La pression monte sur l'UE avant un rendez-vous décisif fin octobre
La lutte contre le changement climatique permettrait de créer de la croissance et de l'emploi, selon un rapport publié le 16 septembre par la Commission mondiale sur l’économie et le climat. La pression monte sur l'UE avant le sommet du 23 octobre.
La lutte contre le changement climatique permettrait de créer de la croissance et de l’emploi, selon un rapport publié le 16 septembre par la Commission mondiale sur l’économie et le climat. La pression monte sur l’UE avant le sommet du 23 octobre.
Le front de lutte contre le changement climatique se met en ordre de bataille. Le Conseil européen doit mette en musique ses recommandations pour la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui se tiendra en 2015 à Paris. L’objectif de la Conférence est de mettre en place un accord universel et contraignant qui s’imposerait à tous les États du monde pour lutter contre le changement climatique.
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Un tel accord serait le premier du genre depuis 20 ans. Selon la Commission mondiale sur l’économie et le climat, les 15 prochaines années devraient être cruciales pour l’avenir du système climatique mondial.
Sans une action plus appuyée dans la lutte contre le changement climatique, il est presque certain que le réchauffement mondial excèdera la barre des 2 °C, soit le niveau que la communauté internationale s’est engagée à ne pas dépasser, expliquent les auteurs du rapport. Le changement climatique représenterait une menace grave pour la prospérité de nos sociétés sur le long terme, estime, Sir Nicholas Stern, coprésident de l’organisation.
Les dirigeants européens éprouvent actuellement de grandes difficultés à relancer la faible croissance du continent et à réduire le taux particulièrement élevé du chômage. En outre, lors du sommet européen du 23 et 24 octobre prochains, les chefs d’États et de gouvernement devraient trouver un accord sur le cadre pour l’énergie et le climat à l’horizon 2030.
Le coprésident de la Commission mondiale et ancien président mexicain, Felipe Calderón, juge que « le message envoyé aux dirigeants est clair. Nous ne devons pas choisir entre la croissance de l’économie et le climat. Nous pouvons avoir les deux ».
L’étude affirme ainsi qu’il est possible, grâce à l’innovation technologique et des investissements dans de nouvelles infrastructures, de renforcer la création d’emplois, d’assurer une croissance durable, tout en rejetant moins de gaz carbonique et ainsi combattre efficacement le changement climatique.
La commissaire à l’action pour le climat, Connie Hedegaard et le président du Parlement européen, Martin Schulz, abondent dans le sens des conclusions de l’étude, et font pression sur les dirigeants nationaux pour qu’ils formulent des propositions le mois prochain.
Martin Schulz a ainsi déclaré que « les législateurs seraient tentés de sacrifier les politiques environnementales sur l’autel de la croissance économique. Ce serait une erreur que nous ne pouvons pas laisser commettre ».
L’exécutif européen a proposé en juillet dernier de diminuer de 30 % la consommation en énergie en améliorant l’efficacité énergétique d’ici 2030. Les États membres auront à prendre une décision d’importance en octobre prochain.
Que faire ?
D’ici 2030, près de 69 000 milliards d’euros seront investis dans des infrastructures pour soutenir la production énergétique, les villes et l’agriculture. L’UE investira à elle seule près de 12 350 milliards d’euros.
Investir cet argent dans des infrastructures à faible émission de carbone, dans l’efficacité énergétique et dans des entreprises vertes, ainsi que dans des innovations technologiques, génèrerait une forte croissance, affirme l’étude.
Le document, intitulé « Better Growth, Better Climate » (littéralement « Une meilleure croissance pour un meilleur climat », formule des recommandations sur l’énergie, le climat, les politiques urbaines et les politiques d’exploitation des terres agricoles (voir ci-dessous).
Selon les auteurs du rapport, suivre les recommandations en matière d’investissements et de politique pourrait permettre d’atteindre 50 % de l’objectif en matière de réduction d’émission de gaz à effet de serre fixée à l’horizon 2030, et permettrait de diminuer les risques liés au changement climatique.
Ce résultat pourrait atteindre même 90 % de l’objectif si une « mise en œuvre énergique et de grande ampleur » est lancée au niveau mondial.
Seul un accord international pourrait permettre d’atteindre un tel niveau, affirme l’étude.
Les pays développés pourraient montrer la voie grâce à une réduction drastique de leurs émissions et par l’apport de leur soutien technologique et financier aux pays en voie de développement. Ces derniers États représentent en effet déjà deux tiers des gaz à effet de serre rejetés chaque année et devront en conséquence contribuer à leur diminution.
Grâce au prix du solaire et de l’énergie éolienne en très forte baisse, la moitié de l’énergie produite sur les 15 prochaines années devrait être renouvelable, et permettrait de réduire la dépendance au charbon, peut-on lire dans le rapport.
Il est, même si de nombreux emplois seront créés et certains marchés renoueront avec les profits, d’autres seront détruits, en particulier dans les secteurs à forte émission de carbone.
Tout retard dans la réduction des émissions aura pour conséquence de rendre progressivement plus coûteuse la transition vers une économie à faible émission, affirme l’étude.
Si les États membres arrêtaient leur décision maintenant, et ce, à tous les niveaux de développement, ceci pourrait poser les jalons de la relance économique et réduirait ainsi les « immenses risques » liés au changement climatique, peut-on lire.
La Commission mondiale sur l’économie et le climat est constituée de 24 représentants issus des gouvernements, des milieux des affaires, financiers et économiques en provenance de 19 pays différents. L’étude, qui a été menée pendant une année, a été présentée à New York le 16 septembre dernier, soit une semaine avant le sommet sur le climat de l’ONU, qui se tiendra le 23 septembre prochain.
Résultats et recommandations de l’étude
- conclure un accord international fort, durable et équitable
- Introduire des prix du carbone prévisible et stable
- supprimer dès maintenant et progressivement les centrales à charbon à forte intensité dans les économies développées et les pays à revenu moyen d’ici 2025.
- réduire les coûts d’exploitation des infrastructures à faible émission de carbone et mettre en place de nouveaux instruments financiers pour réduire les coûts d’exploitation des infrastructure d’énergie propre de près de 20 %.
- réduire progressivement les subventions – qui s’élèvent à 600 milliards de dollars (463 milliards d’euros) aux énergies fossiles, et les augmentées pour les énergies renouvelable qui sont à seulement 100 milliards d’euros, afin d’améliorer l’efficacité énergétique et de mettre à disposition des fonds en vue de réduire la pauvreté plus efficacement.
- tripler l’investissement dans la recherche et le développement pour développer les technologies à faible émission de carbone pour atteindre 0,1 % du PIB, afin de créer une nouvelle vague d’innovation et de croissance.
- créer des villes plus compactes et mieux connectées structurées sur des transports publics de grande envergure afin d’économiser près de 3 000 milliards de dollars (2,3 milliards d’euros) sur les 15 prochaines années. Ceci permettrait de meilleures performances économiques et de meilleures conditions de vie tout en rejetant moins de gaz à effet de serre.
- réhabiliter 12 % des terres dégradées au niveau mondial pour nourrir environ 200 millions de personnes supplémentaires et augmenter les revenus des fermiers de 40 milliards de dollars (30 milliards d’euros) chaque année – tout en diminuant les émissions provoquées par la déforestation.
- arrêter la déforestation des forêts naturelles d’ici 2030 et augmenter les fonds internationaux destinés à la protection des forêts à 5 milliards et les conditionnés à l’efficacité des programmes.