Comment Bruxelles veut accélérer huit projets énergétiques « urgents »

Le prochain paquet législatif « Réseaux » de l’UE place au centre de sa stratégie huit projets énergétiques majeurs, considérés par la Commission européenne comme essentiels pour faire baisser les prix de l’électricité — un objectif devenu quasi obsessionnel au nom de la compétitivité européenne.

EURACTIV.com
[Getty Images/Sergi Reboredo_VW Pics_Universal Images Group]

Le 10 décembre, l’UE présentera ce qui pourrait être sa proposition la plus importante de l’année dans le domaine de l’énergie : une initiative visant à centraliser les pouvoirs de planification des réseaux et à accélérer encore davantage l’octroi de permis pour les nouvelles lignes électriques dont le besoin se fait cruellement sentir, selon des projets de texte divulgués obtenus par Euractiv.

Au cœur de cette stratégie se trouve un pari ambitieux sur huit projets d’« autoroutes énergétiques » dont l’exécutif européen espère qu’ils permettront de combler l’écart de prix de l’électricité et le désavantage concurrentiel par rapport aux autres économies industrialisées. « Nos prix de l’électricité restent deux à trois fois plus élevés que ceux pratiqués aux États-Unis », peut-on lire dans le projet, qui peut encore être modifié avant sa publication.

Les projets qui bénéficieront d’un traitement spécial se situent à la périphérie de l’UE : cinq développements d’infrastructures électriques, deux projets de pipelines d’hydrogène et un projet gazier ont été identifiés comme des solutions potentielles aux faiblesses structurelles du système électrique européen qui continuent de faire grimper les coûts.

« Chaque projet sera considéré comme prioritaire au niveau de l’UE, et la Commission aidera les États membres à leur accorder la même priorité au niveau national », précise le document.

La connexion française

Concrètement, cela signifie que Bruxelles se prépare à lancer une nouvelle offensive pour inciter les États de l’UE qui traînent les pieds sur les projets de câbles transfrontaliers, considérés depuis longtemps comme le chaînon manquant de l’intégration du réseau électrique de l’Union. Une initiative similaire avait été lancée il y a dix ans, mais les problèmes persistent.

Première cible : la France. Paris, forte de sa puissante industrie nucléaire, s’oppose depuis longtemps aux câbles transfrontaliers traversant les Pyrénées qui séparent la péninsule ibérique du continent européen et de son marché de l’électricité.

D’ici le premier trimestre 2026, Bruxelles souhaite voir une « déclaration politique commune » de la France et de l’Espagne pour lancer « au moins un » des deux câbles jugés essentiels pour le bloc — l’intégration du potentiel solaire et éolien abondant de la péninsule ibérique dans l’UE est considérée comme cruciale pour faire baisser les prix.

Éolien en mer

La deuxième grande priorité est de garantir le développement de l’éolien offshore dans les eaux territoriales de l’Union, parallèlement à la mise en place de nouvelles interconnexions transfrontalières.
Les parcs éoliens géants directement reliés à deux ou plusieurs pays devraient contribuer à faire baisser les prix.

Mais les questions relatives au partage des coûts et des responsabilités restent en suspens. C’est là qu’intervient Bornholm, l’île danoise de la mer Baltique qui est en passe de devenir une plaque tournante énergétique reliant les éoliennes offshore au Danemark et à l’Allemagne, la Pologne pouvant éventuellement s’y ajouter ultérieurement.

« La Commission continuera à soutenir le Danemark et l’Allemagne dans la conclusion d’un accord politique sur le partage des coûts […] ainsi que dans la finalisation de leur cadre règlementaire sur la responsabilité transfrontalière », indique le document.

Beaucoup considèrent Bornholm comme une première étape vers le déploiement de projets similaires dans l’ensemble de l’Union. Dan Jørgensen, commissaire à l’énergie — et Danois —, l’a un jour qualifié de « modèle pour le développement futur de l’énergie offshore dans l’UE ».

Lien méditerranéen

Chypre, qui sera bientôt le seul membre de l’UE à ne pas être connecté au réseau électrique commun de l’Union, est également dans le viseur de la Commission.

« Le projet d’interconnexion Great Sea entre la Grèce et Chypre comblera cette lacune », indique le document, répondant ainsi aux récentes préoccupations exprimées à Nicosie quant à la viabilité économique du projet pour cette île divisée.

Consciente de la « valeur stratégique » du câble, Bruxelles prévoit d’organiser une série d’« évènements et de discussions de haut niveau, et de s’engager davantage dans le traitement des aspects géopolitiques [sic] » pendant la présidence tournante de Chypre au Conseil de l’UE, qui débutera en janvier.

Mais il ne s’agit pas uniquement d’électricité. La nouvelle initiative politique semble également destinée à stimuler deux projets ambitieux de pipelines d’hydrogène longue distance, parallèlement à un projet d’infrastructure gazière en Europe de l’Est.