La solidarité ne peut pas renflouer les caisses de Kiev
Également dans l'édition de mardi : CFP, Mario Draghi, Ignalina
Vous lisez Rapporteur ce mardi 25 août. Ici Nicoletta Ionta à Kiev, avec Eddy Wax à Bruxelles.
À retenir :
🟢 Les dirigeants européens se sont réunis à Kiev dans un contexte de crise de financement
🟢 Costa entame une tournée pour faciliter la conclusion du budget de l’UE
🟢 Le nouveau think tank de Draghi néglige l’Europe de l’Est
L’Europe, vue de Bruxelles
Huit dirigeants européens se sont réunis lundi sur la place Sainte-Sophie à Kiev à l’occasion de la cérémonie marquant la fête de l’indépendance de l’Ukraine. Dans une ville qui a subi des attaques russes répétées tout au long de l’été, leur présence a envoyé un signal politique et a redonné du moral aux habitants.
Kiev peut paraître d’une banalité trompeuse. En cette chaude journée d’août, les rues étaient bondées, la ville tentant de profiter jusqu’au bout des derniers rayons de soleil de l’été.
La Russie semblant hésiter à frapper les dirigeants en visite, un habitant a déclaré que leur présence depuis le week-end a permis à Kiev de dormir tranquille pendant deux nuits. Mis à part quelques sirènes d’alerte aérienne occasionnelles, la ville a en grande partie pu profiter de ce répit. Une alerte a contraint la presse qui accompagnait la délégation à se réfugier dans un abri aux côtés de personnalités telles qu’António Costa, Luc Frieden et Alexander Stubb.
Mais alors que les dirigeants se réunissaient dans le centre de Kiev, la Russie frappait ailleurs. Un immeuble d’habitation à Tchernihiv a été touché, blessant 14 personnes, dont des enfants.
Selon Volodymyr Zelenskyy, l’Ukraine a désormais besoin avant tout de deux choses : des intercepteurs de défense aérienne et de l’argent.
Kiev a besoin de ces fonds rapidement. Zelenskyy a déclaré que l’Ukraine fait face à un déficit de 23,5 milliards d’euros en plus du financement de l’UE qu’elle doit déjà recevoir, et a exhorté Bruxelles à avancer le versement de la prochaine tranche de son prêt de 90 milliards d’euros. La Commission a débloqué 6,1 milliards d’euros lundi.
Costa a indiqué avoir pris note de la demande de Zelenskyy visant à accélérer le versement de la deuxième tranche.
Alors que les besoins de financement de l’Ukraine ne cessent de croître, l’attention se tourne à nouveau vers les quelque 200 milliards d’euros d’actifs souverains russes gelés détenus en Europe, dont la plupart se trouvent chez Euroclear, basé en Belgique. Certains pays ont soulevé la question lors de la réunion de lundi de la Coalition des volontaires.
Maria Malmer Stenergard, ministre suédoise des Affaires étrangères, a déclaré qu’elle compte remettre cette question sur la table à l’approche de 2027. « Je suis assez frustrée de constater que le soutien bilatéral [à l’Ukraine] est plus ou moins en baisse et que les pays ont tendance à se référer au prêt de l’UE », m’a-t-elle confié en marge de la réunion.
« Ce n’est pas suffisant », a-t-elle ajouté. « L’Ukraine a besoin de plus de ressources pour gagner la guerre. »
La Belgique reste le principal obstacle. Lors d’une visite à Kiev la semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a réitéré que son pays ne peut pas être laissé seul à assumer le risque de rembourser la Russie si Moscou parvenait à contester cette décision devant les tribunaux.
Pour l’instant, rien n’indique que la question soit sur le point d’être remise sur la table à Bruxelles. Un haut responsable de l’UE a minimisé la perspective d’une réouverture du débat, déclarant : « Les obstacles et les réserves d’un certain nombre d’États membres n’ont pas changé. »
Le road trip à 2 000 milliards d’euros de Costa
António Costa entame aujourd’hui à Bratislava une tournée des capitales de trois semaines, afin de sonder les dirigeants nationaux sur le prochain plan de dépenses à long terme de l’UE.
