire

Selon l’industrie, pour attirer les projets, les gouvernements doivent s’assurer que les futures lois qui régiront la production d’énergie de fusion sont claires et que les entreprises qui développent la technologie ont accès au financement.

Par exemple, le Royaume-Uni est « à l’avant-garde » dans la réflexion sur l’environnement réglementaire nécessaire à la fusion, a déclaré Jennifer Ganten. « Cela signifie que la sécurité réglementaire est importante, qu’elle incite l’industrie commerciale à dire ‘c’est un endroit où nous voudrions construire des centrales électriques’ », a-t-elle expliqué.

Selon Mme Ganten, il s’agit d’un élément fondamental pour les entreprises qui cherchent à construire des projets, qui doivent trouver des sites aujourd’hui afin d’être opérationnels au début des années 2030.

Selon M. Garribba, la Commission européenne en est à la phase « prototype » de sa clarification règlementaire.

«  il est donc très difficile de voir comment on peut établir des règles qui soient suffisamment génériques et en même temps suffisamment détaillées pour permettre le développement de différents types de technologies », a-t-il ajouté.

Cet article fait suite au débat politique organisé par EURACTIV « Learning from the Sun to decarbonise Europe’s power with fusion energy » (Apprendre du soleil pour décarboner l’énergie européenne grâce à l’énergie de fusion), soutenu par Eni.

Regardez l’enregistrement complet de l’événement ci-dessous :