La question kurde assombrit les élections en Turquie
La Cour suprême de Turquie a décidé d'exclure 12 candidats, dont sept Kurdes, y compris la gagnante du prix Sakharov, Leyla Zana, des élections générales de juin. Cette décision a suscité de violentes protestations et a mené le principal parti politique kurde à menacer de boycotter le scrutin. La Commission européenne a déploré la régression de la démocratie dans le pays.
La Cour suprême de Turquie a décidé d'exclure 12 candidats, dont sept Kurdes, y compris la gagnante du prix Sakharov, Leyla Zana, des élections générales de juin. Cette décision a suscité de violentes protestations et a mené le principal parti politique kurde à menacer de boycotter le scrutin. La Commission européenne a déploré la régression de la démocratie dans le pays.
La décision des autorités d'exclure les candidats soutenus par le Parti kurde pour la paix et la démocratie (BDP) des élections nationales du 12 juin a entraîné des manifestations dans le pays et des affrontements ont eu lieu hier (19 avril) entre des Kurdes et la police.
Parmi les douze personnes exclues se retrouve Leyla Zana, une femme politique kurde qui fut emprisonnée pendant 10 ans pour avoir parlé sa langue maternelle au parlement turc. Elle a été nominée pour le Prix Nobel de la Paix en 1995 et a reçu le prix Sakharov en 1995. Elle n'a d'ailleurs pu recevoir ce prix qu'après sa libération en 2004.
Des reportages télévisés ont montré la violence qui fait rage dans la ville kurde de Van, à l'est du pays. Des témoins ont affirmé que la police avait utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser des centaines de manifestants dans la ville de Diyarbakir au sud-est. Des centaines de Kurdes ont également manifesté à Istanbul.
Le collège électoral suprême a déclaré avoir annulé la candidature de 12 candidats car ils avaient déjà été condamnés, principalement pour activisme politique.
M. Erdo?an: « Les candidats exclus représentent la junte »
Le premier ministre Recep Tayyip Erdo?an s'en est pris à trois partis politiques (le Parti républicain du peuple (CHP), le Parti d'action nationaliste (MHP) et le Parti kurde pour la paix et la démocratie (BDP) pour avoir nommé des candidats qui, selon lui, représentaient une junte favorable à un coup d'Etat et non la nation.
Le gouvernement AKP, qui a des origines islamistes, accuserait souvent l'opposition de conspiration et de tentative de coup d'Etat militaire. De nombreux fonctionnaires et journalistes ont été jetés en prison, souvent sans avoir eu droit à un procès, suite à l'affaire Ergenekon et Sledgehammer.
Kemal K?l?çdaro?lu, leader du principal parti d'opposition, le CHP, a demandé une session d'urgence du parlement turc. Il a également à nouveau demandé quele seuil de 10 % des votes qui permet aux partis de gagner des sièges au parlement soit abaissé.
Les personnalités politiques exclues se présentaient en tant que candidats indépendants afin de contourner le seuil électoral de 10 %. Le BDP avait prévu de présenter ses 61 candidats en tant qu'indépendants pour passer outre ce seuil.
La décision d'exclure ces douze candidats est définitive, a déclaré le premier président de la Cour suprême, Hasan Gerçeker, cité dans la presse du pays.
M. Gerçeker a ajouté qu'il serait juridiquement impossible que de nouveaux candidats se présentent pour remplacer les 12 exclus car ils se présentaient en tant que candidats indépendants.
Selon un rapport de l'OSCE, le seuil national de 10 % dans le système électoral turc élimine pratiquement toutes les chances qu'un parti régional ou minoritaire intègre la Grande assemblée nationale turque et dénature l'optique d'un système proportionné.
Un boycott du BDP augmenterait les probabilités que le parti au pouvoir, dirigé par M. Erdo?an, gagne une majorité des deux tiers au parlement lors des élections, ce qui lui permettrait de faire passer des lois, y compris des amendements constitutionnels, sans opposition, a expliqué Inan Demir, économiste en chef à la Finansbank AS à Istanbul, cité par Bloomberg.
La Commission européenne s'est dite « très inquiète » quant à la décision des autorités d'empêcher certains candidats du BDP de se présenter aux élections générales.
« Dans tous les cas, il semblerait qu'après certaines premières actions, l'ouverture démocratique lancée par le gouvernement fin 2009 soit au point mort. Il est d'une importance capitale que le nouveau gouvernement insuffle un nouvel élan à ce processus après les élections », a affirmé à EURACTIV Natasha Butler, la porte-parole du commissaire à l'élargissement, Štefan Füle.
« Le sud-est de la Turquie a besoin de paix, de démocratie et de stabilité, ainsi que d'un développement économique, social et culturel. La Commission continue d’insister sur le fait que la question kurde doit être gérée via le dialogue et dans le cadre des institutions démocratiques de la Turquie après des décennies de violence. Le succès de cette initiative requiert la participation et le soutien de tous les partis politiques et de tous les segments de la société », a ajouté Mme Butler.