La politique commerciale de l’UE à contre-courant des objectifs de durabilité et de souveraineté alimentaire
L’UE devrait contrôler les prix des produits agricoles et abandonner son approche consistant à conclure des accords de libre-échange, tel que l’accord avec le Mercosur, a expliqué un représentant de l’organisation paysanne Via Campesina à Euractiv.
L’UE devrait contrôler les prix des produits agricoles et abandonner son approche consistant à conclure des accords de libre-échange (ALE), tel que l’accord en suspens avec le Mercosur, a expliqué un représentant de l’organisation paysanne Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) à Euractiv lors d’un entretien.
Le mouvement Via Campesina, fondé en 1993 pour permettre aux familles et aux petits agriculteurs du monde entier de s’organiser et de résister à la mondialisation, a inventé le terme de « souveraineté alimentaire ».
« L’ECVC propose de paralyser les négociations avec le Mercosur et de geler les accords de libre-échange existants », a indiqué à Euractiv Andoni Garcia Arriola, un agriculteur espagnol membre du comité de coordination de l’organisation.
L’accord avec les pays du Mercosur — Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay — a été mis en suspens en raison de la vague de manifestations d’agriculteurs qui a secoué l’UE, de la campagne pour les élections européennes et des nouvelles inquiétudes des États membres quant à l’impact de l’accord de libre-échange sur le secteur agricole.
Néanmoins, l’UE pourrait se préparer à approuver l’accord dans les mois à venir, a confié Rupert Schlegelmilch, principal négociateur européen sur l’accord, à des médias brésiliens en mai.
Une fois signé, l’accord devra être approuvé par le Parlement européen et par une majorité qualifiée d’États membres au sein du Conseil représentant au moins 65 % de la population de l’UE.
Ce scénario semble de plus en plus improbable, car l’extrême droite française, consolidée après les élections législatives de juillet, s’opposera à l’accord.
Andoni Garcia Arriola a souligné que les politiques de libre-échange contribuent au « remplacement » des produits agricoles locaux par des produits importés, ce qui « fait baisser les prix intérieurs », ajoutant que l’UE favorise « un modèle de production agricole orienté vers l’exportation ».
L’agriculteur, basé au Pays basque, a en outre souligné que la poursuite des politiques de libre-échange allait à l’encontre des objectifs du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) et de la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork), qui vise à rendre les systèmes alimentaires de l’UE plus durables.
« Il devrait y avoir un plus grand contrôle sur les importations et aussi sur les prix, avec des prix d’entrée minimums », a déclaré Andoni Garcia Arriola. « Il ne s’agit pas d’une mesure protectionniste, mais d’un moyen de recouvrer notre souveraineté alimentaire », insiste-t-il.
Un accord important ?
Le secteur agricole a manifesté son opposition aux nouveaux accords commerciaux lors des récentes manifestations qui ont secoué l’UE au début de l’année 2024.
Les agriculteurs craignent une libéralisation des importations dans le cadre de l’accord avec le Mercosur, ce qui entraînerait une avalanche de produits moins chers en provenance de puissances agricoles telles que l’Argentine et le Brésil sur le marché de l’UE.
Toutefois, selon les données de la Commission européenne, l’accord UE-Mercosur ne permettrait qu’à 99 000 tonnes de bœuf d’entrer dans l’UE avec un droit de douane préférentiel de 7,5 %, ce qui représente 1,2 % de la consommation annuelle de bœuf de l’Union.
En ce qui concerne la volaille, l’accord supprimerait les droits de douane sur 180 000 tonnes de viande entrant dans l’UE, ce qui représente environ 1,2 % de la consommation de l’Union.
Malgré ces chiffres modestes, Andoni Garcia Arriola insiste sur la nécessité de reprendre le contrôle de la production alimentaire de l’UE, ce qui devrait impliquer une réglementation plus stricte du marché et une augmentation du nombre de travailleurs agricoles.
« Nous devons également respecter la souveraineté alimentaire des pays tiers », a déclaré Andoni Garcia Arriola.
« Nous attendons de la politique agroalimentaire et de la politique commerciale de l’UE qu’elles impliquent davantage le marché unique et la production alimentaire locale dans un modèle d’agriculture durable », a-t-il ajouté.
Seul le Parti populaire européen (PPE) de centre droit avait explicitement inclus la conclusion de l’accord commercial avec le Mercosur dans son projet de liste de priorités pour la législature à venir (2024-2029).
[Édité par Anna Martino]