La pénurie de transformateurs menace le réseau électrique européen

Des experts et chercheurs alertent sur une pénurie de transformateurs qui risque de compromettre le déploiement du réseau électrique européen et provoquer des retards dans les projets et des augmentations de prix qui affecteront les consommateurs.

Euractiv.com
Des industriels qui électrifient leurs processus de production aux développeurs de projets renouvelables, « tout le monde a besoin de transformateurs », explique Joannes Laveyne, assistant de recherche au laboratoire d’énergie électrique de l’Université de Gand. [Shutterstock/riekephotos]

Des experts et chercheurs alertent sur une pénurie de transformateurs qui risque de compromettre le déploiement du réseau électrique européen et provoquer des retards dans les projets et des augmentations de prix qui affecteront les consommateurs.

L’Union européenne est en train de lancer un important projet de développement de son réseau électrique, dont le coût prévu jusqu’à 2030 est de 584 milliards d’euros, qui sera nécessaire pour supporter l’arrivée massive de véhicules électriques, de pompes à chaleur, d’éoliennes et de panneaux solaires.

Cependant, un obstacle majeur surgit : « nous faisons face à une pénurie de transformateurs en Europe », annonce Savannah Altvater, responsable de la distribution d’électricité au sein de l’association industrielle européenne Eurelectric.

Même si le nombre exact reste inconnu, d’après l’association environ 4,5 millions de transformateurs sont installés en UE et en Norvège.

Les transformateurs électriques, des machines qui permettent d’augmenter et diminuer la tension, sont omniprésents dans le réseau. De l’éolienne en mer à l’appartement en ville, la tension électrique peut changer jusqu’à six fois avant que nous ne l’utilisions pour faire la lessive à la maison.

Leur importance pour les réseaux électriques est notamment illustrée par la guerre en Ukraine, où la Russie s’en prend sans cesse à ces appareils. Ce qui a poussé l’UE a envoyer 2 700 transformateurs de remplacement à l’Ukraine, aggravant la pénurie dans l’Union.

Des industriels qui électrifient leurs processus de production aux développeurs de projets renouvelables, « tout le monde a besoin de transformateurs », explique Joannes Laveyne, assistant de recherche au laboratoire d’énergie électrique de l’Université de Gand.

Par conséquent, les délais de livraison, auparavant de 9 à 12 mois, ont maintenant doublé, a expliqué le chercheur, qui a également constaté des retards et des hausses de prix pour les transformateurs nécessaires à son laboratoire à l’Université de Gand.

Ces retards touchent plus particulièrement les industries.

« Si l’on ne passe pas commande des années à l’avance […] aux producteurs européens, on n’a aucune chance d’obtenir un transformateur. C’est un grave problème », a expliqué Zsuzsa Cseko, conseillère principale pour les questions de réseau chez Eurelectric.

Cette situation a incité la Commission européenne à se pencher sur la question, d’après Euractiv.

Le plus gros risque ? Des retards dans le raccordement des énergies renouvelables ou des grosses machines industrielles au réseau, ce qui menacerait les objectifs de l’UE en matière de climat et d’indépendance énergétique. En Allemagne, par exemple, la pénurie de transformateurs pourrait entraîner des retards de deux ans pour le développement de l’énergie éolienne en mer.

D’après M. Laveyne, la fabrication sur mesure de gros transformateurs, bien que peu nombreux par rapport aux modèles plus petits à usage résidentiel, a de « fortes répercussions sur le réseau électrique ».

Le chercheur note toutefois que le nombre de fabricants et leur capacité de production restent constants, dominés par trois grands acteurs : l’allemand Siemens, l’américain General Electric et le japonais Hitachi.

La réticence des entreprises européennes à investir dans de nouvelles installations de production s’explique en partie par l’absence de certitude au-delà de 2030.

En effet, malgré les carnets de commande remplis jusqu’en 2030, grâce aux politiques européennes telles que le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), les objectifs à l’horizon 2040 sont bien plus incertains, a expliqué le chercheur.

De plus, le manque de travailleurs qualifiés aggrave la situation.

En effet, la production de transformateurs est complexe et peu automatisée, et repose donc sur un travail manuel spécialisé, qui est maintenant en pénurie, selon M. Laveyne. De même, le producteur américain ERMCO a également évoqué un « marché du travail très difficile » lors d’une discussion dans le podcast Catalyst.

Le « noyau de fer des transformateurs n’est produit que par une poignée d’entreprises dans le monde, en faisant un nouveau goulet d’étranglement, car sa production est limitée », explique Mme Cseko.

Flambée des prix

Les retards sont aggravés par la hausse des coûts. Les transformateurs nécessitent de grandes quantités d’acier et de cuivre de haute qualité et ont donc vu le prix de leurs matériaux de base augmenter, et même doubler au cours des cinq dernières années.

Tim Mills, d’ERMCO, a rapporté que le coût des matières premières a entraîné une augmentation des prix de 75 à 100 %, ajoutant que ces coûts supplémentaires sont finalement transférés aux consommateurs par l’intermédiaire des compagnies d’électricité.

« Nous pouvons encore les obtenir à un prix plus élevé », a expliqué Mme Cseko d’Eurelectric.

Selon l’experte, la solution serait de « stimuler l’industrie européenne » par le biais de « partenariats avec les gouvernements ou d’autres mesures incitatives » pour maintenir la production européenne et améliorer la sécurité des approvisionnements.

Sans quoi les opérateurs de réseaux, qui n’ont d’autre choix que d’installer des transformateurs, pourraient se tourner vers d’autres centres de production internationale, comme l’Égypte ou la Chine.

[Édité par Anna Martino]