La Russie devrait construire le gazoduc South Stream en visant une « capacité maximale »

  Le président russe, Dimitri Medvedev, a enjoint le dirigeant de Gazprom, Alexeï Miller, à entamer la construction du gazoduc South Stream en misant sur une exploitation maximale. Cette initiative vient contrer les mesures de l’Ukraine pour « siphonner » le gaz russe qui passe par son territoire.

EURACTIV.com
Dmitry_Medvedev_04.jpg
Dmitry_Medvedev_04.jpg

 
Le président russe, Dimitri Medvedev, a enjoint le dirigeant de Gazprom, Alexeï Miller, à entamer la construction du gazoduc South Stream en misant sur une exploitation maximale. Cette initiative vient contrer les mesures de l’Ukraine pour « siphonner » le gaz russe qui passe par son territoire.

M. Medvedev a reçu M. Miller au Kremlin et lui a demandé de faire état de la situation suite à la vague de froid de février lors de laquelle la demande en gaz a grimpé en flèche en Russie, en Ukraine et dans les pays occidentaux.

« Certains jours, jusqu'à 40 millions de mètres cubes de gaz sont restés sur le territoire ukrainien et cela a certainement entaché la réputation de Gazprom et mis à mal ses finances. Dans le même temps, dans ce genre de situation, il n'est pas possible de contrôler efficacement les actes de Naftogaz [l’entreprise qui a le monopole du gaz en Ukraine] », a répondu M. Miller.

« Est-ce que j'ai bien compris ? Ils siphonnent donc le gaz ? », a demandé M. Medvedev, selon la retranscription de cette discussion publiée sur le site Internet du Kremlin. Tentant apparemment d'impressionner ses homologues étrangers, le premier ministre, Vladimir Poutine, a également publié à dessein la retranscription des instructions qu'il a récemment données à M. Miller.

Officiellement, Gazprom est une entreprise privée dont le gouvernement possède des participations de contrôle. Gazprom a le monopole sur les exportations de gaz. Le 5 février dernier, M. Poutine, qui se présente aux élections présidentielles du 4 mars, a mis en avant le pouvoir à nouveau exercé par l'Etat sur Gazprom comme l'une des victoires de son mandat au pouvoir.

« Nos partenaires ukrainiens ont pris autant de gaz des gazoducs pour l'exportation qu'ils le souhaitaient », a déclaré M. Miller à M. Medvedev. Il a ajouté que lors de la récente vague de froid, l'Ukraine pompait du gaz au rythme annuel de plus de 60 milliards de mètres cubes (mmc).

M. Medvedev a affirmé que la Russie disposait de diverses options pour la construction de South Stream : « Nous pouvons lui conférer une plus grande capacité ou nous arrêter à un certain point. » Mais selon le rapport de M. Miller, il a demandé que South Stream soit construit pour pouvoir être exploité à sa capacité maximale de 63 mmc.

« Nous lancerons la construction en décembre. Toutes les instructions nécessaires pour la conception d'un gazoduc d'une capacité de 63 milliards de mètres cubes seront transmises sans tarder », a répondu M. Miller.

L'Ukraine se défend

Dans le même temps, la mission ukrainienne auprès de l'UE a fait circuler un communiqué, affirmant que la société nationale par actions Naftogaz Ukraine n'avait pas détourné un seul mètre cube de gaz naturel transitant par son territoire depuis le début de l'année 2012.

En février, Naftogaz a informé Gazprom quant à la possibilité des volumes de gaz supplémentaires à destination des consommateurs européens via l'extraction de gaz des réserves ukrainiennes, peut-on lire dans ce communiqué.

« Si les Russes nous l'avaient demandé, nous aurions aidé les consommateurs européens face à une diminution brutale de l'approvisionnement en gaz, comme nous l'avons fait pour la Turquie », aurait affirmé le vice-président du Conseil d'administration de Naftogaz, Vadim Chouproun.

Ces déclarations contradictoires évoquent les querelles entre Moscou et Kiev lors de la crise du gaz en 2009, qui avait laissé une grande partie de l'Europe dans le froid en raison d'un conflit sur les prix.