La présidence danoise assombrit les espoirs d’adhésion à l’UE de la Serbie

Le représentant permanent danois à l’UE a déclaré aujourd’hui (23 novembre) que les négociations pour l’adhésion de la Serbie à l’UE n’auraient probablement pas lieu sous la présidence danoise, malgré les grands espoirs de Belgrade suite à l’arrestation de plusieurs criminels de guerre.

/ EURACTIV.fr
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Le représentant permanent danois à l’UE a déclaré aujourd’hui (23 novembre) que les négociations pour l’adhésion de la Serbie à l’UE n’auraient probablement pas lieu sous la présidence danoise, malgré les grands espoirs de Belgrade suite à l’arrestation de plusieurs criminels de guerre.

Ce diplomate, Jeppe Tranholm-Mikkelsen, n'a pas mentionné la Serbie lors des discussions portant sur les priorités en matière d'élargissement, lors d'un évènement en amont de la présidence danoise, organisée au European Policy Centre.

Concernant la Turquie, il a affirmé que les négociations étaient « quelque peu limitées », étant donné qu'aucun nouveau chapitre n'a été ouvert depuis plus d'un an en raison du conflit actuel qui l'oppose à Chypre.

Depuis le début des négociations d'adhésion entre l'UE et la Turquie en octobre 2005, 13 chapitres sur 35 ont été ouverts, et un seul a été provisoirement clôturé (voir tableau).

« Nous pourrons insister  pour que ça avance, mais je ne peux pas promettre de progrès majeurs », a-t-il expliqué.

A propos de l'Islande, il a déclaré qu'il s'attendait à ce que la plupart des chapitres soient entamés d'ici la fin de la présidence danoise. Le Danemark exercera la présidence tournante de l'UE pour six mois à partir du 1er janvier.

Concernant le Monténégro, le diplomate a affirmé que la décision d'entamer les négociations dépendrait du Conseil Affaires générales et du sommet de l'UE du 9 décembre.

M. Tranholm-Mikkelsen a affirmé que la question de la Macédoine était complexe en raison du conflit sur le nom du pays. Cette mésentente entre Skopje et Athènes était déjà un obstacle à l'ouverture des négociations, bien avant que la Macédoine n'obtienne le statut de candidat en 2005 (voir « Contexte »).

Lorsqu'il lui a été demandé pourquoi il avait omis la Serbie, il a répondu : « Je n'ai pas mentionné la Serbie, car je ne prévois pas de négociations avec ce pays sous la présidence danoise. Nous sommes cependant bien conscients du fait que la question du statut de candidat est au programme et nous verrons quelle tournure prendront les évènements. Je pense juste que les négociations d'adhésion ne débuteront pas sous la présidence danoise. »

Ces remarques ont sans doute suscité un sentiment de déception à Belgrade. Suite à l'arrestation du criminel de guerre Ratko Mladi? par les autorités serbes en mai, le commissaire à l'élargissement, Štefan Füle, avait émis l'espoir que la Serbie devienne candidate à l'UE avant la fin de l'année. Toutefois, à l'heure actuelle, l'Allemagne en particulier met en rapport cette étape avec la normalisation des relations du pays avec le Kosovo.

Enjeux du sommet de l'UE

Hier, Belgrade et Pristina ne sont pas parvenues à sortir de l'impasse sur la gestion de leurs frontières lors des négociations supervisées par l'UE à Bruxelles. En l'absence de progrès significatifs dans les jours à venir, Belgrade risque que les gouvernements de l'UE refusent de lui accorder le statut de candidat à l'adhésion lors du sommet du 9 décembre.

Les négociations entre Belgrade et Pristina avaient été interrompues plus tôt cette année en raison d'un conflit concernant la frontière séparant la Serbie de la partie nord du Kosovo, principalement peuplée par la minorité serbe.

Les tensions se sont intensifiées en juillet lorsque la police kosovare a tenté de prendre le contrôle de deux postes frontière dans le nord du pays tombé dans l'anarchie.

Les Serbes du nord du Kosovo ont depuis lors dressé des barricades pour éviter l'installation dans cette zone des institutions kosovares dominées par l'ethnie albanaise, ce qui met en péril les actions de l'Occident pour renverser la partition ethnique de facto qui règne dans le pays.  Les efforts de l'OTAN pour éliminer ces barricades ont échoué.

Les diplomates affirment cependant que les gouvernements de l'UE pourraient exiger qu'elles soient enlevées pour que Belgrade puisse obtenir le statut de candidat. Une autre série de négociations est prévue pour la semaine prochaine.

En théorie, la Serbie devait se voir attribuer ce statut lors du sommet de décembre et aurait pu entamer les négociations d'adhésion au cours du premier semestre de 2012 à condition que tous les Etats membres donnent leur accord.

L'Islande n'est pas passée par l'étape du statut de pays candidat. Elle a reçu un avis favorable de la Commission quant à sa demande d'adhésion en février, une étape normalement suivie de l'attribution du statut de candidat, et a entamé les négociations en juillet de la même année.

Elections

Selon BETA, l'agence partenaire d'EURACTIV en Serbie, les autorités de Belgrade ont reçu un message clair de Bruxelles et de Bonn, expliquant que la candidature de la Serbie à l'UE était étroitement liée à la position de la Serbie quant à la question des institutions parallèles au nord du Kosovo. Si Belgrade campe sur ses positions en affirmant qu'il s'agit d'institutions serbes connectées à Belgrade, l'Allemagne pourrait bien ne pas accepter la candidature de la Serbie en décembre.

L'UE est une priorité pour la Serbie, mais le président serbe, Boris Tadi?, et son Parti démocrate ne semblent pas prêts à accepter de changer d'avis concernant le Kosovo pour le moment, alors que des élections sont prévues au printemps 2012, explique BETA.

Des membres du Parti démocrate auraient expliqué que la stratégie d'un pays ne pouvait pas changer sans arrêt et que ces « changements soudains » qui ne sont pas soutenus par la majorité de la population ne seraient « ni recommandés, ni possibles ».

Les Serbes du Kosovo veulent l'indépendance et la citoyenneté russe

Dans le même temps, les autorités serbes ont confirmé que les Serbes ethniques au nord du Kosovo, mécontents de la manière dont Belgrade défend leurs intérêts, avaient demandé leur indépendance de ce qu'ils considèrent comme leur partie de la province.

Oliver Ivanovic, le secrétaire d'Etat au ministère serbe pour le Kosovo, aurait déclaré qu'il n'excluait pas cette possibilité, ajoutant toutefois qu'il ne s'agissait pas d'une bonne idée.

Les Serbes du Kosovo envisageraient en outre de demander la citoyenneté russe. Le ministère russe des affaires étrangères a confirmé que des milliers de demandes avaient été reçues.

L'ambassadeur de la Russie auprès de l'OTAN, Dmitri Rogozin, a récemment argué que la Russie devrait porter la plus grande attention aux 20 000 Serbes du Kosovo qui auraient récemment demandé la citoyenneté russe.