La politique migratoire de l’UE sur "la mauvaise pente"

La politique migratoire de l’UE ne capitalise pas sur le potentiel créatif apporté par la diversité culturelle. C’est le message délivré lors d’une conférence à Bruxelles par un spécialiste de l’urbanisme.

La politique migratoire de l’UE ne capitalise pas sur le potentiel créatif apporté par la diversité culturelle. C’est le message délivré lors d’une conférence à Bruxelles par un spécialiste de l’urbanisme.

Le système européen de carte bleue tend à considèrer les gens comme des « entités économiques ». S’exprimant lors d’un débat organisé dans le cadre de l’année européenne de l’innovation et de la créativité, Phil Wood, expert du Conseil de l’Europe sur les villes interculturelles a critiqué ce qu’il appelle les « villes neo-libérales ». Celles-ci attirent, selon lui, une varieté de groupes ethniques et sociaux qui n’intéragissent pas toujours.

Il a indiqué que les villes qui comportent des espaces créatifs et savent reconnaître les différences peuvent aider au développement d’un environnement dynamique.  

Phil Wood, également auteur de l’ouvrage La ville interculturelle  : Un programme pour mettre en valeur la diversité, a indiqué que l’attitude de l’Europe par rapport aux migrations devenait de plus en plus utilitaire.

« Nous jugeons aujourd’hui les migrants en fonction de leur utilité ou de leur inutilité. Nous avons transformé les migrants en entités économiques. Il n’y a pas d’idéologie – la politique migratoire est définie par le marché – mais nous savons aujourd’hui que le marché est faillible », a-t-il ajouté.

A la question  : la proposition de carte bleue européenne va-t-elle être une étape positive dans cette politique, M. Wood a répondu qu’il était « préoccupé » par ce système. « Pourquoi les personnes dotées d’un diplôme d’ingénieur sont-elles plus valables que les autres ?», a-t-il demandé.

M. Wood a averti qu’un retour de bâton de la part des groupes socio-professionnels moins élevés risquait de se produire si les hommes politiques échouaient à faire preuve de leadership sur les dossiers migratoires. « Si les dirigeants politiques se détournent des tensions politiques qui peuvent apparaître dans les villes multiculturelles, les extrémistes vont exploiter ces différences à leur propres fins », a-t-il déclaré. 

La diversité est une aubaine pour l’innovation, selon M. Wood. Il a d’ailleurs souligné au cours de cette réunion la tendance croissante des société créatives à construire des équipes constituées de groupes détenant des passés très diverses.

La créativité concerne autre chose que l’art

Egalement présent lors du débat, le commissaire européen à l’Education, Maros Sefcovic, a indiqué que la rencontre de différentes cultures suscitait la créativité. Et de citer la Silicon Valley en exemple comme une initiative qui n’aurait pu exister sans la diversité culturelle.

« Les sociétés étroites et uniformes ont historiquement produit moins d’échanges. L’ouverture est bonne pour la créativité et l’innovation. Mais ce n’est pas uniquement lié à l’art, cela s’applique aussi à l’innovation scientifique et technologique. La Commission veut élargir la créativité afin qu’elle ne soit pas perçue comme un produit issu de l’art », a-t-il déclaré.

Un point de vue contesté par la secrétaire général de la Plateforme pour l’Europe interculturelle, Sabine Frank, selon laquelle les projets liés à la créativité étaient de plus en plus associés à la croissance économique.