Costa a fixé à la fin de l’année la date butoir pour parvenir à un accord, estimant qu’un consensus sur de nouvelles taxes européennes sera essentiel à tout accord global. Le même haut responsable cité plus haut nous a indiqué que Costa souhaite résoudre un « trilemme » de risques pesant sur le calendrier : le montant global du budget, les contributions nationales et l’accord sur de nouvelles sources de recettes.
Pendant que Costa sillonne les capitales, Friedrich Merz – le leader officieux du camp des frugaux – réunira jeudi à Berlin plusieurs dirigeants, dont le Finlandais Petteri Orpo et l’Autrichien Christian Stocker. Les Néerlandais et les Danois devraient également se joindre à eux, mais pas les Belges.
Lisez l’article complet de Victoria et Eddy.
Le nouveau groupe d’élite de Draghi ignore l’Est
Lorsque Mario Draghi a dévoilé son rapport sur la manière de sauver l’économie de l’UE en 2024, les gouvernements d’Europe centrale et d’Europe de l’Est l’ont critiqué pour avoir négligé la région.
Lundi, Mario Draghi a lancé un think tank destiné à développer ses idées pour faire croître les entreprises technologiques européennes et réduire la dépendance du continent vis-à-vis des États-Unis et de la Chine. Mais le Rhine Group est déjà critiqué par des économistes polonais pour ne compter aucun Polonais parmi ses 52 membres. En effet, son seul membre issu d’un pays ayant adhéré à l’UE depuis 2004 est un ancien président estonien.
Luis Garicano, un ancien député européen libéral espagnol qui écrit désormais sur Substack, dirige cette structure, qui a pour objectif de produire des documents de recherche appelés « pré-lectures » présentant des propositions visant à renforcer la compétitivité. Le coprésident de Draghi est Patrick Collison, le milliardaire irlandais cofondateur de la société de paiement Stripe.
Cette composition suggère que Draghi souhaite que l’Europe puise au moins une partie de son inspiration outre-Atlantique. Bien que son siège soit situé en Suisse, le groupe comprend de nombreuses personnalités représentant des entreprises basées en dehors de l’UE, notamment aux États-Unis. Une partie du siège de Stripe se trouve d’ailleurs à San Francisco.
Parmi les membres figurent Michael Miebach, PDG de Mastercard ; Jörg Kukies, ancien ministre allemand des Finances et désormais directeur général chez Morgan Stanley ; Jeannette zu Fürstenberg, présidente de la société américaine de capital-risque General Catalyst ; et Vittorio Colao, membre du conseil d’administration de la société d’investissement américaine General Atlantic et administrateur non exécutif de l’opérateur de télécommunications américain Verizon.
Même le site web du Rhine Group s’appuie sur des fournisseurs d’accès Internet américains. La société Webflow, basée à San Francisco, fournit sa plateforme et le stockage des données ; Amazon Web Services soutient son infrastructure d’hébergement ; et Fastly, basée dans la Silicon Valley, gère son réseau de diffusion de contenu, bien que par l’intermédiaire de « nœuds européens ».
Le groupe Rhine n’a pas répondu à nos questions. Garicano a écrit sur X que les Polonais « vont arriver, je le promets ! »
Madrid sollicite des fonds européens pour Ceuta
L’Espagne a demandé à la Commission un financement d’urgence pour faire face à la crise migratoire à Ceuta.
Cette demande porte sur le renforcement des contrôles aux frontières et des infrastructures de sécurité, ainsi que sur l’augmentation des capacités d’accueil, notamment pour les mineurs non accompagnés, a indiqué un porte-parole de la Commission à Rapporteur. Plus de 80 000 migrants sont arrivés du Maroc en juillet, relançant le débat sur la solidarité entre les pays de l’UE et sur la capacité du bloc à faire face à de futures vagues migratoires.
