La livraison de matériel médical essentiel à l’Ukraine devient toujours plus difficile
L’OMS lance un appel urgent pour la livraison d’oxygène médical et d’autres équipements médicaux essentiels en Ukraine, alors que les stocks s’amenuisent et que les difficultés d’acheminement vers les hôpitaux ukrainiens s’intensifient.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) lance un appel urgent pour la livraison d’oxygène médical et d’autres équipements médicaux essentiels en Ukraine, alors que les stocks s’amenuisent et que les difficultés d’acheminement vers les hôpitaux ukrainiens s’intensifient.
En début de semaine, l’OMS a prévenu dans un communiqué que des milliers de vies étaient en danger car les réserves d’oxygène médical commencent à s’épuiser dans toute l’Ukraine.
« L’oxygène sauve des vies, et quand on en a besoin, on en a besoin. Vous ne pouvez pas attendre le lendemain pour avoir de l’oxygène. Vous ne pouvez pas attendre la semaine suivante, vous ne pouvez pas être mis sur une liste d’attente ou faire la queue pour recevoir de l’oxygène. L’oxygène vous sauve la vie immédiatement », a insisté Michael J. Ryan, directeur exécutif du Programme des urgences sanitaires de l’OMS, lors d’une conférence de presse mercredi (2 mars).
De nombreux hôpitaux sont sur le point de tomber à court d’oxygène, tandis que pour certains hôpitaux, c’est déjà devenu une réalité. L’OMS estime également que les besoins actuels en oxygène médical ont augmenté de 20 à 25 % après l’invasion de l’Ukraine par les forces russes jeudi dernier (24 février).
Les livraisons d’oxygène aux hôpitaux depuis les usines où il est produit constituent un défi de taille. Parallèlement, on observe une pénurie de zéolite, un produit chimique nécessaire à la production d’oxygène médical sain.
L’oxygène médical est nécessaire pour traiter un large éventail de problèmes médicaux tels que les complications liées à la grossesse, les maladies chroniques, les blessures et les traumatismes, et la Covid-19.
« La pénurie critique d’oxygène aura un impact sur la capacité à traiter les patients atteints de la Covid-19 et de nombreuses autres pathologies », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Il a ajouté qu’au moins trois grandes usines d’oxygène en Ukraine ont maintenant fermé, et l’OMS cherche des moyens d’accéder à l’oxygène des pays voisins et des moyens de l’acheminer en toute sécurité là où il est nécessaire.
De nombreux autres produits médicaux essentiels, tels que les traitements pour le cancer et le diabète et les vaccins essentiels pour les maladies infantiles, sont également en rupture de stock.
« Lorsque nous parlons de médicaments spécifiques, cela varie vraiment d’un hôpital à l’autre. Les hôpitaux qui sont isolés auront besoin de différents types de médicaments, mais aussi de trousses de premiers soins, car c’est de cela que nous avons besoin avec la violence. On n’a pas le temps de traiter les maladies chroniques. L’essentiel est d’assurer les traitements indispensables à la survie », a déclaré Jarno Habicht, chef du bureau de l’OMS en Ukraine, qui a ajouté qu’une campagne de vaccination en cours contre la polio devient également « très, très difficile » à poursuivre.
Des difficultés d’acheminement du matériel
Jeudi (3 mars), la base logistique de l’OMS en Pologne devrait recevoir la première série de matériel et d’équipements médicaux à destination de l’Ukraine. La cargaison comprend du matériel médical spécialisé pour les opérations chirurgicales, le débridement, la réanimation et les traumatismes majeurs.
« La priorité est maintenant d’assurer des couloirs humanitaires pour permettre l’accès de l’aide. Nous avons également un entrepôt rempli de matériel à Kiev, et nous devons le faire sortir », a déclaré Michael J. Ryan.
Il est encore possible d’acheminer certains équipements dans le pays vers les zones qui ne sont pas les plus durement touchées par l’offensive militaire, a expliqué Jarno Habicht, avant d’ajouter qu’« à mesure que la situation évolue, cet accès devient de plus en plus difficile. »
Avant la conférence de presse, Heather Papowitz, responsable des incidents à l’OMS Europe, a confié à EURACTIV que l’OMS collaborait étroitement avec les autorités.
« Nous travaillons avec les gouvernements polonais et ukrainien pour ouvrir un couloir terrestre afin d’acheminer les équipements vers les hôpitaux et les établissements de santé où ils sont le plus nécessaires », a-t-elle déclaré.
Les travailleurs de la santé sous pression
La sécurité des travailleurs de la santé en Ukraine est un autre problème crucial. M. Tedros s’est dit très préoccupé par les attaques russes contre les établissements de santé, plusieurs rapports faisant état d’attaques contre des hôpitaux et des infrastructures de santé.
« Il y a eu un incident confirmé la semaine dernière, au cours duquel un hôpital a été attaqué avec des armes lourdes, causant la mort de quatre personnes et en blessant dix, parmi lesquelles se trouvaient six travailleurs de santé. Nous sommes actuellement en train de confirmer plusieurs autres incidents », a-t-il indiqué.
« Le caractère sacré et la neutralité des soins de santé, y compris ceux des travailleurs de la santé, des équipements, du transport et des installations destinées aux patients, ainsi que le droit à un accès sûr aux soins doivent être respectés et protégés. Les attaques contre les soins de santé sont en violation du droit humanitaire international », a-t-il poursuivi.
Mme Papowitz a ajouté qu’« il est également très difficile pour eux de se rendre au travail parce que ce n’est pas sûr, ils doivent donc traverser des zones dangereuses pour se rendre dans les hôpitaux ».
Entraver les progrès du système de santé
Bien avant l’invasion de l’Ukraine par les forces russes, le système de santé ukrainien était en difficulté, mais une récente réforme du système de santé du pays a jeté des bases solides pour des améliorations.
L’OMS a soutenu le renforcement du système de santé ukrainien ces dernières années, mais aujourd’hui, les progrès pourraient être gravement compromis.
« Nous avons soutenu le système de santé ukrainien dans plusieurs domaines, comme les soins de santé élémentaires, mais aussi la préparation aux urgences ou à l’escalade des événements si cela devait se produire », a déclaré Mme Papowitz.
« Ceci dit, le système de santé souffre depuis longtemps d’un manque chronique de ressources et, dans la situation actuelle, le défi consiste à s’assurer que tous les progrès réalisés au fil des ans ne soient pas mis en péril par le conflit », a-t-elle ajouté.