EXCLUSIF : L'UE divisée sur l'ampleur des coupes à opérer dans le budget à long terme
Un texte diplomatique reconnaît que les divisions au sein de l'UE « soulignent » la nécessité de réduire les prévisions de dépenses
Les gouvernements européens sont réticents à verser davantage directement dans les caisses de Bruxelles, mais ne se montrent pas non plus disposés à accepter de nouvelles taxes pour financer les dépenses de l’UE, ce qui rend inévitable une « réflexion » sur des réductions budgétaires, comme le montre une note diplomatique interne consultée par Euractiv.
Mercredi, les ambassadeurs discuteront de la manière dont les dépenses de l’UE pourraient être structurées dans le cadre du prochain plan de dépenses septennal de l’Union, couvrant la période 2028-2034, alors que les gouvernements se penchent sur le niveau des dépenses, l’origine des fonds ainsi que la répartition des ressources entre les différents domaines d’action.
« Combinés à la réticence de nombreux États membres à augmenter leurs contributions au budget de l’UE et aux degrés variables d’adhésion aux différentes composantes du nouveau paquet sur les ressources propres, ces facteurs soulignent la nécessité de réfléchir à notre niveau d’ambition en matière d’augmentation des dépenses », indique une note de la présidence irlandaise du Conseil de l’UE.
De profondes divergences persistent concernant le budget de 2 000 milliards d’euros proposé par la Commission européenne, qui prévoit une refonte structurelle majeure des dépenses, alors que la plupart des gouvernements refusent de verser des contributions plus importantes à l’heure où les budgets nationaux sont en période d’austérité.
À cela s’ajoute l’absence de consensus sur la manière de trouver des sources de financement pour le budget de l’UE, appelées « ressources propres », ce qui concentre l’attention sur les niveaux de dépenses, un domaine où les gouvernements européens sont profondément divisés.
Un groupe d’États membres partisans d’une politique budgétaire rigoureuse, dont l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède, prône un budget « moderne » axé sur la défense et la compétitivité. Ils envisagent des coupes dans les politiques traditionnelles, notamment l’agriculture et la cohésion.
D’un autre côté, le groupe des pays favorables à la cohésion – dont l’Italie, la Pologne et l’Espagne – refuse toute réduction des dépenses destinées à soutenir les régions les plus pauvres et les agriculteurs.
« Des divergences subsistent quant au volume approprié de cette rubrique », indique la note,
« Avec un budget du XXe siècle, nous ne pourrons pas résoudre les problèmes du XXIe siècle », a déclaré la semaine dernière Friedrich Merz, le chancelier allemand, réitérant la nécessité de coupes « à tous les niveaux ».
La présidence irlandaise du Conseil de l’UE a demandé aux ambassadeurs d’identifier les modifications susceptibles de rendre le paquet proposé par la Commission plus acceptable, notamment en ce qui concerne les marges de manœuvre potentielles sur le volume global et la question de savoir s’ils estiment qu’une précédente « négo box » (boîte de négociation) avait trouvé le juste équilibre en matière de dépenses pour le futur budget.
La note exhorte en outre les ambassadeurs à formuler des « contributions spécifiques » sur ce qu’ils considèrent comme un volume budgétaire acceptable.
Échange d’impressions
Cette réunion intervient alors qu’António Costa, le président du Conseil de l’UE chargé de conclure un accord budgétaire d’ici la fin de l’année, achève sa tournée consacrée au budget. Ses dernières étapes comprennent Rome, Paris, Vienne et Bruxelles cette semaine.
Jeudi, le dirigeant portugais se rendra en Irlande pour échanger ses impressions avec Micheál Martin, le Premier ministre irlandais, alors que l’Irlande prépare une nouvelle « négo box » – une mise à jour du texte de compromis chypriote de juin qui prévoyait environ 33 milliards d’euros, soit environ 2 %, de coupes par rapport au projet de la Commission.
L’Irlande présentera un nouveau projet d’ici la réunion des chefs d’État et de gouvernement prévue mi-octobre, alors que le temps presse pour parvenir à un accord sur le budget commun en décembre, avant un calendrier électoral chargé en 2027.
Les ministres chargés des affaires européennes se réuniront le 22 septembre à Bruxelles pour poursuivre les discussions sur les recettes et les dépenses du budget post-2027. Thomas Byrne, le ministre irlandais qui présidera la réunion, poursuivra ses entretiens bilatéraux avec ses homologues.
(bw, mm)