La prudence de Mario Draghi plonge la zone euro dans l’angoisse

Le président de la Banque centrale européenne renvoie la balle aux États, qui doivent d’abord s’accorder sur l’intervention du fonds de sauvetage.

EURACTIV.fr
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Le président de la Banque centrale européenne renvoie la balle aux États, qui doivent d’abord s’accorder sur l’intervention du fonds de sauvetage.

Son discours de Londres, le 26 juillet, les avait galvanisés. Son allocution à Francfort, le 2 août, a douché leurs attentes. Les marchés, qui misaient sur des annonces claires et fortes du président de la Banque centrale européenne pour consolider la zone euro, n’y ont pas trouvé leurs comptes.

20 minutes après le début de la conférence de presse de Mario Draghi, le Cac 40 refluait de 3374 à 3249 points. En milieu d’après-midi, les taux d’intérêt espagnols à 10 ans franchissaient de nouveau le seuil critique de 7%.

Pas de calendrier

Mario Draghi a beau répéter urbi et orbi que l’euro est irréversible, les « orientations » données ne suffisent pas à rassurer. « Aucune action concrète de la BCE, juste de vagues déclarations d’intention »,  a immédiatement rétorqué le prix Nobel d’économie Paul Krugman sur son blog.

La BCE était attendue sur les rachats de dette sur le marché secondaire, afin de détendre les taux d’intérêt espagnols. Elle « pourrait entreprendre des opérations sur le marché obligataire d’une taille adéquate pour atteindre son objectif », a esquissé Mario Draghi, se refusant à donner un calendrier ou une estimation des montants en jeu.

Le bras de fer est toujours aussi raide avec l’Allemagne. Le gouverneur de la Bundesbank, Jens Weidmann, est le seul à ne pas avoir apporté son soutien à la position qui se dessine en direction du rachat de titres souverains. Aucune décision n’a été prise, a averti Mario Draghi, renvoyant  aux comités techniques de la BCE le soin de « travailler sur l’ensemble de ces orientations ».

Intervention prérequise du fonds de sauvetage

L’Italien se refuse surtout à brûler les étapes. L’intervention du fonds européen de stabilité (FESF) ou du mécanisme permanent (MES) reste la condition sine qua non à toute action de la BCE. « Les gouvernements doivent être prêts à activer le MES/FESF sur le marché obligataire en cas de circonstances exceptionnelles », a-t-il insisté. « Si un État membre devait faire une demande d’assistance financière dans ce cadre, réagit le ministre de l’Économie Pierre Moscovici, dans un communiqué, celle-ci « devra être traitée rapidement ».

Or, Madrid n’a jusqu’alors pas voulu solliciter l’intervention du FESF sur le marché de la dette ibérique. Une telle démarche déclencherait de fait l’immixtion de la Troïka dans les affaires politiques du pays, conformément au traité sur lequel s’appuie le fonds de sauvetage.

Fin juillet, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble avait d’ailleurs fermé la porte à l’achat de titres espagnols par le FESF. Des spéculations « totalement infondées », selon lui. D’autres pays y sont réticents, à l’instar de la Finlande, qui refuse d’actionner le FESF sur le marché secondaire sans garanties fournies par Madrid.

« La question qui se pose est de savoir ce qui peut être fait dans violer les règles européennes et sans déclencher l’ire de la Bundesbank », observe Alexandra Estiot, économiste à BNP Paribas. Pour être efficace, l’expérience de la Fed et de la Banque d’Angleterre montre que « le montant acheté doit être important et prolongé ». Or, l’institution de Francfort a jusqu’ici eu un usage très ponctuel des actions de rachat. Depuis mai 2010, la BCE a engrangé 210 milliards d’euros de dette grecque, italienne, espagnole et irlandaise.

Rétropédalage ?

Ce programme devra être « complètement repensé », poursuit-elle. Interrogé, Mario Draghi ne s’est pas avancé  : « Nous ne savons pas » si les opérations seront illimitées, a-t-il déclaré. Plus la BCE ira dans ce sens, et plus la conditionnalité demandée en retour aux États sera forte (réformes structurelles, apurement des comptes publics, etc.)

Faut-il donc conclure à un rétropédalage par rapport aux ambitions affichées à Londres ? Mes propos ont été mal interprétés par les médias, se défend l’Italien.  

A l’issue de sa conférence de presse, une chose apparaît cependant : « Après les paroles de Draghi, l’Espagne est condamnée à solliciter un sauvetage du FESF. Ce n’est qu’une question de semaines sinon de jours », estime le groupe des «économistes face à la crise», pendant espagnol du collectif français des « économistes atterrés ».