La Grèce en proie à une crise énergétique

La crise de la dette grecque menace d'entraîner une crise de l'énergie. Le régulateur a demandé qu'une réunion d'urgence soit organisée cette semaine pour éviter l'effondrement des systèmes d'électricité et de gaz naturel du pays.

EURACTIV.fr / Reuters
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La crise de la dette grecque menace d'entraîner une crise de l'énergie. Le régulateur a demandé qu'une réunion d'urgence soit organisée cette semaine pour éviter l'effondrement des systèmes d'électricité et de gaz naturel du pays.

L'autorité de régulation de l'énergie (RAE) a convoqué une réunion d'urgence le 1er juin, après avoir reçu la veille une lettre de l'entreprise grecque de gaz naturel DEPA menaçant de bloquer l'approvisionnement des producteurs d'électricité s'ils ne réglaient pas leurs arriérés incessamment.

La perspective d'une crise énergétique ne fait qu'assombrir la situation de ce pays surendetté, en difficulté politique et financière. Une telle crise pourrait entraîner des coupures de courant dans les habitations et les entreprises, en amont des élections du 17 juin prochain qui décideront de l'avenir de la Grèce au sein de la zone euro (voir « Contexte »).

Le gouvernement grec risque de manquer de liquidités dès le mois prochain s'il ne reçoit pas de nouveaux fonds dans le cadre du programme de sauvetage d'ici là.

« La RAE prendra des mesures d'urgence la semaine prochaine afin d'éviter l'effondrement du secteur du gaz naturel et de l'électricité en Grèce », a déclaré à Reuters le directeur de l'organisme de régulation, Nikos Vasilakos.

Il a fait savoir que la RAE avait convoqué DEPA et les autres entreprises concernées pour une réunion le 6 juin prochain.

Selon une source du secteur de l'énergie qui a souhaité s'exprimer sous couvert d'anonymat, DEPA ne dispose pas des fonds nécessaires pour payer des factures de gaz à l'Italien Eni, au Turc Botas et au Russe Gazprom, qui s'élèvent à un total de 120 millions d'euros et arriveront à échéance ce mois-ci.

Le directeur général de la DEPA, Haris Sachinis, a refusé de donner plus de précisions quant à la situation financière de l'entreprise. « DEPA prend toutes les mesures nécessaires pour éviter de devoir quoi que ce soit à ses fournisseurs. »

Si DEPA coupait l'approvisionnement en gaz, les producteurs d'énergie indépendants comme Elpedison, Mytilineos, Heron et Corinth Power, qui couvrent près de 30 % de la demande énergétique nationale, seraient forcés de suspendre leurs opérations.

L'opérateur de réseau ADMIE serait à son tour forcé de procéder à des coupures électriques alternées afin d'éviter une coupure générale, au moment où la saison touristique estivale, l'une des rares activités lucratives de ce pays en difficulté, commencera à battre son plein.

Ces producteurs utilisent du gaz naturel, fourni en grande partie par DEPA, pour environ 70 % de leur production d'électricité. Le leader de l'électricité en Grèce, le groupe PPC, utilise bien moins de gaz naturel que les autres producteurs, mais les sections charbon et eau de PPC ne suffiraient pas à pallier le manque d'électricité.

Déficit

Les entreprises énergétiques n'ont pas pu payer leurs factures à DEPA car elles n'ont elles-mêmes pas reçu les paiements de la chambre de compensation pour les transactions énergétiques, LAGHE.

Ces derniers mois, la RAE n'a eu de cesse d'exhorter le gouvernement à régulariser les finances de LAGHE, en proie à un déficit de plus de 300 millions d'euros.

Cette situation est due au fait que les revenus de LAGHE ne parviennent pas à couvrir les généreuses subventions qu'il accorde aux producteurs d'énergie renouvelable, notamment aux panneaux solaires.

Le déficit de LAGHE s'est creusé cette année lorsque deux fournisseurs d'électricité, les principaux rivaux de PPC, se sont effondrés sans honorer leurs obligations à son égard. Les autorités ont ensuite dû faire des pieds et des mains pour trouver des fonds.

La solution la plus simple à ce problème serait de contracter un prêt de 300-400 millions d'euros auprès du fonds de consignation et d'emprunt de l'État, qui dispose d'un « Fonds vert » pour l'environnement.

Mais la « troïka » des prêteurs internationaux, la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI), refuse d'approuver ce plan, a déclaré le directeur exécutif de PPC, Arthouros Zervos, lors d'un entretien accordé à Reuters.

La Commission européenne « trop dogmatique »

M. Zervos a expliqué que la troïka, notamment la Commission européenne, craignait que l'injection de liquidités ne constitue des aides publiques illégales et freine la volonté de remettre à flot le système énergétique de la Grèce.

« La Commission a adopté une approche trop dogmatique », a commenté M. Zervos.

La Grèce pourrait également renforcer LAGHE en utilisation la centaine de millions d'euros encore disponible sur les comptes des deux fournisseurs d'énergie qui ont fait faillite cette année, a-t-il poursuivi.

Les autorités de l'énergie n'ont cependant pas accès à ces fonds car ils ont été gelés dans le cadre d'une enquête criminelle suite à la chute des deux organisations. « Cela n'a aucun sens. Il s'agit de l'argent que les consommateurs ont envoyé dans le système énergétique », a expliqué une source.

La confusion politique qui règne actuellement en Grèce n'arrange rien. Conformément au droit grec, les gouvernements provisoires ont un mandat limité et rechignent à prendre des décisions majeures sans l'accord des dirigeants de partis.