L’exécutif européen a fait savoir qu’il évaluerait la demande avant de se prononcer.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- La Suède renforce ses capacités en matière d’antibiotiques, mais la dépendance persiste
- L’excédent d’électricité français, une leçon à tirer pour l’Europe
- La Grèce déploie le système Patriot en Crète alors que l’Iran renouvelle ses menaces
Les capitales
VILNIUS 🇱🇹
Alors que l’Europe connaît un renouveau nucléaire, la Lituanie est aux prises avec son héritage atomique. La centrale d’Ignalina, datant de l’ère soviétique et qui figurait autrefois parmi les plus puissantes au monde, fournissait 70 % de l’électricité du pays. Son démantèlement entre désormais dans sa phase la plus complexe, les composants radioactifs devant être manipulés à distance et les déchets devant être gérés pendant des décennies. Euractiv s’est rendu sur le site pour examiner ce qu’il révèle du passé et de l’avenir nucléaires de l’Europe. Lisez l’article complet.
– Victoria Becker
MADRID 🇪🇸
Pedro Sánchez convoquera aujourd’hui le Conseil de sécurité nationale espagnol pour aborder la crise à Ceuta, a rapporté El País. Cette réunion intervient près d’un mois après l’entrée irrégulière d’au moins 80 000 migrants dans l’enclave les 30 et 31 juillet. Sánchez a essuyé des critiques de tous bords pour ne pas avoir convoqué plus tôt cet organe de crise, tandis que les autorités de Ceuta ont reproché à Madrid de ne pas avoir déclaré l’état d’urgence national ni mis en place un commandement unifié.
– Inés Fernández-Pontes
VARSOVIE 🇵🇱
La Pologne a signé un accord-cadre visant à acquérir plusieurs milliers de systèmes de défense aérienne Piorun aux côtés de la Lituanie, de la Lettonie et de la Norvège, grâce à un financement du programme SAFE de l’UE. L’accord est évalué à environ 8 milliards de zlotys polonais (1,9 milliard d’euros), la Pologne devant recevoir plus de 80 % des systèmes. Un contrat d’exécution est nécessaire avant que les commandes puissent être passées et devrait être signé d’ici quelques semaines, a indiqué le ministre de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz.
– Charles Szumski
LONDRES 🇬🇧
Le Premier ministre Andy Burnham a appelé à un effort « plus audacieux » pour renouer les liens avec l’UE après avoir rencontré António Costa à Kiev. Les deux hommes ont discuté d’une coopération plus étroite en matière de défense et de sécurité et ont convenu de faire avancer les choses lors du prochain sommet Royaume-Uni-UE. Burnham, qui effectuait son premier voyage à l’étranger depuis son entrée en fonction, a également exhorté les alliés à renforcer les défenses aériennes de l’Ukraine et à durcir les sanctions contre les exportations énergétiques russes.
– Charles Szumski
PODGORICA 🇲🇪
Le Parlement monténégrin a tenu lundi deux sessions extraordinaires afin de faire avancer les réformes constitutionnelles et législatives visant à accélérer l’adhésion du pays à l’UE. Les députés ont examiné cinq amendements constitutionnels portant sur les conseils de la magistrature et du ministère public, ainsi que des modifications de la procédure pénale et des règles relatives à la protection des données. Les détracteurs ont estimé que le processus a été mené à la hâte et qu’il n’a pas fait l’objet de consultations suffisantes, tandis que le Barreau a demandé que la loi anti-mafia et les modifications de la procédure pénale soient réexaminées.
– Bronwyn Jones
NICOSIE 🇨🇾
L’ancienne commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a déclaré avoir reçu un diagnostic de cancer gynécologique et qu’elle suivrait une chimiothérapie préventive. Kyriakides, qui a survécu à un cancer du sein et a supervisé le lancement du Plan européen pour vaincre le cancer en 2021, a exhorté les femmes à consulter rapidement un spécialiste. Elle a ajouté que le silence autour des cancers gynécologiques ne protège pas les femmes contre la maladie. « L’information sauve des vies », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.
– Sarantis Michalopoulos
Editrices.teurs : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Charles Szumski
Contributeurs.trices : Thomas Moller-Nielsen, Victoria Becker, Inés Fernández-Pontes, Pietro Guastamacchia
Traductrice : Clara Vassent