La rigueur divise les eurodéputés français
Malgré la culture de compromis du Parlement européen, les eurodéputés français ont une vision contrastée de la sortie de crise, comme quelques uns en ont témoigné à la Maison de l’Europe, mercredi 9 juin.
Malgré la culture de compromis du Parlement européen, les eurodéputés français ont une vision contrastée de la sortie de crise, comme quelques uns en ont témoigné à la Maison de l’Europe, mercredi 9 juin.
La première année de leur mandat au Parlement européen aura été marquée par la crise mais les élus européens n’ont pas eu voix au chapitre, déplore Patrick Le Hyaric (Front de Gauche-GUE).
A la veille du Conseil européen de printemps, les eurodéputés français expriment leurs divergences sur les questions financières et budgétaires, à l’image de Liêm Hoang-Ngoc (PS-S&D), pour qui les politiques de rigueur en cours sont très malvenues.
L’eurodéputé socialiste estime que son rapport d’initiative sur « la viabilité de long terme des finances publiques dans un contexte de relance économique » a d’ailleurs été travesti en un « manifeste néolibéral à la gloire des politiques d’austérité », à la suite des amendements des groupes PPE et ADLE. Si bien qu’il a retiré son nom du rapport, adopté par le Parlement.
L’adoption prématurée de « politiques de sorties » et le front d’austérité mené par les États membres constitue, selon lui, un « grand pas en arrière », à même de retourner la croissance, « a fortiori si des mesures restrictives [viennent] la tuer dans l’œuf ». Il appelle à prendre en compte les déficits structurels (comme dans la constitution allemande) « plutôt que de se focaliser sur le déficit courant ». Face à un taux d’utilisation des capacités de production toujours perturbé, il estime la relance encore nécessaire et souhaite voir entériné « le principe de politiques budgétaires anticycliques ».
L’eurodéputée (UMP-PPE) Constance Le Grip a une lecture très différente de la crise et veut favoriser l’assainissement et la bonne tenues des finances publiques à la « profondeur abyssale». Elle salue les décisions « tout à fait raisonnables » prises par les dirigeants de la zone euro en mai et les mécanismes de surveillance budgétaire renforcés, tout en rappelant que si la solidarité européenne est un « principe fondateur » de l’UE, celle-ci engage également la responsabilité des États membres.
Une responsabilité également soulignée par Robert Rochefort (MoDem – ADLE), qui rappelle que les États se sont eux-mêmes « mis pieds et poings liés dans la main des marchés ». Economiste de formation comme Liêm Hoang-Ngoc, il s’est opposé fortement au rapport de ce dernier lors de sa négociation et s’interdit de relativiser le montant de la dette dont « le niveau dépasse le rouge ».
De nouvelles sources de financement?
Néanmoins, Robert Rochefort souhaite que « l’Europe ait des capacités d’emprunt d’infrastructures », créant de l’activité, et défend des sociétés de service. Ce qui soulève naturellement la question des financements.
Le vice-président du MoDem rejoint sur ce point Liêm Hoang-Ngoc pour saluer l’achat d’obligations d’État par la BCE. « C’est quelque chose d’historiquement courageux », juge-t-il. L’eurodéputé centriste estime que l’UE n’est d’ailleurs aujourd’hui « pas assez outillée avec la BCE pour seule institution fédérale ».
Liêm Hoang-Ngoc s’inquiète à ce propos de voir arriver à la tête de la BCE Axel Weber, par rapport à qui « Trichet est un vrai keynésien ». L’eurodéputé socialiste appelle aussi à évaluer l’efficacité de la dépense fiscale, « et en particulier de certaines baisses d’impôts, qui ne sont pas étrangères à la baisse des recettes fiscales ». Il rappelle par la même occasion que le budget communautaire peut se nourrir de l’emprunt ou potentiellement de l’impôt européen…