La gauche et le Rassemblement national font tomber le gouvernement Barnier
La majorité des députés de l’Assemblée nationale a, peu après 20h mercredi 4 décembre, voté la censure du gouvernement du Premier ministre Michel Barnier, ouvrant la voie à la crise politique la plus importante de la Ve République.
La majorité des députés de l’Assemblée nationale a, peu après 20h mercredi 4 décembre, voté la censure du gouvernement du Premier ministre Michel Barnier, ouvrant la voie à la crise politique la plus importante de la Ve République.
Au terme d’une journée électrique à l’Assemblée nationale et après plusieurs semaines d’incertitude, le gouvernement de Michel Barnier est tombé mercredi 4 décembre au soir. Les derniers appels à la « responsabilité » lancés par le Premier ministre et, depuis l’Arabie Saoudite, par le président Emmanuel Macron n’auront pas suffi.
331 des 577 députés de l’Assemblée nationale ont ainsi voté pour la motion de censure présentée par les forces de gauche rassemblées au sein du Nouveau Front populaire (NFP), soutenues pour l’occasion par les députés d’extrême droite du Rassemblement national (RN) et leurs alliés.
« Votre échec était annoncé, il fut cuisant. Cette motion de censure va vous emporter », avait lancé avant le vote le député de la France insoumise (LFI) Eric Coquerel, assurant que « la majorité [des Français] n’est ni derrière votre gouvernement ni derrière le président qui vous a nommé à cette place. »
« Vous avez finalement tenté des compromis, mais avec l’extrême droite, ce Rassemblement national que vous avez privilégié en violation du barrage républicain qui s’est exprimé majoritairement [lors des législatives de] juillet », a surenchéri Eric Coquerel.
Réputé fin diplomate, le Premier ministre s’était attaché dès sa nomination le 5 septembre dernier à ouvrir des canaux de discussion avec l’extrême droite, dont la soutien passif était la condition de sa longévité à la tête de l’exécutif.
Les concessions accordées au RN sur les questions migratoires ou sur le projet de loi de finances (PLF) 2025 n’auront pourtant pas suffi à convaincre Marine Le Pen d’accorder sa grâce à Michel Barnier.
« Nous avons voulu croire [que vous seriez] conscient des souffrances du pays, capable d’appréhender les nouveaux équilibres politiques », a ainsi expliqué la présidente du parti d’extrême droite à l’Assemblée nationale mercredi, mais « vous n’avez apporté qu’une seule réponse, l’impôt, l’impôt, toujours l’impôt ».
« Le temps n’est plus très loin avant que ne se profile la grande alternance, cette grande alternance que nous appelons de nos vœux et qui sera synonyme pour tous les Français de délivrance », a-t-elle encore souligné.
Une seule motion de censure a été adoptée dans l’histoire de la Ve République, le 4 octobre 1962, et elle avait entraîné la démission du gouvernement de Georges Pompidou, mais elle avait été immédiatement suivie d’une dissolution de l’Assemblée nationale.
Le président Emmanuel Macron devra quant à lui attendre juillet 2025 pour convoquer de nouvelles élections législatives, puisque selon la Constitution française il ne peut y avoir deux scrutins en moins d’un an.
Michel Barnier s’était résolu le 2 décembre à utiliser l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter sans vote le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025, ouvrant la voie au dépôt de deux motions de censure.
Le Premier ministre devrait présenter sa lettre de démission au président Emmanuel Macron jeudi à 10h, mais il restera en charge des affaires courantes jusqu’à la nomination de son successeur.
[Édité par Anna Martino]