La police suédoise confirme l'existence d'un arbre généalogique des Roms

Les forces de l’ordre confirment détenir une liste illégale de plus de 4 000 Roms qui vivent en Suède.

EURACTIV.fr
Roma campsite in Norway. [Dnevnik, the EURACTIV partner in Bulgaria]
Roma campsite in Norway. [Dnevnik, the EURACTIV partner in Bulgaria]

Les forces de l’ordre confirment détenir une liste illégale de plus de 4 000 Roms qui vivent en Suède.

Le quotidien Dagens Nyheter  a révélé que la Suède "fichait" les Roms arrivés en Suède illégalement.

La base de données organisée par la police se présente sous forme d'un arbre généalogique, comprenant des informations sur les numéros de sécurité sociale et les adresses. Des flèches indiquent les liens familiaux entre les personnes répertoriées.

« C'est très inquiétant. Est-ce normal de faire un fichier comme les Allemands le faisaient sur les Juifs et les Roms, lorsque l'objectif était de les exterminer », s'est interrogé Erland Kaldaras, porte-parole de Roma Youth Association, à la télévision suédoise SVT

Bon nombre des personnes inscrites n'ont commis aucun crime et des milliers d'entre elles sont des enfants.

« C'est encore plus inquiétant quand vous voyez que cela concerne aussi des jeunes enfants qui peuvent à peine marcher et parler », indique M. Kaldaras. Il ajoute que la prochaine étape sera de déterminer le nombre d'officiers au courant de la base de données.  

Selon la police, cette base a été créée en 2009 lors d'une enquête spéciale sur des activités criminelles. Elle a été utilisée dans le sud du pays en 2011. Depuis lors, la police a ajouté des personnes « associées à des criminels » suspectés de se livrer à des activités illégales.

L'enregistrement de l’origine ethnique est illégal en Suède. La liste viole également la Convention européenne des droits de l'Homme, qui prévoit le droit au respect de la vie privée et familiale.

Violation de plusieurs lois

Le quotidien Dagens Nyheter s'est entretenu avec des avocats qui indiquent que la base de données va à l'encontre de plusieurs lois suédoises.

« Est-ce qu'un “nomade” est une nouvelle manière de dire rom ? Et si c'est le cas, [cela justifie-t-il] un enregistrement en raison de l'origine ethnique ? L'enregistrement d'une personne pour ce seul motif est illégal », précise Johan Hirschfeldt, un expert de la constitution suédoise.

Lars Försell, directeur de l'information des forces de police dans la région de Skåne (sud de la Suède), explique que la base de données est « complètement » contraire au droit suédois. « Nous pensons actuellement que quelqu'un a ajouté des détails qui n'auraient pas dû y être. C'est une tâche d'une grande ampleur, donc c'est assez surprenant », ajoute-t-il.

Dagens Nyheter affirme posséder une base de données créée fin mai 2012 et toujours utilisée par la police actuellement.

« Pourquoi la police enregistre-t-elle les Roms ? C'est raciste. C'est déconcertant que mes enfants en fassent partie », déplore Sandra Håkansson, dont toute la famille est présente sur le registre.